Ada Lea : fille en fleurs

Elle dit s'inspirer de Proust comme de St. Vincent, elle a bifurqué, flirté avec le métal avant de se tourner vers la contrebasse. Portrait non exhaustif d'un personnage énigmatique.

Photo de couverture : Ada Lea Crédit : Jeanne Joly.

Ada Lea, Alexandra dans le civil, n'a pas d'âge et elle garde aussi son nom de famille secret. Tout ce qu'on sait d'elle, au-delà sa musique divine, c'est ce subtil accent anglo, le lieu de sa naissance (Montréal) et l'origine de son pseudo comme musicienne. « Ada Lea, c'était le nom de ma grand-mère que je n'ai jamais connue, mais ma mère m'a donné son nom comme deuxième nom. [...] Elle venait d'Italie, mais elle est arrivée ici durant sa vingtaine. »

Ce qu'on apprendra plus tard, au fil de l'entretien téléphonique assez court, c'est que la mystérieuse artiste s'est elle-même coiffée de plusieurs alias, noms de plume essentiels à l'émancipation créative de cette chuchoteuse timide et peu bavarde.  C'est du moins ce qu'on déduit, ce qu'on devine en échangeant avec elle. Ce qu'on peut lire entre les lignes.

« J'ai beaucoup de noms différents, mais je ne veux pas tous les révéler dans cette entrevue. Fløre De Ris, c'est elle qui est très artistique visuellement. Elle aime faire des affiches, peindre, dessiner... » C'est elle, ce personnage-là, qui est derrière l'univers pictural ultra léché de son projet à mi-chemin entre indie folk à la mode et musique de chambre.

Fløre crée des toiles, toutes fleuries et vibrantes un peu à la manière d'un jardin de la Côte d'Azur de Pierre Bonnard, et des affiches dessinées avec de larges contours noirs, des oiseaux et d'autres petits animaux qui rappellent vaguement l'esthétique du tatouage. Sa production bidisciplinaire est cohérente, toutes les facettes sont agencées ensemble et, en même temps, on a l'impression de n'avoir eu accès qu'à la pointe de l'iceberg avec elle.

Sortie d'une autre époque

Inclassable, poétique à mort, la musique d'Ada Lea est infiniment vintage et contemporaine à la fois. C'est doux, féminissime comme si ses partitions avaient été brodées dans la dentelle.

D'ailleurs, fait assez surprenant, c'est partiellement la littérature française qui a nourrie l'auteure-compositrice-interprète.  Des mots immortels, quoi que très vieux, qui ont contribué au développement de son style si personnel.

« J'ai lu À la recherche du temps perdu de Marcel Proust quand j'ai commencé à travailler sur le EP. En lisant certains passages, j'ai eu des moments révélateurs qui ont changé ma manière de percevoir mes souvenirs ou mes émotions. Ça m'a permis de déchiffrer mon passé.»

Nul doute que c'est ce grand classique qui confère à sa musique cette vibe nostalgique, hors du temps. Un bouquet de chansons à chérir avant qu'elles ne fanent, qu'elles ne prennent fois avec l'automne qui arrive.

EP (Ste-Cécile), Disponible maintenant.

En concert ce 29 octobre  au Blacksheep Inn de Wakefield.