Additionner les courages avec Beyries

Admettre que de jolies choses peuvent émerger des épreuves vécues est un euphémisme quand on plonge nos oreilles dans Landing, le premier album d’Amélie Beyries. Si la voix apaisante de l’auteure-compositrice-interprète n’a pas encore accompagné vos instants méditatifs, il faudra remédier à la situation. Beyries panse les plaies.

Photo de couverture : Beyries. Crédit : Fany Ducharme.

Une mi-trentaine assumée, un sourire réconfortant et un calme énergisant émanent d’Amélie Beyries quand on s’assoit avec elle pour parler musique. La jeune femme porte en elle plusieurs branches d’une vie professionnelle riche, un bagage émotif immense et une sagesse inculquée par les épreuves : son cancer, le deuil de sa mère et autres remous.

« J’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir quand j’étais malade. Les séries télé, ça a ses limites, plaisante-t-elle. J’ai eu la chance de pouvoir activer mon cerveau. Quand tu vis des journées où tu es complètement invalide, tu apprécies tellement ce que tu t’étais fait enlever. Les jours où ça va bien, tu veux les prendre au complet. »

Liberté d'interprétation

Avec la musique, l’auteure a l’impression d’offrir une œuvre que tous peuvent interpréter à leur façon. « Comme artiste, tu proposes quelque chose, un sujet X, et l’auditeur le prend pour ce que ça veut dire pour lui, explique-t-elle. Le sujet de Soldier, par exemple, c’est l’idée de briser un pattern, passer à autre chose, mais les gens voient beaucoup d’autres choses dans ce texte-là. »

Cette chanson, la première, est née en 2009, mais plusieurs années se sont écoulées avant que l’album puisse suivre. C’est Alex McMahon, qui connaissait déjà Beyries pour l’avoir rencontrée dans un contexte professionnel différent quelques années auparavant, qui a proposé à l’artiste de réaliser son album. La gérante et amie d’Amélie, Emmanuelle Girard, avait fait parvenir quelques unes de ses pièces au réalisateur en omettant volontairement de la nommer.

« C’est là que je suis passée de la catégorie où je faisais de la musique dans ma chambre à la catégorie où Alex, que je respecte tellement, est venu légitimer ma musique, dit-elle. Il m’a dit qu’il refusait des projets régulièrement, mais qu’il avait envie de travailler sur mon projet. Ça m’a donné la confiance d’y aller. »

Le vrai chemin qu'il faut prendre

Après avoir déniché l’aide financière généreuse d’amis pour enregistrer, les vraies affaires pouvaient se mettre en branle. L’album contient onze pièces tantôt poignantes, tantôt plus lumineuses, mais desquelles émane une authenticité toujours bouleversante. « Alone, qui commence l’album, c’est une constatation de ne plus avoir d’option, raconte l’auteure. J’ai les genoux à terre. Je n’ai plus d’issue. »

C'est ainsi qu'elle explore avec habileté les choix que l’on fait dans la vie pour se rendre plus loin, avancer. « Malgré nous, on va toujours choisir le chemin le plus confortable, complète-t-elle. Je me suis retrouvée dans une situation où j’étais dans l’étau, je n’avais plus de choix réel. Je me suis dit que je pouvais continuer comme ça, facilement, mais je pouvais aussi choisir d’aller là où je devais aller. »

Pochette de l'album Landing : Sur fond jaune pâle, de nombreux motifs qui doivent avoir une signification particulière pour l'artiste : une plume, un papillon, une clé, une flèche, le signe de l'infini, etc.

Pochette de l'album Landing.

Les émotions sont brutes et toutes les pièces sont habitées par des histoires. « Le courage c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. C’est ce qui permet d’aller chercher des forces inconnues en toi pour passer à travers les événements, explique-t-elle. Et il n’y a pas de petits courages. Te lever le matin pour aller courir, être dans un groupe d’amis quand tu le sens pas, que t’as envie d’être ailleurs. Je trouve ça beau de se rendre compte que les peurs sont des illusions et un jour tu peux décider de te lever et de dire LA chose que tu as toujours voulu dire à quelqu’un, mais que tu n’as jamais osé. C’est cette journée-là que tu évolues. »

Le moment de choisir

En amorçant un parcours musical avec autant de maturité et un parcours aussi riche, Beyries dégage une confiance sans failles : elle vit la vie qu’elle a choisi en ce moment. « Je ne veux pas me perdre dans ce métier-là. C’est ma seule crainte, admet-elle. On parle beaucoup de soi quand on est dans la musique. Je veux qu’on me ramène sur Terre souvent. Sinon, tout est pensé. Je sais ce que c’est la vie de musicien. Lisa Leblanc, elle l’a jouée en esti Ma vie c’est de la marde. Je me suis demandé si j’aurais encore ce désir-là de jouer pendant longtemps les chansons qui vont plaire aux gens. La musique c’est une vocation et j’ai voulu ça. Je veux aller jouer en Inde, au Chili, en Afrique du Sud. Je chante en anglais, donc je ne resterai pas entre ici, Gaspé pis Val d’Or », assure-t-elle en précisant qu’elle souhaite aller à la rencontre des autres cultures aussitôt que ce sera possible.

Pour le reste, elle cultive très bien les petits courages et elle les véhicule avec talent en chansons. « Tous les jours, je choisis de vivre dans l’amour plutôt que dans la peur. C’est un nouveau contrat chaque matin, mais ça nous fait avancer. »

Landing sera disponible le 24 février.