Autruche : chaotique gentil

Gréée de 2 charmants EPs parus en 2016 (les puissamment nommés Pierre qui roule n'amasse pas pu$$ et Ferme les rideaux, je suis en fesses), le quintette chaotique gentil formé de Vincent Patry (voix), Jérémie Lalonde (guitare), Maxime Sanschagrin (basse), Rafael Botero (tambours) et  Xavier Ménard (clavier et guitare) s’enligne tranquillement sur un premier long-jeu.

Photo de couverture : Autruche.

La grosse sauce

Les entrevues, ça se fait souvent dans un café ou un bar. C'est casual, peut-être un peu trop récurrent pour être mentionné au début de chaque texte, mais ça jette une ambiance, trace un contexte. Ici, les cinq chaotiques gentils d'Autruche voulaient faire ça à La Québécoise, taverne classique mais usée du quartier Villeray, parce que notre rencontre tombait « entre l'heure de la bière et l'heure de la poutine », cette dernière qu'on aurait dégustée au Déli Plus – mais fallait faire un choix, la vie c'est des patterns, disait mon boy McLuhan [théoricien de la communication et des médias entre autres choses, ndlr].

Des copains, certains musiciens actifs (on retrouve Rafael et Maxime dans Eliza, Maxime joue itou dans Pandacide, Xavier dans Latency Jarry) et d’autres moins (Vincent qui savait pas mal juste chanter les Beatles pis Tenacious D, pis Jérémie qui a déjà eu un band de covers de Metallica qui a posté sur YouTube une reprise de Master Of Puppets repartagée par la bande à Hetfield, oh la la, 1,5M vues), qui, en août 2014, ont fomenté le projet d’avoir un groupe ensemble, sans compos préalables, juste pour le fun.

JÉRÉMIE : Au début on pratiquait dans le studio de Xavier, mais on pouvait pas jouer après 17h parce que ça dérangeait le monde dans le bloc, fait qu’on y allait une fois par deux fins de semaine – tu peux pas devenir bon en faisant ça. Au moins on enregistrait tout, ça nous aidait à nous rappeler des chansons d’une fois à l’autre.
MAXIME : Ça enregistrait aussi toute la grosse sauce qu’on disait entre les tounes. Y'avait 5 minutes d’un riff en loop, pis après c’était 10 minutes pendant lesquelles on se demandait ce qui pourrait devenir une toune – pas juste comment on part les tounes, mais comment on part ça un band, comment on part ça un répertoire de band.
JÉRÉMIE : On jammait des affaires pour voir si on avait une chimie ensemble. Ça a pris un an avant que ça se place.
XAVIER : Quand on a eu un vrai local, ça a aidé aussi.
JÉRÉMIE : Dans les pratiques, Vincent dit n’importe quoi par-dessus les tounes, on lui donne des cues sur ce qui est bon, on lui pitche des idées…
RAFAEL : Moi j’ai toujours trouvé ça intéressant l’aspect de nous autres qui jamment pendant que Vincent est sur son tabouret avec son carnet.
VINCENT : La vibe qu’ils donnent à la toune oriente mes paroles, pis quand je comprends la structure, je peux finaliser mon texte.

La suspension comique

Fait que c'est ça qui est ça pour le processus créatif. Des gars drôles – et fins, indiquent-ils – qui font des tounes plutôt agréables, en évitant les affres du rock comique.

MAXIME : Y'en a qui ont scrappé le rock comique ben avant nous autres.
JÉRÉMIE : On est des dudes qui font des jokes pis du rock, mais c’est pas si niaiseux.
VINCENT : Nos titres de chansons sont caves, mais les textes le sont moins – ça parle souvent de mettre du sens dans la tête de quelqu’un qui comprend pas des affaires. Le rapport à l’autre !
JÉRÉMIE : Le danger, c’est que le monde s’arrête à l’aspect comique, comme écouter les Trois Accords sans se rendre compte qu’il y a des esties de riffs dans leurs tounes.
VINCENT : Plus que la toune est hooky et/ou bonne et/ou intelligente, plus que les paroles peuvent se permettre d’être connes.

Autruche et le Félix rock.

Les vraies questions

BRBR : Bon ! Fait que anyway, maintenant les vraies questions. C’est quoi, selon vous, la plus grande question qu’une chanson pop ait posée ?
MAXIME : « Pourquoi t’as salé ton café ? »

BRBR : Les Classels, François Pérusse, ou Limp Bizkit X Plume ?
MAXIME : Se faire dire par quelqu’un qu’on sonnait comme Limp Bizkit mélangé avec Plume, c’est le meilleur pire commentaire qu’on a reçu.
VINCENT : Les Classels, parce que Xavier et moi, dans les premiers temps où on a joué dans un studio, c’était sur les instruments des Classels reformés, on jouait sur la basse et le drum blancs des Classels, mais on avait pas le droit de toucher à la Gretsch.

BRBR : C’est quoi vos premières adresses e-mail ?
VINCENT : vincentdragon441@ parce que Dragon Ball
XAVIER : Moi c’était goblin33@
RAFAEL : De toutes les créatures mystiques, t’as décidé d’être un goblin, man ?
XAVIER : C’était le nom de mon équipe de soccer. Pis 33 c’était pour Patrick Roy.
JÉRÉMIE : Quelque chose comme skaterboy666@...  non, stoop666@
RAFAEL : raph123coldsoul@ - c’est encore mon email pour le spam : « T’as besoin d’une adresse pour ton site ? Tiens, prends mon cold soul »
MAXIME : Moi c’était standard, c’était genre max3278@
JÉRÉMIE : Oui, standard, le gars s’est dit : « Moi l’instrument que je veux jouer, c’est de la basse ».

À travers les réflexions premières de « comment on part ça, un band », l’une des idées lancées était de faire paraître un EP à chaque 3 mois, pour « tout le temps exister » : « On veut se mettre à l’exercice d’écrire un album pour travailler le son du groupe », commence Rafael, « pis retourner faire des EPs après », complète Maxime. Un album pour 2017 fort probablement, donc – pis rendu là, c’était, apparence, le temps d’y aller, parce que même si la place était vide, la waitress aurait lancé : « Arrêtez de crier ! »