BAGARRE amène sa musique de club aux Francos

Ça fait un bout de temps que BAGARRE, quintette éclectique-dynamique parisien, fait parler de lui en France, et on entend de plus en plus parler d'eux sur notre continent nord américain. Enfin, BAGARRE traverse l'océan et vient jouer deux shows à Montréal à l'occasion des Francofolies début juin, dont un show en première partie d'un des bands les plus hots de France, j'ai nommé La Femme. À l'occasion de leur venue, j'ai rencontré Emmaïdee et Loup, deux membres du band. Enfin façon de parler, en vrai on s'est phoné et on a parlé de pas mal de choses.

Photo de couverture : BAGARRE. Crédit : GIGSONLIVE.

BAGARRE compose comme un jeune Gainsbourg, avec des rythmes et des mélodies inspirés d'horizons lointains. BAGARRE écrit des textes fins et adroits comme des virelangues (bah si, un virelangue, comme « Un chasseur chassant chasser sans son chien »). Mais le truc, c'est que BAGARRE fait danser comme personne.

Les shows sont de véritables performances, ils dansent de partout, se mélangent avec le public, ils réussissent à créer une symbiose avec lui et, surtout, leur beats et leurs mots, à la fois si différents et si faciles à écouter vous attrapent et ne vous lâchent plus. Ce beau mélange se ressent sur Musique de club, un second EP paru en septembre dernier sous la capable étiquette Entreprise, faisant suite à Bonsoir, nous sommes Bagarre (2014). Entrevue.

Qui êtes-vous BAGARRE ?

BRBR : Comment est-ce BAGARRE s'est formé ?

Emmaïdee : On était une bande de copains, on faisait la fête ensemble, et à un moment on s'est dit, si on faisait tous de la musique ensemble, ce serait chouette !

Loup : Et on sortait pas mal dans des clubs à l'époque, vers 2011, c'était l'aire du DJ tout puissant où t'allais en club mais il y avait plus aucune incarnation de la musique la nuit, c'était des mecs derrière des machines. De là, on avait envie de voir un vrai show, des vraies personnes qui chantent, qui se livrent sur scène, en même temps que ce créneau de la nuit, de la danse. D'où cette envie de réconcilier les mots et la musique de la nuit, des clubs.

BRBR : C'est pour ça que vos shows sont de véritables performances scéniques ?

E : On les pense comme ça, ouais.

L : On les pense comme des moments importants et privilégiés. Tous les groupes disent qu'ils veulent effacer la ligne entre le public et la scène, mais tous les groupes ne le font pas. On essaie de le faire par des actes très simples... Le public monte sur scène, nous on descend, c'est qu'un seul endroit.

E : Le fait aussi qu'on chante tous, ça démystifie le côté leader, frontman, ça permet de déconstruire le rapport ascendant/descendant entre le public et le groupe. Et je pense que cette horizontalité joue dans BAGARRE.

L : C'est presque une posture politque (rires).

BRBR : Justement, quelle est la dynamique du band en terme de composition, d'écriture, de production ou même au niveau représentation esthétique... si l'organisation, la hiérarchie est horizontale ?

E : Jusqu'ici, tout le monde écrit et celui qui apporte un texte le chante sur scène, c'est lui qui le défend. Après, on essaie d'écrire pour les autres, d'éparpiller un peu les choses, de faire éventuellement autre chose qu'un lead et des chœurs. Peut-être des duos, des trios, des chansons chorales... Au niveau production, c'est un peu plus éparpillé. Pour l'instant il y a La Bête, un des membres du groupe, qui chapeaute un peu les prods de tout le monde, parce qu'il a une vraie maîtrise de ce domaine là. Après il y a Nathan Herveux (NDLR : ingénieur son français montant du moment) qui nous aide aussi pour les prods.

Pour ce qui est de l'artwork, des clips... en général, on s'entoure de copains dont on apprécie le travail. A partir du moment où on choisit un artiste ou un collectif, on délègue beaucoup. On considère que la personne va comprendre judicieusement notre travail ou va donner une autre couleur à notre musique et c'est ça qu'on trouve intéressant. Il y a des échanges en permanence, mais l'idée vient de la personne avec qui on travaille. On fonctionne beaucoup avec des cartes blanches. Thomas Cristiani et Adrien Toubiana [NDLR : tous deux réalisateurs et photographes français] ont fait nos clips, ils sont arrivés avec des idées fortes, un clip par personne, en noir et blanc, de la performance. À l'intérieur de ça, nous on a donné des idées, mais l'idée [principale] vient d'eux.

BRBR : Un mot pour décrire chaque personne dans le band ?

L : C'est bien qu'on soit que tous les deux comme ça on va pouvoir dire des trucs un peu minables (rires).

Loup et/ou Emmaïdee :

Alors, Mus, le batteur, on va dire l'enfant surfeur californien. Master Clap, un mélange entre Joey Starr et Snoopy (rires). La Bête, ultra-bestial dans les bons et mauvais sens du terme. Emmaïdee, c'est tout ce qui brille. Loup c'est le romantique, la romance.

Qu'écoute BAGARRE ?

BRBR : Quelles sont vos inspirations en ce moment ?

E : On s'inspire de pleins de genres musicaux, on fonctionne en allant chercher des musiques de différents continents, pays, ou quartiers, on écoute beaucoup de musique populaire. Pour l'EP on s'est beaucoup inspirés de la bounce music de New Orleans. Notamment pour Claque-le, c'est des rythmes, des manières de chanter, de déclamer qui sont très spéciaux. Big Freedia par exemple, ça a été une vraie référence.

Pour Ris Pas, la chanson de Master Clap, on s'est inspiré de rythmes jamaïcains, comme T.O.K et en particulier la chanson Galang Gal. En ce moment, on a vachement été du côté baile funk et notamment un mec qui s'appelle MC Bin Laden, qui fait des super trucs.

NDLR : en effet, la ressemblance entre Ris Pas et Galang Gal est frappante.

Il y a aussi le footwork de Chicago, vers lequel on puise beaucoup d'inspiration, avec des artistes comme DJ Rashad. Ça c'est quelques exemples, mais en gros c'est surtout des musiques populaires, des musiques dont le texte est en contact direct avec celui qui écoute les musiques.

L : Aussi c'est souvent des musiques orales, directes et en contact avec les réalités sociales qui viennent de communautés. Ceux sont des musiques locales au sens premier du terme. Les gens qui font ça, le font pour les gens qui sont autour d'eux. Et je pense qu'avec BAGARRE, ce qui nous inspire dans cette oralité là, c'est ça. Même si on ne fait pas partie d'une communauté, on parle aux gens qui nous entourent.

BRBR : Un album que vous écoutiez ado et que vous connaissez encore par cœur aujourd'hui ?

L : Moi c'était Où je vis de Shurik'n, un des membres de IAM.

E : Les Doors et les Destiny's Child.

L : Je connais les albums des autres ! Pour Master Clap je sais pas, mais pour La Bête, on va dire Nevermind de Nirvana et Mus c'est [du] Iron Maiden.

BAGARRE en mode 2016, ça donne quoi ?

BRBR : Qu'est ce qui vous est arrivé de plus fou jusqu'à maintenant ?

E : C'est qu'on puisse vivre de notre musique je crois (rires).

L : C'est pas encore vrai, mais presque vrai. On a fait un Olympia, en première partie de Fauve, ça c'était quand même incroyable mais ça donne envie d'avoir son Olympia à soi, donc c'est pas le truc le plus ouf (rires). En fait, d'aller au Canada ! Avec Master Clap, on est deux dans le groupe à n'avoir jamais traversé l'Atlantique, et ouais, on va au Canada ! On traverse l'océan ! C'est un truc de fou (rires).

BRBR : What's next pour vous en 2016 ?

E : Pour l'instant on joue deux soirs à Montréal et on a envie de mixer dans un endroit avec des artistes canadiens qu'on aime bien. J'espère qu'on pourra trouver un chouette lieu et faire la fête avec tout le monde. Et après, plus largement, on a beaucoup de festivals qui arrivent, des gros festivals et des petits aussi, ça c'est chouette. Et on travaille aussi sur un nouvel album !

BAGARRE sera en concert à Montréal aux Francofolies le 17 juin en scène extérieure et en première partie de La Femme le 18 juin à L'Astral.

BAGARRE en noir et blanc

BAGARRE.