Bonhomme Sept Heures : s’évader par la musique

À quelques jours du lancement de leur premier mini-album, je suis allé à la rencontre de la formation outaouaise Bonhomme Sept Heures. Une gang de chums, dont la passion pour la musique est au centre du projet, loin devant la quête de succès.

Crédit photo de couverture : Chayna Verpaelst.

La première chose qui me frappe lorsque je rencontre les gars de Bonhomme Sept Heures, c’est la camaraderie qui règne autour de la table. Tout de suite, j’ai senti que je n’avais pas affaire à un groupe rock dont l’ultime but est de faire un album pour partir en tournée. Cette fois, j’ai plutôt rencontré quatre bons chums, pour la plupart papas, qui font d’abord et avant tout de la musique pour s’évader et sortir de leur train-train quotidien. Un peu comme si je me retrouvais dans une ligue de hockey de garage, mais version musique.

Comprenons-nous bien, je parle bel et bien d’un groupe de grand talent, qui ne lésine pas sur la qualité des compos. Néanmoins, pour eux la musique est avant tout un passe-temps, plutôt qu’une carrière. « On ne le fait pas pour conquérir le monde », lance Simon Carrière , bassiste de la formation, « moi je le fais parce qu’on est une gang de chums » avant d’ajouter, du bout des lèvres, qu’ils se permettent néanmoins de rêver au succès.

J’ai donc devant moi quatre excellents musiciens, inspirés et inspirants, qui présentent un rock accrocheur et sans compromis. Des gars qui ont la musique dans la peau et qui n’hésitent pas à aller piger dans différentes époques pour créer un style propre à eux.
« On est comme un melting pot de tous les styles de rock qu’il y a eu dans l’histoire », lance Luc Poirier (guitare et chant), en me parlant de leurs inspirations. « On a tous eu des influences très multiples, mais je pense que ce qui fait le mélange de notre musique c’est l’éclectisme de nos personnalités musicales », renchérit Simon.

Dessin noir sur fond brun pâle. On y voit un homme habillé d'une chemise à carreaux pousser une horloge dont les aiguilles sont formées par des os, indiquant 7h. Le nom du groupe est inscrit au bas.

Affiche de Bonhomme Sept Heures. Crédit artistique : Yan Marchildon.

Deux auteurs-compositeurs aux méthodes très différentes

Ce sont Luc et Normand Veillette (également guitariste et chanteur) qui sont derrière l’écriture et les compositions. Ce qui est frappant en discutant avec eux, c’est de constater à quel point, en création, ils ont une approche différente.

Normand se voit surtout comme un poète. Pour lui, les textes sont beaucoup plus importants que les mélodies. Même si l’émotion peut se transmettre musicalement, c’est d’abord et avant tout par les mots que ça se passe. Il va même jusqu’à affirmer que « les gens intelligents préfèrent les textes à la musique », en soulignant à grands traits qu’il est très très très audacieux de s’aventurer jusque là.

Luc, qui n’est aucunement d’accord avec Normand, se décrit d’abord comme un musicien. « Je pense que l’émotion passe beaucoup par la musique et que les textes viennent imager l’atmosphère que la musique essaie de créer », lance-t-il en guise de protestation. Selon lui, son style d’écriture ressemble beaucoup plus à des « punchs d’images », alors que Normand opte plutôt pour des histoires au travers desquelles « on retrouve une atmosphère, un esprit, une émotion ». Luc voit en quelque sorte son style comme un haïku japonais, « de courtes phrases, parfois incomplètes, mais qui punch, et c’est la succession des images fortes qui fait comprendre l’atmosphère de la toune. »

Puis Guillaume Cormier, le batteur de la formation, ajoute son grain de sel en mentionnant que pour lui, ce qui importe, c’est la façon dont le public réagit aux rythmes. « Moi je tape sur des tambours, donc j’ai une seule préoccupation : le monde vont-il danser ou trasher ? C’est la seule chose à laquelle je pense. Je pense tout le temps à comment ça va bouger en avant de la scène, le restes je m’en fous ! » Ce qui à mon avis est tout à fait légitime de la part d’un percussionniste !

Les gars de Bonhomme Sept Heure, sur une coline à la brunante, jouent de leurs instruments.

Bonhomme Sept Heures. Crédit : Chayna Verpaelst.

Un premier mini album, mais pas de tournée

La sincérité de ces gars-là est désarmante. Néanmoins, il y a un truc qui me chicotte depuis le début de l’entrevue. S’ils disent ne faire ça que pour s’évader et pour le plaisir de jouer ensemble, pourquoi alors se donnent-ils tout le mal de créer un album et de monter un show, alors qu’ils savent très bien qu’ils ne partiront pas en tournée.

C’est Normand qui m’éclaire en m’expliquant que selon lui, le milieu musical arrive à un tournant et que de la façon dont ça fonctionne à l’heure actuelle, c’est non viable. Que ce soit d’un point de vue des subventions, du salaire des artistes, ou des relations familiales et amoureuses qui se butent au fait que tu es toujours sur la route, ça ne peut pas durer.

Pour toutes ces raisons, les gars de Bonhomme Sept Heures ont décidé d’opter pour une nouvelle façon de créer, en ne faisant que 5 à 7 spectacles par année, en gagnant bien leur vie avec des emplois en parallèle, en restant rigoureux avec des pratiques toutes les semaines, mais surtout, en n’ayant pas d’attentes à livrer un album par année. « On est autonomes, on est indépendants et c’est notre façon à nous de changer l’industrie, parce qu’on s’est dit pourquoi pas. Pourquoi suivre un carcan qui ne nous convient pas et qui rend le monde malheureux et pauvres ? », explique Normand.

Puis Guillaume conclut en ajoutant « qu’il faut garder la même rigueur, mais croire au destin. S’il y a une [pièce] qui lève, on se remettra en question; ce sera un heureux problème. Mais tant qu’il n’y a rien qui lève, on garde notre plan de match. »

Pour les voir, il faut se rendre à Saint-André-Avellin au Pub le St-André, où ils procéderont au lancement de leur EP, Sept heures moins une, le 23 mars prochain. Puis, ils récidiveront deux jours plus tard avec un lancement abitibien (d’où sont originaires deux des membres de la formation), le 25 mars au Cabaret de la dernière chance à Rouyn-Noranda, en compagnie de la formation Carapace.