Boulimie musicale : deux mois en Louisiane

Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Le musicien d’Edmonton Éric Doucet s’est approprié ce dicton. Il arrive tout juste d’un séjour de deux mois en Louisiane. Son objectif? Absorber le plus de musique possible.

Pour lui, la Louisiane est un endroit mythique. C’est d’où toute la musique noire américaine découle : le jazz, le funk et le blues. « Dans différentes régions des Etats-Unis, d’autres sons se sont développés, explique-t-il, mais, à mon sens, c’est de la Nouvelle-Orléans d’où tout part. »

Quand on lui demande combien de spectacles il a vu en deux mois, il peine à répondre. « Je suis allé à toutes les journées du Festival de jazz de la Nouvelle-Orléans. Il y avait des spectacles de 11 h à 19 h, pendant 10 jours. Ensuite de cela, j’allais dans des bars où il avait constamment des spectacles. Certaines soirées, pendant mon séjour, je pouvais voir de 4 à 5 prestations. »

Enseigne du bar Jacques-Imo's : « Warm beer, lousy food, poor service. »

Des situations invraisemblables

Éric avait déjà vu quelques-uns des artistes aperçus en Nouvelle-Orléans en Alberta. Par contre, lors de son voyage, il a pu rencontrer les musiciens dans leur propre milieu. « Ça donnait place à des situations hors de l’ordinaire. Un soir, par exemple, j’ai pris un verre aux côtés de Jon Cleary. J’ai pu lui poser des questions. »

« Aussi, j’avais déjà vu Stevie Wonder en spectacle à Calgary; par contre, au Festival de jazz de la Nouvelle-Orléans, l’ambiance était complètement différente. Là-bas, tout le monde dans la foule connaissait et chantait ses chansons. C’était génial. »

« Je suis aussi allé à La Fayette où j’ai participé à un jam cajun. À un moment donné, je me suis rendu compte que Cedric Watson. C’est un super artiste méconnu de la musique cajun. »

Dans la communauté francophone

Eric admet ne pas avoir rencontré énormément de francophones à La Fayette. Il a quand même fait l’effort d’aller dans un groupe social français. « J’ai pu constater que les gens qui parlent français là-bas, c’est parce qu’ils veulent vraiment faire des efforts. Il y a quelques regroupements francophones, mais c’est somme toute marginal. »

Fait intéressant, même si la majorité des gens rencontrés par Éric ne parlaient pas français, les sessions musicales, elles, se déroulaient dans la langue de Molière; ce sont surtout des chansons en français qui étaient chantées. La culture est-elle celle qui meure en dernier ?

Enseigne au néon qui dit : « Bowling ».

Top 6 d’Éric Doucet (dans aucun ordre) :

- Stevie Wonder au New Orleans Jazz & Heritage Festival : Il a livré tous ses hits et plus. En prime, des commentaires pointus sur la situation politique américaine et une supplication à la foule de propager l'amour, la paix et l'unité.

- Jon Cleary au Chickie Wah Wah (chaque mardi à 20h) : Un des meilleurs pianistes et chanteurs en Nouvelle-Orléans depuis qu'il y est déménagé d'Angleterre, il y a plus de 30 ans. Tout seul avec un vieux piano droit Steinway de plus de 100 ans et un micro, il trimballe la foule à travers la tradition profonde du piano de la ville.

- Nufonia Must Fall Live! au Contemporary Arts Centre New Orleans : Une des œuvres d'art les plus incroyables que j'ai vues/entendues/senties de mon vivant. Kid Koala et un quatuor de cordes produisent la trame sonore tandis que les marionnettistes et cinématographes courent d'une mini-scène à l'autre.

- George Porter Jr. Trio au Maple Leaf Bar (chaque lundi à 22h) : Le bassiste du groupe à l'origine du funk de la Nouvelle-Orléans, les Meters, joue deux sets à chaque lundi avec son trio, composé de Michael Lemmler aux claviers et Terrence "Groove Guardian" Houston à la batterie. Un des lundis où j'y étais, les membres de Radiohead et Arcade Fire sont venu écouter le trio après avoir joué à l'aréna de la ville plus tôt ce soir-là.

Lettuce au Joy Theatre: Énergie incroyable, groove incroyable, en plus du retour de leur premier trompettiste, le prodigieux Rashawn Ross.

- NEON-Medeski au One Eyed Jack's : Définitivement la meilleure collaboration de ce genre que j'ai vue. Tous ont pris leur place en la cédant aussi facilement au prochain.