Charabia : Bitume gitan

Jeudi dernier, je me dirigeais tranquillement vers un bar du Vieux-Hull lorsque, tout à coup, j’entends un groupe en pleine performance. Je cherche autour de moi, mais je ne vois rien.Je tends l’oreille. Le son m’emmène devant un tout petit espace de 28 centimètres de large. Là, coincés entre deux édifices de la promenade du Portage, se trouvent les membres du groupe Charabia. Comme j’avais manqué leur show une semaine plus tôt, j’en profite pour prendre un peu de nouvelles, et donner rendez-vous à Roland Locqueville, leader du groupe, quelques jours plus tard.

Charabia, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un groupe qui se décrit comme faisant du folk sale à saveur d’asphalte et d’inspiration gitane. Ça fait beaucoup penser aux Sofilanthropes (des amis à eux d’ailleurs), avec une petite touche chanson française qui trahit les origines de Roland, originaire de la banlieue parisienne. Et à en croire Roland, le groupe commencerait aussi à intégrer des influences rock psychédélique, le nouveau dada du leader du groupe.

Photo du groupe Charabia.

Crédit photo : Marie-Andrée Blais

Il faut dire qu’avant de faire de la musique gitane, Roland faisait plutôt dans le death metal, notamment dans le groupe Straight, avec entre autres Caroline Rose, alors qu’il était encore en France. Ironiquement, il a commencé à s’intéresser à la musique gitane après s’être cassé un bras dans une bagarre avec des gitans. La chicane a pris avec son groupe quand il a dû leur annoncé qu’il ne pouvait plus jouer pendant des semaines. Restant chez lui, il s’est mis à écouter un cd qu’un ami lui avait prêté…  Un cd de Django Reinhardt, le maître de la musique manouche.

C’était en quelque sorte le début de ce qui allait devenir Charabia. Roland troque sa guitare électrique pour une guitare sèche, prend 6 mois de cours de guitare, commence à composer ses pièces puis part pour Québec pour un atelier de lutherie. C’est là qu’il rencontre Samuelle Desjardins, celle qui deviendra pour un temps sa compagne, mais aussi la violoniste du groupe. Samuelle étant originaire de l’Outaouais, les deux débarquent à Gatineau il y a un peu plus de cinq ans. C’est le début de Charabia, qui momentanément s’appellera aussi Les Fous du Roy.

Photo du groupe Charabia sur scène.

Depuis, le groupe s’est produit sur plusieurs scènes autant en Outaouais qu’ailleurs au Québec, sans toutefois nous faire grâce d’un album. Cet album, il s’en vient bientôt me dit Roland. Ce n’est pas encore confirmé si ce sera un EP, « payé avec les bouteilles vides » ou un album complet, payé avec une subvention du CALQ, dont Roland attend la réponse. Mais une chose est sûr, Charabia entre en studio fin juillet ou début août pour une sortie à l’automne.

Le groupe s’est même assuré les services de Michel Fournier et Louis St-André pour la direction artistiques et les arrangements. Ils se sont aussi adjoint les services de Jo Roy (Gee, Hemi Loco) aux percussions…  Des percus sur tout ce qu’on peut imaginer me dit Roland : des vrais tambours aux bacs de recyclages en passant par des gouttières. « Ça va ajouter au côté musique de rue » me dit-il, visiblement enthousiaste. Il y aura aussi une participation d’Antoni Gilbert (La Cavale) et peut-être l’apport d’un multi-instrumentiste aux cuivres, pour ajouter au côté festif.

Pour les textes, Roland se promet des paroles introspectives, conscientisées, mais pas nécessairement politisées; enragées aussi, et faisant large place aux sarcasmes et aux insinuations. Roland dit s’inspirer du hip-hop (français surtout) dans son écriture, dans la « manière de faire des punchlines, de prendre un thème et de l’étudier dans toutes les facettes possibles, une approche plus propre au slam, au hip-hop, à la rue finalement ». Mais après, le tout est chanté sur un folk délirant « pour que ce soit pris avec des pincettes, pour pas que ce qu’on voit, c’est un dépressif sur scène » lance Roland.

Autre nouvelle du côté de Charabia, Roland sera du Festival de St-Ambroise. Une première percée dans un concours après être passé tout près à quelques reprises. Une « belle occasion pour se faire voir, recevoir des critiques sur ma musique, peut-être des prix, parce qu’il y en a plusieurs intéressants ». Toutefois, il y sera seul, puisque St-Ambroise se concentre sur les auteurs-compositeurs-interprètes. Mais qui sait, ça pourrait ouvrir des portes pour la suite des choses pour Charabia.

Pour plus de détails :

Prochains concerts :

11 juillet, Maison Ludger-Duvernay (Montréal)

16 août et 15 octobre, L’Escalier (Montréal)