Constellation francophone à Winnipeg

Une constellation, c’est une région du ciel dans laquelle sont situées des étoiles voisines qui, ensemble, dessinent une forme, les lignes qui les relient imperceptibles à l'oeil nu mais manifestes dans l'imagination de la conscience collective humaine. Constellation francophone, c’est le bel événement pan-canadien qui a eu lieu samedi soir dernier. Pour célébrer le 150e anniversaire de la colonisation européenne de notre pays, six communautés francophones ont chacune accueilli une certaine diversité d’artistes musicaux francophones du Canada, formant un réseau d’étoiles brillantes représentant et fêtant la francophonie au Canada.

Un des points de la constellation était à Winnipeg. Le spectacle Constellation Winnipeg a pris place à la Fourche, lieu historique situé à la confluence des rivières Rouge et Assiniboine. Une dizaine d’artistes superbes ont pris la scène à tour de rôle – parfois seuls, parfois accompagnés par l’orchestre maison, et parfois en collaboration avec d’autres artistes.

Le thème de la soirée était « ouvrons les portes » et le spectacle a mis en vedette des musiciens émergents et établis, francophones et francophiles, montrant diverses facettes de la chanson francophone au Canada.

Plusieurs assez gros noms en musique francophone canadienne ont honoré de leur présence l’estrade de la Fourche, dont Jill Barber, une francophile à la voix distincte et charmante; la douce et élégante Geneviève Toupin, originaire du Manitoba mais résidente de Montréal depuis plusieurs années, qui a interprété des chansons aux thèmes marquants et profonds; Mehdi Cayenne, auteur-compositeur-interprète fascinant qui a une énergie très particulière : poétique, éclectique et un peu cinglée; et Marie-Jo Thério, l’unique et excentrique comédienne-chanteuse-musicienne.

L’iconique Laurence Jalbert a totalement charmé l’audience avec son humour farfelu, même après – surtout après – qu’elle a sauté un couplet d’une de ses chansons, admettant qu’elle avait seulement eu une heure ou deux de sommeil le soir précédent. Sans hésiter, elle a décidé de reprendre la chanson à un tempo plus rapide, entraînant la foule avec elle !

La franco-manitobaine Faouzia a aussi su envoûter la foule. Cette jeune artiste émergente à la voix incontestablement puissante est née au Maroc et a grandi dans le petit village manitobain de Notre-Dame-de-Lourdes. Elle a présenté sa première chanson de la soirée sans l’assistance de l’orchestre maison, s’accompagnant plutôt seule au piano, et ce fût impossible de détourner l’oreille de la présence forte et généreuse de sa voix. Plus tard dans la soirée, Faouzia et l’albertaine Karimah ont chanté un duo, leur chimie pétillante étant l'un des meilleurs moments de la soirée.

Faouzia en duo avec Karimah lors de Constellation francophone - Crédit : Robert Barrow.

Red Moon Road, trio de folk manitobain composé notamment de Daniel Péloquin-Hopfner, francophone originaire de Ste-Rose-du-Lac au Manitoba, ont présenté une de leurs chansons en français. S'en est suivie une collaboration instrumentale avec la violoniste Sierra Noble. Encore une fois, l’énergie magnétique présente dans cette collaboration a créé un moment spécial du spectacle. Sierra Noble a accompagné au violon plusieurs artistes lors l'événement, dont les Hay Babies, ajoutant une touche de « folk de chez-nous » à leur musique.

Pierre Kwenders, un Montréalais immigré de la République démocratique du Congo lors de son adolescence, a amené une énergie craquante sur scène avec son look et ses mouvements chamarrés. Sa musique progressive est influencée par les sons et rhythmes de son continent natal ainsi que par l'électropop et le hip-hop. Une de ses performances fût sa chanson Ani Kuni (basé sur une chanson autochtone populaire) avec son collaborateur fréquent Jacobus (Radio Radio) ainsi qu’une chorale d’enfants.

Pierre Kwenders sur scène lors de Constellation francophone - Crédit : Robert Barrow.

Après cette chanson, la chorale d’enfants fût rejointe par des personnes de tous âges, formant une chorale de 150 voix qui ont chanté deux chansons classiques écrites par deux grands artistes franco-manitobains : Histoire d’Antan (Gérard Jean) et J’ai quitté mon île (Daniel Lavoie). La foule ravie a rejoint leurs voix – certes, un moment quétaine, mais quand même touchant.

C’est drôle, ces jours-ci j’oublie souvent que je suis francophone, ou du moins, je ne le ressens pas. Mais ce samedi soir, je me suis souvenue, j’ai senti que j’appartenais à quelque chose plus grand que moi, et je me suis faite emporter. Il faut dire que c’était un spectacle assez spécial, préparé et présenté avec beaucoup de cœur.