Contrôle de Lary Kidd : un « conflit intérieur » en 13 chansons

Plus sombre que le catalogue de sa formation Loud Lary Ajust, Contrôle rend compte d’une « mauvaise passe », d’une époque sur laquelle Lary Kidd tente de tourner la page. À quelques jours de sa sortie sous Coyote Records, on fait le point sur chacune des 13 chansons avec son créateur.

Crédit photo : William Fradette

Anorexie

Je trouvais ça intéressant de commencer l’album en disant que « tellement de choses ont changé ». Avec le beat glauque très lent, je crois que ça met bien en scène ce qui s’en vient. De près ou de loin, c’est une chanson qui parle d’une fille en peine d’amour qui perd beaucoup de poids.

La brise 

Après la lourdeur d’Anorexie vient la libération. C’est un peu la sensation qu’on a de sortir dehors après avoir pleuré en dedans pendant des heures. En soi, la chanson dit rien de vraiment intéressant, mais elle est puissante. C’est l’idée de rouler vers nulle part en drop top avec le vent dans les cheveux, à la Thelma et Louise.

FTSL/Arc-en-ciel 

C’est le meilleur exemple d’un conflit intérieur face à ce que j’ai et ce que je peux pas avoir. Dans le refrain, je répète « Fuck ton Saint-Laurent » dans le sens de « fuck ton manteau Saint-Laurent esti de bourgeois élitiste ». Je critique ça, mais en même temps, je dis que, si tu me paies assez, j’vais finir par m’en acheter un. C’est le retour de mon combat contre le criss d’accomplissement matériel. C’est quelque chose que je déplore, même si je finis toujours par tomber dans le panneau quand j’ai les sous.

Portrait noir et blanc de Lary Kidd devant un mur.

Crédit : William Fradette

Lisdexemphetamine

Le titre fait référence à l’ingrédient actif du Ritalin, celui qui permet de rester focus. Ça donne une espèce de chanson fourre-tout qui parle de tout ce que j’ai vécu récemment. Le but, c’est de dire que, malgré les hauts et les bas, il faut rester concentré sur ses objectifs.

Contrôle

C’est la glorification du surhomme violent et sexuellement émancipé, à la rigueur déviant. Au centre de tout ça, y a un moment de lucidité, et après ça, ça repart complètement en couille…

La grande beauté 

L’antithèse de Contrôle. Après avoir exploré le personnage du gars macho plein de pouvoir, je vais vers l’innocence, la douceur et l’éloge de l’amour. Ça fait référence au film La grande bellezza de Paolo Sorrentino, puisqu’à un moment, je parle à ma copine en disant que « je nous vois marcher dans les rues de Rome ». J’avais les images de ce film-là en tête quand j’ai écouté le beat langoureux.

Les palmiers brûlent dans la nuit 

J’étais chez nous dans mon lit à regarder Instagram lorsque j’ai vu une photo de Ruffsound à L.A. où on pouvait voir un palmier avec un effet de flare causé par un lampadaire. J’ai trouvé ça vraiment intéressant, alors je suis allé dans mon bureau juste à côté de ma chambre, là où je pratique. J’ai ressorti un beat de Toast Dawg qui traînait et j’ai composé ça en une nuit. Ça donne quelque chose de très trippy, délirant et drug oriented.

Tasteless Interlude 

C’est la période tampon entre les deux moods de l’album. Depuis la première chanson, j’encaissais et je réagissais très fortement à tout ce qui se passait, et à partir de là, je deviens plus lucide. Sur cette chanson, je paraphrase beaucoup Emil Cioran. C’est un trip d’écriture très personnel, qui m’a beaucoup plu.

Ultra-violence 

J’ai l’impression qu’on consomme beaucoup de violence. Aussi quétaine et facile que ça peut sembler, la violence est très accessible et prédomine dans les médias. Durant la création de l’album, j’ai d’ailleurs dû arrêter de checker les nouvelles, car ça m’affectait trop. C’est cette pièce-là qui m’a aidé à purger ma propre violence.

Blue Pills, Red Pills 

C’est une pièce énergique, un peu left field, sur laquelle je parle d’expériences personnelles. Dans le deuxième verse, j’y expose aussi des paradoxes, des réflexions contraires, du genre « Si la vie est dure, I’m a suck it up ».

Décomposition

Ça, c’est deep… C’t’une chanson assez importante pour moi, qui fait allusion au Précis de décomposition de Cioran. C’est quelque chose de très pessimiste, qui parle de ma mauvaise passe et du concept super subjectif de la beauté. « La corruption du goût des gens me fascine / Le royaume du mépris chaque fois que j’me promène en machine »… On dirait que tout ce que j’vois, c’est pas beau.

Haute-couture 

J’ai eu beaucoup de fun à faire cette chanson, même si ça parle de quelque chose de vraiment intense. C’est l’histoire d’un gars avec le cerveau lavé par le rap et par ses sujets complètement exagérés comme la fabulation sur les armes à feu et le factice de l’univers de la mode. Au début, tu penses que c’est un gars qui va être victime de la culture des guns car il semble s’en aller faire un mass shooting sur l’avenue du Parc, là où il y a tous les artistes. Finalement, on se rend compte que le gars s’est muni de tous ces guns-là pour se tuer devant tout le monde.

On My Way 

Cette chanson-là se veut plus légère, mais j’y arrive pas complètement. Je parle de ce que je vois en revenant à la maison, entre autres de tous ces vieux gars drogués qu’on croise à quatre heures du matin.

Contrôle – disponible en magasin et sur les plateformes numériques le 2 juin

En spectacle, le vendredi 9 juin (23 h) à la Scène Urbaine du Quartier des spectacles dans le cadre des FrancoFolies de Montréal

La couverture d'album Contrôle du rappeur Lary Kidd.