CRi : électro introspectif

Signé sous l’étiquette électro californienne Young Art, le Montréalais CRi recherche l’intensité et l’émotion sur Someone Else.

Photo de couverture : CRi. Crédit : LePigeon.

Le producteur de 26 ans n’a pas mis de temps à rebondir sur le succès substantiel de Tell Her, un troisième EP paru en juin dernier qui l’aura notamment amené à prendre part à une mini-tournée américaine aux côtés de l’éminente Tokimonsta, fondatrice de Young Art. « D’habitude, je suis assez relax dans ma création de compos, mais là, j’ai donné un petit boost. J’étais davantage inspiré et motivé, explique Christophe Dubé alias CRi. Faut dire qu’entre Tell Her et Oda [NDLR : son deuxième EP], il y a deux ans d’écart, ce qui n’était pas très stratégique. J’avais réussi à obtenir une forme d’attention, mais ça a tellement été long qu’on a un peu eu le temps de m’oublier. »

Durant ce hiatus, l’artiste a toutefois testé beaucoup d’avenues sonores, ce qui aura porté fruit pour la suite des choses, autant en spectacle qu’en studio. Plus uniforme, sa proposition musicale met en relief une future house froide et hypersensible, qu’il a développée avec davantage de minutie sur ce quatrième effort.

« J’étais à la recherche d’intensité, dit-il. En fait, je crois que mon nouveau Prophet’08 a changé ma vie. Pour vrai, ce synth-là est devenu super important dans ma production. J’ai pu partir dans un délire musical avec des grosses séquences full intenses. J’avais le désir de faire des chansons qui peuvent se transposer en spectacle. Avec les années, je me suis rendu compte que les gens sont un peu TDAH en show : si tu captes pas leur attention à tout moment, ils vont checker leur cell ou, même, s’en aller. »

Synesthésie

Pour en arriver au son qu’il voulait, CRi a fait appel à de fidèles collaborateurs, la chanteuse Odile Myrtil et la multi-instrumentiste Ouri, également sa partenaire de vie. Son ami de longue date Jesse Mac Cormack a également posé sa voix sur le premier extrait Keep It Real.

Au lieu de s’en tenir à une approche classique, le producteur a préféré jouer avec la voix de ses complices en s’en servant comme d’un instrument à part entière. « Pour la toune avec Jesse, il m’a envoyé une vieille toune de son hard drive, que j’ai abordée de la même façon que si je faisais un remix. On est ensuite retournés en studio pour réenregistrer certaines parties qui fittaient moins », précise-t-il.

À la toute fin, Rush s’impose comme une pièce de résistance qui atteint son apogée à travers un élan drum and bass mémorable. « Cette pièce-là, c’est un peu le point culminant, expose-t-il. En soi, l’EP est un récit musical assez introspectif. Mis à part la toune avec Jesse, qui fait plus party, ça reste une œuvre personnelle. Quand j’ai composé les tounes, j’étais dans mon studio en semi-braillant. Les arrangements venaient vraiment chercher des sentiments profonds en moi, notamment reliés à des flashs de trucs que j’ai vécus. Pas nécessairement des trucs tristes ou vraiment heureux, mais des moods mélancoliques qui venaient se manifester. Ça a donné lieu à une espèce de synesthésie, durant laquelle j’essayais de transposer ces émotions vagues-là en sons. »

Introspectif/festif

Le défi sera maintenant d’amener ces chansons dites introspectives au public, notamment en première partie de Moderat au Métropolis en avril et lors d’Osheaga plus tard cet été. Même si ses fans sont plus nombreux qu’avant, CRi est conscient qu’il doit continuer à faire des efforts pour rendre plus accessible son univers lorsqu’il est en spectacle.

Après tout, même si ses déclinaisons sont incroyablement nombreuses, la musique électronique reste soumise à des contextes de diffusion particulièrement festifs. « C’est une musique qu’on entend que très rarement dans les salles de spectacles et, dans un contexte de club, les gens veulent danser et faire le party. J’ai hâte de sortir de cette réalité-là, mais c’est un passage obligé. Ça reste quelque chose que je trouve très formateur parce que ça me force à sortir de mon monde », admet-il.

Et, pour l’instant, les efforts du producteur n’ont pas été vains, même si son succès reste somme toute modeste dans sa propre province : « C’est un cliché de le dire, mais on dirait qu’il faut que tu sois connu ailleurs avant d’être reconnu ici, au Québec. C’est un peu moins le cas qu’il y a 2-3 ans, mais quand même. Tous les gros noms de la scène électronique, de Lunice à Jacques Greene, ont dû faire leurs preuves ailleurs. »

Someone Else - disponible le 24 mars

En spectacle le 18 avril (avec Moderat) au Métropolis de Montréal