Double Date With Death : Collages lo-fi

Deux clips montés à partir de films des années 80, des chansons qui font référence à l'an 1989 et à la pizza, des titres comme Creature et Magicien, une voix saturée et un backbeat ultraprésent… Double Date With Death présente un univers lo-fi et cinématographique sur Headspace, son premier album.

Photo de couverture : Vincent Khouni, Mathieu Poirier et Julien Simard de Double Date With Death. Crédit : François Olivier.

La sagesse rencontre les idées neuves

Comme beaucoup de ses contemporains, Double Date With Death a jeté son dévolu sur la cassette, un format qui convient tout à fait à son esthétique lo-fi. Mais il a aussi poussé l’expérience rétro un peu plus loin : c'est via les petites annonces que le groupe s'est rencontré.

« Je voulais faire de la musique, mais j’arrivais de France et je ne connaissais pas encore beaucoup de monde », relate Vincent Khouni, qui avait déjà commencé à se produire tambourin au pied et guitare à la main dans les bars de la vieille Europe.

Dans son mémo affiché sur Craig's List, le guitariste parlait des Cramps, de Ty Segall, de Thee Oh Sees et de Hanni El Khatib, des références qui ont accroché Julien Simard, bassiste du groupe Les Stups alors actif depuis 1989.

« C'est un peu intimidant d'aller rencontrer un parfait inconnu pour ça, mais j'avais envie de repartir à neuf, à froid. D'ailleurs, on a aussi utilisé les petites annonces pour trouver les autres groupes pour notre premier show, on était gêné un peu comme nouveau band ! », rigole-t-il. C’est Mathieu Poirier, batteur d'Ultraptérodactyle, qui complète le trio.

En ces deux musiciens expérimentés, Vincent a trouvé les partenaires idéaux pour concrétiser ses idées.

« Honnêtement, je pense que si ç'avait été des gens que je connaissais déjà, de gens de mon entourage, ça n'aurait probablement pas duré, avoue Vincent. Il y a comme un respect de tous les côtés, on sait ce qu'on veut et on ne perd pas de temps en pratique, on joue ! »

Julien, de son côté, apprécie l'imagination de son comparse. « Vincent arrive super vite avec des tounes, c'est impressionnant ! Et s'il voit qu'on embarque à moitié il passe tout de suite à la prochaine. J'adore ça parce que ça reste toujours le fun et spontané, et on ne se cantonne pas à un style de musique. »

Prendre son temps pour aller plus vite

Le premier EP, Across The Sea, a été mis en boîte avant même le premier spectacle du groupe. En revanche, Headspace a mis deux ans à mûrir. « Déjà, je pense que j'avais un besoin assez viscéral de la scène, et il fallait qu'on prenne le temps de faire différentes choses, comme jouer une première fois à Toronto et juste être ensemble, rapporte Vincent. L'album a été enregistré il y a un an et il aurait tout aussi bien pu sortir en 2015, mais je pense que je ne l'aurais pas aimé du tout. On avait besoin de temps pour le peaufiner. »

Headspace est sans conteste plus homogène que le EP, notamment parce qu'à force de fouler les planches, le groupe a réalisé qu’il préférait de loin quand les coudes cognaient, en conséquence de quoi il garde maintenant la pédale au plancher. « C’est un peu plus power qu'au début, et on savait mieux où on voulait s'en aller, commente Vincent. Il faut dire aussi que mon matériel a changé depuis qu'on a commencé à jouer ensemble, donc mon son a pas mal évolué. Je n’utilise pas du tout les même paramétrages et j'ai maintenant une pédale vocale. »

Vitesse et morts-vivants

Avec son lot d'effets, sa voix effilée, sa batterie musclée, sa basse mélodique et ses refrains accrocheurs, on voit bien que Double Date With Death a un pied dans le passé, style vieille moto café racer et bottes pointues, mais sans se confiner à une esthétique lo-fi en noir et blanc. À travers leur punk garage, on trouve des éléments de la culture pop, notamment dans la chanson 1989 qui nous replace dans cet espace temporel où Van Morisson trônait au sommet des palmarès.

« Je travaille dans une shop de tatoo et j'aime tout ce qui est vintage, le look, l'imagerie, comme la chanson Motorcycle sur le EP qui était inspirée de Mad Max. On est finalement pas mal influencés par les films qu'on voit, les voyages, l'idée d'aller toujours à fond... »

Un peu par hasard, les deux premières chansons à avoir leur vidéoclip se retrouvent imagées par des films. Pour Creature, Yann Tivrier est parti de la Créature du lac noir, alors que pour Eyes Ben Clarkson a fait un collage de films des années 80. « Ce qui était intéressant avec le clip de Eyes c'est qu'il y a plein de films que je ne connaissais pas, dont un avec la voiture qui coupe des jambes, et je l'ai vu et au final c'est vraiment un navet, c'est un film avec Stallone et David Caradine et ç'a fucking pas rapport. Mais sinon les films étaient super intéressants ! », s'enthousiasme Vincent.

La cassette de Headspace est jaune, la pochette mauve.

Cassette de Headspace. Photo : Isabelle Ouimet.

Le collage est un procédé qui revient beaucoup dans l'univers de Double Date With Death : dans les mots, que Vincent associe parfois un peu aléatoirement pour se rendre dans des terrains inconnus, et sur la pochette de l'album, où des longs cheveux entourent un visage fait de constellation.

« L'esthétique est un peu pop mais rappelle aussi le code couleurs des années 80 avec l'écriture en jaune... On ne veut pas rester enfermés dans les codes lo-fi, garage, punk. Et au final, analyse Vincent, on trouve que ça va plutôt bien comme mélange avec l'idée de la fiction qui est assez présente dans l'album, et notre style garroché. »

Double Date With Death lance Headspace en formule 6@8 le 27 octobre au SoundCentral.
Headspace est disponible depuis le 30 septembre 2016.

Un homme habillé à la mode des années 90 dans une galaxie étoilée.

L'affiche pour le lancement de Headspace.