Élixir de Gumbo : des balades rurales au bluegrass festif

Près de deux ans après avoir remporté les honneurs aux Francouvertes, et quelques mois après une sortie d’album, je me suis entretenu avec Dylan Perron d’Élixir de Gumbo pour faire le point sur leurs projets. C’est un artiste toujours aussi passionné que j’ai retrouvé, mais qui semble toutefois afficher une certaine amertume face aux retombées du dit concours.

Photo de couverture : Élixir de Gumbo. Crédit : Marilou René.

En novembre dernier, Élixir de Gumbo faisait paraître son deuxième album, Le beau piège, sorti cette fois sous l’étiquette abitibienne 117 Records. Se distinguant du précédent opus de par une présence plus importante de balades, c’est sous un concept de type face A / face B que Dylan Perron a choisi de présenter ses 16 pièces.

Le quatuor entassé dans ce qui ressemble à un van aux portes et plafond en bois.

Elixir de Gumbo - Crédit : Marilou René.

Sur l’album, les neuf premières pièces sont définitivement plus folk que ce à quoi Élixir de Gumbo nous avait habitués. Présenté sous forme d’histoire, il s’agit en fait d’un long morceau arrangé en neuf tableaux. Puis, dans la deuxième partie, on retrouve l’énergie bluegrass qui a fait la réputation de la formation. Le tout étant entrecoupé par la pièce J’ai planté un chêne, reprise de Gilles Vigneault que le groupe fait en concert depuis belle lurette.

Alors qu’il percevait son premier album plutôt comme un banc d’essai pour sa musique, sur ce deuxième opus l’écriture est beaucoup plus en harmonie avec les compositions. « Les textes sont plus égaux par rapport à la musique et je trouve que ça se tient mieux, explique Dylan, il y a une bonne stabilité entre la musique et les paroles. »

Un album d’orchestration rurale et traditionnelle influencé par les nombreuses tournées

Lorsque j’aborde le sujet de l’inspiration, Dylan n’hésite pas deux secondes à me dire qu’il s’agit d’un album plutôt rural, autant dans l’imagerie que dans les textes. « Ce n’est pas un album qui vient de la ville. Ça s’entend assez rapidement. Même par la musique bluegrass, c’est quand même assez campagnard, de la musique traditionnelle, d’orchestration traditionnelle. »

Bien que dans la composition de l’album Dylan ait cherché à s’éloigner des histoires de tournées, il n’en demeure pas moins qu’en étant toujours sur la route, les pièces s’en sont inévitablement trouvées influencés. En fait, il s’agit du « résultat d’une vie de tournée un petit peu trop intense. À force d’être toujours sur la route, tu es un peu perdu avec ça, tu n’as pas de maison, tu n’as pas de place, tu deviens essoufflé par tout ça. »

Ainsi, bien qu’il ne l’admette que du bout des lèvres, ses textes demeurent plutôt introspectifs, même s’il tente en réalité d’aborder des sujets plus généraux. « Je ne sais pas si je suis pudique, mais mon intérieur, je n’ai pas envie de le garrocher en chanson. » Ce fut donc pour lui un défi que d’aller dans cette direction, que de raconter ses histoires « sans que ce ne soit trop personnel et d’essayer que les propos soient assez universels ».

Sur la pochette de l'album, on peut y voir une peinture représentant une aurore boréale verte.

Pochette de l'album Le beau piège d'Élixir de Gumbo.

Gagner les Francouvertes, oui, mais…

En abordant le sujet des Francouvertes, j’ai rapidement senti qu’il y avait une certaine déception, voire de l’amertume, envers les retombées de cet important concours. « Dans notre cas, on jouait déjà et on gagnait notre vie de ça. Donc, point de vue expérience ce n’était pas bien grave, c’était juste un show de plus ou de moins », me lance-t-il d’entrée de jeu.

Il souligne ensuite qu’ils ont un peu manqué le bateau en ayant trop attendu avant de sortir le deuxième album. Le buzz espéré autour de la sortie n’a donc pas eu lieu. « On a pris notre temps, un peu trop. Il aurait fallu sortir quelque chose tout de suite », explique Dylan avant d’ajouter qu’au fond, il « aime mieux avoir de la cohésion que d’avoir un buzz de trois ans et que ça ne fonctionne plus après ».

Cette expérience lui aura laissé l’impression que les gens courent surtout après le buzz du moment plutôt que d’être de véritables adeptes de musique. « Si les gens trippaient tant que ça sur notre musique, ils iraient l’écouter aujourd’hui, mais dans le fond, tout le monde court après un buzz plutôt que d’être des fervents de musique. Moi j’ai toujours trouvé que c’était un cirque et ça m’a juste fait constater que c’en était un encore plus grand. »

À son avis, il faudrait que les médias s’intéressent davantage à la musique et qu’ils arrêtent de courir les concours pour en catapulter un par année; il faudrait qu’ils couvrent vraiment la scène. « Il y a tellement de groupes qui font de la bonne musique, puis il y en a tout le temps un ou deux qui perce, et le focus est mis là dessus. Mais un moment donné, ce n’est pas ça qui fait que ta couverture de la scène est intéressante et intelligente. »

C’est toutefois sans hésiter qu’il admet que les Francouvertes auront permis à la formation de se faire connaître davantage. Maintenant, dans les concerts, les gens savent qui ils sont et chantent les pièces avec eux. Sans compter que lorsque vient le temps de les appeler pour jouer, les promoteurs comprennent mieux le type de spectacles qu’ils peuvent offrir. « Ils ne nous mettent plus à 6 h 30, à l’heure du souper, ils nous mettent à une heure qui nous correspond plus. Ils savent ce qu’ils viennent chercher quand ils nous demandent de jouer. »

En perpétuelle tournée

Bien que seulement trois concerts soient officiellement affichés sur leur site Internet, la formation demeure en perpétuelle tournée et de nombreux autres show s’ajouteront à la liste au fil des mois. « On est absolument exécrable pour faire de la pub, lance Dylan en riant, il y a plein de shows prévus cet été que je n’ai pas encore rentrés sur Songkick, mais ça s’en vient ».

Entre temps, sachez que vous pourrez les voir le 23 mars prochain au Baril Roulant à Val-David, le 24 mars lors d’un concert extérieur gratuit à Verdun, ainsi que le 25 mars à Val-d’Or lors de la Finale régionale de Cégep en spectacle.