Festival Off de Québec

Cette année, l’affiche du Festival Off de Québec ne dévoilait aucun des noms de sa programmation. Maintenant que les têtes d'affiche des artistes montants sont régulièrement inclus au Festival d'été de Québec, le Off a décidé de miser sur la curiosité, et nous a présenté quelques bêtes très intrigantes.

Mercredi 2 juillet : la surprise de Blood And Glass, Men I Trust, Millimetrik et Ludovic Alarie.

En ouverture, il nous réservait la première (et peut-être dernière) sortie publique de deux projets que mijotait anonymement le producteur Dragos Chiriac, soit Careful et Men I Trust, dont le premier disque, sorti il y a un mois, a retenu l’attention (BRBR avait tourné une session avec eux à revoir ici : http://www3.tfo.org/videos/00246123/men-i-trust-jeunesse-eternelle http://www7.tfo.org/brbr/men-i-trust/ et session)

Men I Trust en spectacle.

Mercredi, les membres des deux projets étaient réunis sur scène pour piger aléatoirement dans leurs répertoires respectifs. Comme sur disque, ils ont marié leurs chansons aux voix typées de Odile Marmet-Rochefort, Thomas Jackson Casault, Geoffroy Sauvé et Webster, toutes très jolies mais pour certaines un peu inexpérimentées avec un micro, ce qu’on leur pardonne sans hésiter. À la batterie, Jean-Étienne Collin Marcoux faisait sa première apparition  du festival et il allait vite nous montrer qu’il n’entendait pas à rire. Il a offert le canevas parfait pour Men I Trust / Careful avec son jeu précis, à cheval entre le jazz et l’électronique. Jessy Caron (I.No), l’autre membre du duo Men I Trust, était aussi remarquable. Malgré tout, il manquait un petit quelque chose à cette musique qui s’inspire du lounge, du jazz, du pop et de l’électro. Question de perfectionnement, simplement. On peut se procurer l’album au prix désiré juste ici :

Ludovic Alarie en spectacle.

Fort des éloges reçus depuis le lancement de son premier disque, Ludovic Alarie a pris la relève en trio. Encore tout jeune, timide mais pas effacé, agile guitariste, Ludovic a offert une prestation agréable. Or, même sans la présence des cordes et des cuivres du disque, ses mots mâchouillés et le son de sa voix peinent à se faire entendre.

Millimetrik a ensuite présenté son nouveau disque Lonely Lights, un retour à la musique instrumentale après une incartade dans la production pour rappers avec son projet Read Between the Rhymes. Millimetrik avait déjà organisé à la fin mai un parcours dans la ville avec des oeuvres photographiques et des extraits du disque, mais c’était la première fois qu’il le jouait. Fidèle au son qu'il développe depuis 14 ans (c’est son septième album), il a présenté des pièces lumineuses, toutes ou à peu près bâties sur le même tempo calme. De ses propres explications, il aurait construit Lonely lights comme un parcours d’exploration nocturne dans une ville inconnue, et voilà bien ce qu’on ressentait, un air d’aller, une brise fraîche. On s’attendait par contre à ce que le show live présente des musiciens de façon plus régulière sur scène.

Blood And Glass en spectacle.

La vraie surprise de ce premier jour de Festival a été définitivement Blood and Glass, sorte de all-star band présidé par l’ex-chanteuse de Creature Lisa Iwanycki: Melanie Bel-Air (TUYO, Charles Paparoff, André Duchesne, Linda Thalie), Morgan Moore (Marianne Trudel, Greg Clayton), Sidney Crows, Erika et Simon Angell (Thus : Owls) et Robbie Kuster (Patrick Watson, le Large Ensemble, Yannick Rieu); autant dire : tous des musiciens extrêmement solides et polyvalents. Ils avaient préparé une prestation théâtrale aux épices cauchemardesques, réglée sur les mouvements saccadés de la chanteuse et sur les changements d’humeur des luminaires en forme de nuages. Les voix haut-perchées des chanteuses et les mélodies alambiquées ne passeront peut-être pas si bien sur disque, mais en spectacle c’était un vrai délice.

À voir : leur chanson Floating Nora tournée au studio Planet :

Blood And Glass en spectacle.

Jeudi 3 juillet : un bingo version disco et un jeu Nintendo en opéra

CoronerParadis en spectacle.

Coroner Paradis était seul avec sa guitare sur la minuscule scène du Fou-Bar, à deux pieds du visage de ses spectateurs les plus proches, qui en fin de compte échangeaient tant avec lui qu’ils auraient pu faire partie du show. Il a très vite mis le public dans sa poche avec son air de garnement qui avait dû forcer pour se sortir du lit, son autodérision et son franc-parler. Il y a d’abord son aura sombre de poète maudit, mais il y a surtout ses magnifiques textes (son deuxième recueil de poésie s’appelle Le soleil des taupes), son feu incroyable, sa voix râpeuse et les nuances subites de ses chansons avec lesquelles il jongle sans même avoir l’air d’y penser. La musique sort de lui comme d’un canon, et en ce qui me concerne, j’en aurais bien reçu par la tête pendant une autre heure!

Jérôme Casabon, qui lui faisait suite, n’a pas su s’accrocher à l’intensité qui flottait, mais il a bien repris le morceau avec ses petites histoires de la vie quotidienne apprêtées avec humour, et surtout avec un bon groupe composé de Shampouing à la guitare, Cédrick Martel (Mauves) à la basse et de l’excellent Stéphane Rancourt à la batterie.

Jerome Casabon en spectacle.

C’était assez annonciateur du reste de la soirée, pour lequel il fallait laisser son sérieux au vestiaire. D’abord, deux crinqués qui se rencontrent hebdomadairement depuis un an pour composer un opéra acoustique inspiré du jeu Nintendo «The Adventures of Bayou Billy», sont venus présenter le fruit de leur travail acharné. Ils ont réussi à écrire 21 chansons sur un jeu dans lequel il n’y a pas grand chose d’autre que des chiens et des crocrodiles, et des chansons pleines d’émotion s’il-vous-plaît! Il fallait connaître le jeu et écouter les paroles. Comme spectacle c’était un peu anecdotique.

On peut se procurer le disque ici

Ou regarder la série qu’ils ont téléversée sur Youtube

C’était également la soirée de la grande finale de la Ligue d’Improvisation Musicale de Québec, qui avait rempli le complexe Méduse. De la troisième partie, on retiendra l’excellente improvisation «Passe ParPunk», où tous les musiciens ont joué leur rôle de façon exceptionnelle, ainsi que la dernière improvisation pour laquelle les musiciens devaient interpréter un style farfelu à pied levé. L’arbitre aurait pu être cent fois plus baveux, et il aurait été intéressant que les commentaires absurdes des analystes soient complétés par quelques analyses.

Le duo d’humour Sèxe illégal a fait honneur à sa réputation, quoiqu’on pourrait argumenter que son spectacle comprend peu de musique pour être dans la programmation d’un festival musical, et la soirée s'est terminée sur un projet ambitieux, le Bingo Disco, animé par Odile Dupont et Gab Paquet. Bien que l’idée soit légère, qu’il fallait y voir une occasion de faire la fête plutôt que de découvrir une musique d’avant-garde, les participants ont pris leur commande au sérieux. D’abord, l’enrobage était bien travaillé : tout le monde était habillé de paillette, il y avait une énorme boule disco au plafond, et les animateurs ont été divertissants su début à la fin. Odile Dupont nous a gratifié à plusieurs reprises de sa très jolie voix. Mais surtout, le house band Beat Sexü, constitué des musiciens les plus actifs à Québec présentement, avait fait ses devoirs : entre les cartes de bingo, ils avaient préparé des reprises disco d’artistes labeaumiens (Les Indiens, Mauves, Jane Ehrhardt) – quelle excellente idée. À chaque fois qu’un «Bingo Disco» retentissait, la salle entière se levait pour danser sur le thème musical. Beat Sexü a fini le spectacle sur ses propres compositions.

Il fallait prendre cette soirée du Off pour ce qu’elle était : une grande fête et pas beaucoup de sérieux.

Vendredi 4 juillet : Marjorie Fiset, Gabrielle Shonk, ¡FLIST ! et Mozart’s Sister

À 18 h, c’était Marjorie Fiset qui posait ses pénates sur le parvis de l'Église Saint-Jean-Baptiste en revenant de Petite Vallée. Elle en a profité pour essayer sa dernière chanson écrite là-bas, la charmante "un petit radeau". Elle était seule au piano et au floor tom avec son claviériste Gabriel Vinuela-Pelletier et a gardé le rythme lent tout au long de sa prestation, qui en a un peu pâti. Marjorie Fiset a une jolie voix, des textes naïfs sans être insipides, et des mélodies vocales inspirées de l'harmonie jazz. Rien de neuf sous le soleil (de toute façon il n'y en avait pas).

Le St-Jean-Baptiste Country Club n'a pas répondu aux attentes, élevées parce qu'on avait là un genre de all-star band de la ville de Québec avec Gab Paquet, Alexandre Martel, Simon Paradis, Serge-André Amin ... Ça avait pourtant bien commencé avec un abécédaire très inspiré déclamé par le batteur, mais la suite a été un enchaînement de voix de faussets, d’erreurs, de rythmes croches et de chansons vides. Le disque est téléchargeable gratuitement sur leur page bandcamp.

Pour clore ce début de soirée au grand air, Gabrielle Shonk a livré ses compositions, dont une nouvelle en français, avec aplomb. Elle a du chien et est animée par ses chansons.

La grande surprise du 4 juillet, et du Off en ce qui me concerne, a été ¡FLIST ! , un énergumène montréalais qui se démène en secret depuis presque cinq ans et qui s’est présenté avec un batteur, un bassiste (Marc-André Roy aka Rakam) et une artiste visuelle. Le meneur Charlie Twitch se contorsionnait sur des rythmiques complètement décalées, des mélodies aux frontières du spectre harmonique et des changements abrupts de tempo. Avec des paroles comme « Let’s have a baby and let it die » et «Why should I just let you free», il était intrigant et fascinant, et il nous a donné un beau moment de complicité avec un spectateur. ¡FLIST !  a récolté une ovation et a fait un rappel plus que désiré. Sur son site, on peut trouver un remix de ¡ la pièce «Swimming» de Karneef, qui jouait également ce soir-là : https://soundcloud.com/karneef/swimming-flist-remix?in=karneef/sets/karneef-swimming-remixes

 

Étonnant spectacle que celui de Karneef, sorte de groove mêlé de noise, de pop, de punk, bibitte à cinq têtes présidée par un grand frisé au regard intimidant. Bien qu’ils passaient trois minutes à chercher leurs notes au début des chansons (était-ce calculé ?), leur concert était bien exécuté et, cachées dans leurs rythmiques hachurées, les mélodies bien accrocheuses.

 

Toast Dawg s’est amusé avec les thèmes de son excellent ep Brazivilain, et a profité de sa présence dans la capitale nationale pour inviter Koriass et Eman. BRBR avait rencontré le producteur en janvier dernier : http://www7.tfo.org/brbr/toast-dawg/

ToastDawg et Koriass en spectacle

Mozart’s Sister a terminé la soirée dans la grande salle de Méduse, juste avant que Great Deal Of Noise ne ferme la soirée. Caila Thompson-Hannant, qu’on avait connu au sein de Think About Life et de Miracle Fortress, continue de prendre de l’assurance. Elle a présenté plusieurs nouvelles chansons de son disque Being, qui sera en vente le 5 août prochain via Paper Bag Records, et le vidéoclip de son premier extrait Enjoy se trouve juste ici :

En somme, le Festival Off de Québec a cette année encore présenté un beau panorama de ce qui se fait à Québec et ailleurs, et ce dans une ambiance très chaleureuse. À retenir en ce qui me concerne : Coroner Paradis, ¡FLIST !  et Blood And Glass.