Festival Suoni Per Il Popolo : 15 ans de créativité et d'implication

Pour ses quinze ans, le festival Suoni Per Il Popolo n'a pas prévu d'événement grandiose. Allergiques au tapage médiatique, passionnés par la démocratisation d'une musique libre et expérimentale, les organisateurs se sont plutôt contentés de bâtir une programmation solide, téméraire et bourrée - mais vraiment bourrée - de découvertes locales.

Suoni per il popolo, du 4 au 22 juin

Malgré la file d'entrevues qu'il a dû honorer dans la semaine et les travaux de dernière minute qui viennent avec toute organisation d'événement, le co-programmateur Peter Burton est ravi lorsqu'on l'invite à s'arrêter pour réfléchir à la musique et à sa place dans la société. Il n'hésite pas à nous renvoyer les questions pour faire avancer la discussion. « C'est le fun de parler de ça, tu sais, nous on est un peu dans les rapides, et c'est très rare qu'on a le temps de s'arrêter pour penser. »

Depuis 15 ans, le festival Suoni Per Il Popolo garde le fort en programmant des artistes d'avant-garde, expérimentaux, actuels, free jazz, punk et noise, des styles pas trop grand public. Mais Peter Burton, animé d'une passion évidente, ne semble pas près de lâcher la bataille pour la musique libre.

« Les artistes de free jazz m'inspirent beaucoup par ce qu'ils réussissent à faire sans support institutionnel. Ils avaient une grande vision et ont brisé des barrières. Il y a beaucoup de jeunes qui continuent à tout brasser, et j'espère que ça va continuer, car c'est ça qui garde la musique intéressante. On essaye de garder un équilibre entre les plus vieux et les plus jeunes, car il faut qu'il y ait un renouveau, mais c'est important qu'on n'oublie pas les artistes plus vieux qui continuent d'évoluer. »

Sachant que le festival a encore enregistré un bilan déficitaire l'an passé, la question du financement se pose.

« Au Québec, il y a une tradition du support étatique, mais quand on est en période d'austérité, l'argent doit aussi venir d'ailleurs. Il y a beaucoup de potentiel à Montréal, car il y a une communauté créative très forte qui supporte les événements, et les gens vont toujours avoir besoin de socialiser et de vivre l'art. Tant que le besoin va être là, les choses vont continuer de fonctionner d'une manière ou l'autre. On est contents d'offrir un espace qui n'est pas trop commercialisé et d'avoir des petits événements, parce que c'est dans ce cadre-là que la créativité peut sortir. »

Pour ceux qui se sentent l'âme d'un supporter, le festival a récemment mis sur pieds un programme de membership qui commence à 5$.

Le projet AUMI (Instrument de Musique à Usage Adaptatif)

AUMI

L'équipe du Suoni s'est toujours impliquée dans sa communauté. Cette année encore, le festival présentera des concerts gratuits devant le Jewish Hospital, dans Côte-des-Neiges.

« C'est un quartier très multiculturel, les patients de l'hôpital parlent un million de langues, et je trouve que c'est une place très intéressante pour présenter ce genre de musique qui autrement peut être un peu exclusive… Mais c'est une chance pour les musiciens aussi de vivre ce genre d'expérience. On espère pouvoir payer des musiciens pour travailler avec AUMI. »

Le projet AUMI (Instrument de Musique à Usage Adaptatif), qui fera l'objet d'une discussion vendredi le 4 juin avec la chercheure et musicienne Pauline Oliveros, est une technologie qui permet aux gens à mobilité réduite de faire de la musique.

« Cette discussion nous donnera la chance de reconsidérer le sens qu'on donne à la musique. Souvent, on la perçoit comme un produit, mais d'autres cultures la voient comme une force spirituelle, comme quelque chose qui puisse supporter la santé, et ce projet va nous permettre d'explorer ça. »

Un autre atelier, organisé par le Camp de Rock pour les filles de Montréal, présentera des conférencières qui utilisent l'art pour entamer un dialogue sur les genres, la musique et l'expérience personnelle.

Cette année, l'équipe du festival a été particulièrement généreuse sur les artistes canadiens : les spectacles dont l'affiche n'en comptent aucun sont exception. Avec l'aide de plusieurs co-producteurs (Small Scale Music, Drones Club, Howl! Arts, Misery Loves Co, Saturn Returns, Island Frequencies, etc.), les programmateurs ont déniché un tas d'artistes à découvrir : Torment, Ice Cream, Comet Control, Enormous Door, Wreckage with Stick, Heathers et Loosestrife, pour ne nommer que ceux-là. Grâce encore une fois aux fonds du festival, le Quatuor Bozzini travaille présentement avec les dissidents américains Pauline Oliveros et Alvin Lucier pour présenter des concerts qui s'annoncent hauts en couleurs. Voici quelques spectacles d'artistes canadiens à mettre à votre calendrier :

 

Nicole Lizée, le 15 juin à la Sala Rossa
Originaire de la Saskatchewan mais établie à Montréal, Nicole Lizée avait un père qui réparait les ciné-parcs de l'Ouest canadien. Le vieux matériel de projection, ainsi que « les premiers vidéoclips diffusés sur MTV, le turntablism, la musique rave, Hitchcock, Kubrick, le psychédélisme et le modernisme des années 60 », a fait son chemin jusque sur sa table de travail. « Elle s’intéresse aux lacunes et pépins créés par l’utilisation de technologies vieilles et dépassées », annonce le programme.
http://www.nicolelizee.com/

 

The Mile End Ladies String Auxiliary, le 9 juin à la Sala Rossa
Sous la commande du festival, Sam Shalabi et Steves Bates ont composé des pièces spécialement pour Rebecca Foon, Sophie Trudeau et Geneviève Heisteik, toutes trois ex-Set Fire to Flames et autres Godspeed You! Black Emperor, Silver Mt. Zion, Esmerine et Hanged Up. Le trio sera accompagné des électroacousticiens Marc-Alexandre Reinhardt et Christof Migone ainsi que du percussioniste Timothy Herzog pour la pièce de Bates.

 

Colin Stetson et Sarah Neufeld, le 10 juin à la Sala Rossa
Le couple vient présenter son premier album, un duo violon et saxophone dans lequel on ne sait jamais qui joue quoi.

 

Stretch Wood + Monday Night Choir,  le 8 juin à la Sala Rossa
Stretch Wood est la rencontre entre le très inventif violoniste Josh Zubot et le compositeur et percussionniste Isaiah Ceccarelli, qui a eu la commande du festival de composer une pièce pour ensemble à cordes. Le Monday Night Choir est une chorale du Plateau et du Mile-End qui se produit a cappella.

 

Festival Suoni Per Il Popolo
Du 4 au 23 juin 2015
suoniperilpopolo.org