FME 2016, partie 1 : éclopée en mission abitibienne

Le Festival de musique émergente en Abitibi-Temiscamingue s’ouvrait en grande pompe jeudi. Dans la vie, j’apprécie beaucoup quand les astres sont alignés et que les choses se passent en bonne due forme. Or, alors que je subissais une opération à pied ouvert dans la nuit de mercredi à jeudi, je me suis dit que ça ne pouvait toujours bien aller. C’est pourquoi mon expression fétiche du week-end ne sera pas « quand les astres s’alignent », mais plutôt, « en dépit des circonstances ». En dépit des circonstances donc (une attelle plâtrée, une chaise roulante, des béquilles et de puissants anti-douleurs), me voici au FME pour quatre jours de musique et de recherche active d’ascenseurs.

Photo de couverture : Brown au FME. Photo : Élise Jetté

Elise Jette au FME en béquilles et platrée, mais souriante.

Être déterminée - Photo : Maryse Boyce.

Le périple commence sur la route entre Montréal et Rouyn, durant laquelle l'arrêt le plus significatif survient dans cet établissement où tout peut arriver : acheter de la glace, enregistrer un animal, avoir la bouche bleue pendant cinq heures grâce à Slush Puppie, faire une sieste, se procurer de l'alcool, manger, mettre de l'essence et en apprendre un peu plus sur les sentiers de randonnées du Parc de La Vérendrye. Devant la petitesse de l'établissement, on restera un peu sous le choc devant le caissier qui dira : « Vous ne pouvez pas payer la bouteille d’eau et l’essence à la même caisse. C’est un autre département. »

La devanture d'un dépanneur.

Un endroit unique - Photo : Élise Jetté.

Une fois rendue à Rouyn, je regrette d'avoir une jambe dans le plâtre quand je vois cette offre alléchante : « N'utilise pas de machines, deviens une machine ».

L'enseigne d'une salle de crossfit.

Crossfit - Photo : Élise Jetté.

Le premier spectacle que je réussis à entrevoir est celui de Quebec Redneck Bluegrass Project. Il n'est que 20h et, déjà, c'est leur succès Chu ben plus cool su'a brosse qui trouve le maximum d'échos dans la foule. « J'ai fait garder mes cinq enfants et j'ai pris congé à la job demain », hurlera un festivalier du coin, très satisfait de sa décision.

Quebec Redneck Bluegrass Project sur scène au FME

Quebec Redneck Bluegrass Project - Photo : Riff Tabaracci.

Moment idéal pour faire un peu d'exercice en montant sur un pied les 31 marches d'escaliers qui me séparent de l'Agora des Arts où Charlotte Cardin est en pleine séance d'envoûtement de la foule avec sa voix qui oscille entre mélancolie et groove. On remercie le handicap physique du moment, seule raison pour laquelle nous avons été autorisés à entrer dans la salle qui affichait complet.

Charlotte Cardin sur scène au FME.

Charlotte Cardin - Photo : Élise Jetté.

Retour sur la terre ferme, ensuite pour tenter de percer la foule dense massée devant L'espace lounge Hydro-Québec pour Rouge Pompier. Quelques coups de béquilles dans les tibias des convives plus tard, je me retrouve au premier rang, à mi-chemin entre une chance assurée de tomber par terre et d'abimer mes tympans de façon permanente.

Rouge Pompier sur scène.

Rouge Pompier - Photo: Élise Jetté.

C'est en retournant me vautrer dans ma chaise roulante pour un repos bien mérité que je constate que certains ont trouvé une nouvelle fonction à mes béquilles. FME : festival pro-environnement !

Une canette de bière coincée entre deux béquilles.

Ramasse-déchets - Photo : Élise Jetté.

Les aventures du premier jour se terminent au concert de We Are Wolves. Le groupe, fébrile quant à la parution prochaine de WRONG, son cinquième album, s'exécute en enchaînant des pièces issues de toutes les ramifications de son répertoire. C'est un concert énergique, masqué et apprécié des festivaliers. Ceux-ci gagnent la palme d'or des plus courtois, n'hésitant pas à rouler ma chaise roulante jusqu'à l'avant de la scène. C'est un concert handicapés-friendly.

We Are Wolves sur scène.

We Are Wolves - Photo : Élise Jetté.

Après un réveil progressif dans l'avant-midi, notre journée débute avec le pool party de Bonsound où je rencontre Snail Kid de Dead Obies et BROWN, également blessé à la cheville et muni d'appareils de déplacements identiques aux miens. Il ne m'en faut pas plus pour considérer que la chaise roulante est le nouvel item mode de la saison. Au bord de la piscine où peu de baigneurs se risquent vus les 16 degrés ressentis, Les Deuxluxes donnent un avant-goût du lancement de Springtime Devil qui aura lieu en fin de soirée.

Snail Kid au bord de la piscine et Les Deuxluxes jouent en arrière plan.

Snail Kid et Les Deuxluxes - Photo : Riff Tabaracci.

N'écoutant que mon courage, je tente une nouvelle expérience : me promener en béquilles dans un carré de sable.

La zone carré de sable - Photo : Élise Jetté.

On quitte les festivités Bonsoundiennes pour aller assister à un évènement multi-sensoriel : La Colonie de Vacances, quatre groupes français qui encadrent la foule et jouent en simultané. Au centre des quatre bands qui se relancent avec détermination on se sent rapidement comme la ligne centrale d'une table de beerpong.

La Colonie de Vacances/Photos: Élise Jetté

La Colonie de Vacances - Photos : Élise Jetté.

J'occupe mon 5 à 7 avec le spectacle de Laurence Nerbonne à La Légion. Ne pouvant pas me joindre au dancefloor dans mon accoutrement béquillesque, je choisis de m'assoir au bar où un couple dans la soixantaine est venu faire une découverte musicale. « J'préfère encore Céline, Marcel, mais c'est vrai qu'elle a une belle voix », lancera la dame à son conjoint.

Laurence Nerbonne sur scène au FME.

Laurence Nerbonne - Photo: Élise Jetté

En sortant de la salle, je remarque cette invitation à combattre assez saugrenue, munie de dates anglophones inexistantes #zeromay.

Une annonce de recrutement de soldats.

Recherche de soldats - Photo : Élise Jetté.

Contrairement à Montréal où les cyclistes sont blâmés pour leur absence de casque quand ils se font frapper par des gens qui ne font pas leurs angles morts, on comprend qu'ici, à Rouyn, le casque est une priorité.

Une piste cyclable promouvant le port du casque.

Piste sécurisée - Photo : Élise Jetté.

En bordure de piste cyclable, on croise Luc Langevin qui nous surprend encore avec un petit tour de magie au moment où on s'y attend le moins.

une canette de bière en équilibre sur un poteau.

Un peu de magie - Photo : Élise Jetté.

Fin de soirée des plus bucoliques, ensuite, de retour à l'hôtel où je peux voir un coucher de soleil derrière le seul palmier de Rouyn-Noranda.

Coucher de soleil bucolique/Photo: Élise Jetté

Coucher de soleil bucolique - Photo : Élise Jetté.

KNLO d'Alaclair Ensemble signe le début de la soirée rap à la scène Paramount. Roulée par mes amis jusqu'à l'avant de la scène, je confirme : le public hip-hop est le moins enclin à laisser passer les infirmes. Néanmoins en bonne position pour le show, je vis de près le soul et le groove du rappeur qui recevra des jujubes d'un membre du public durant la chanson Les bonbons. Moment fort sucré !

KNLO sur la scène au FME.

KNLO - Photo : Élise Jetté

Le trio familial de BROWN prend le relais. Snail Kid, toujours pas guéri de la cheville depuis le midi, s'exécute comme il se doit pour un gars en chaise roulante. La prestance de la famille n'est aucunement affectée, contrairement aux adolescentes saoules qui se reprennent leur équilibre sur les poignées de ma chaise roulante.

BROWN sur scène au FME.

BROWN - Photo : Élise Jetté.

Un périple des plus périlleux à bord de ma chaise me ramènera à l'Agora des Arts où Avec pas d'casque lance son nouveau bijou, Effets spéciaux, en jouant l'album dans l'ordre. En communion totale avec la foule attentive, Stéphane Lafleur et ses acolytes livrent une performance digne de mention. Comme l'album, le concert très linéaire s'écoute d'un trait. « Je m'excuse, ça va vite. C'est comme quand t'achète du nouveau linge pis que t'as hâte de le porter », avoue Lafleur qui conclura la séance avec quelques chansons du répertoire antérieur.

Avec pas d'casque sur scène au FME.

Avec pas d'casque - Photo : Riff Tabaracci.

C'est avec persévérance que nous retournons à la scène Paramount pour apprécier la fin du show de Dead Obies. On arrive à un moment où les chandails sont déjà enlevés. Mes lunettes s'embuent dès mon arrivée. C'est déjà très chaud, tout comme les gens présents.

Dead Obies sur scène au FME.

Dead Obies - Photo : Élise Jetté.

Suite des aventures à venir à la fin du week-end !

Décompte du nombre de portes ouvertes pour moi par des Abitibiens dévoués : 56.

Décompte du nombre d'offres d'épaule masculines pour monter un escalier afin d'avoir les mains baladeuses : 6.