Fria Moeras - Après la pudeur

Pure mais pas naïve, Fria Moeras porte en elle l'ambition de ceux qui ont retenu leurs compos longtemps, qui ressentent l'urgence de faire de la scène au-delà de l’auditorium de la polyvalente.

Photode couverture : Fria Moeres. Crédit : Alexie Jauron.

Cette entrevue est sa première. Drôle, viscéralement comique et verbomotrice comme une Simon[e] Boulerice, Fria fait vite de générer chez nous un genre de coup de foudre de l'amitié. Rigolote à souhait, elle nous révélera d’emblée, la première gorgée de café à peine avalée, sa véritable identité.

« C’est une traduction de mon nom. Fria, c’est Frédérique dans plusieurs langues et Desmarais c’est Moeras dans plusieurs langues aussi. Je suis vraiment Québécoise. J’ai juste la peau plus foncée et des traits plus [latinos]. Des fois, les gens qui ne le savent pas pensent que je suis comme… Mexicaine ! C’est vraiment drôle. Ça me fait rire, j’ai l’air exotique. À la base, aussi, je trouvais que mon nom faisait candidate de Star Académie 2012. J’aurais pas fait de la scène avec ce nom-là. »

Portrait de Fria Moeras dans une bibliothèque.

Fria Moeras - Crédit : Alexie Jauron.

Née à Orsainville, secteur tristement célèbre pour son centre d'incarcération, la musicienne de 18 ans se dit en fait et à raison originaire de Limoilou – quartier de la Basse Ville, inspiration ultime de Safia Nolin, lieu en proie à un surnom anglicisé qui pimente le vocabulaire des agents immobiliers de Québec. Limoilove, qu’ils disent.

Ancrée dans le hood, c'est même elle qui compose l'hymne de l'école St-Fidèle alors qu'elle vient tout juste de franchir le cap de la dizaine. « C’était un concours, il fallait écrire une tune sur les 70 ans de notre école primaire et j’ai gagné. En plus, après, j’ai gagné l’audition pour la chanter sur l’album ! Je n’aimais pas vraiment ça, j’étais gênée. Je pense qu’elle joue encore à la rentrée. »

Desmarais et fille

Mais Fria est une enfant de la balle. Son père, à ce jour encore, bosse comme chansonnier aux quatre coins de la ville et connait les rudiments de la prise de son. C'est avec lui, mais en tenant les reines de la réalisation, qu'elle a enregistré son premier single téléversé sur Bandcamp à la mi-janvier : Le vent souffle malade.

« On a zéro retravaillé. On a ajouté du reverb un peu et quelques effets de vent mais sinon c’est vraiment intact. […] C’est vraiment moi qui a fait la réalisation. Éric, c’est vraiment mon papa qui est là, assis sur sa chaise en pyjama, qui m’enregistre et qui après ça va travailler pendant la nuit sur le mixage. »

Le vent souffle malade, démonstration convaincante son savoir-faire musical et poétique, lui est même directement dédié. « C’est parce que mon papa fume la cigarette et ç’a toujours été comme ça. Un moment donné, j’ai fait un cauchemar où est-ce que mon père arrivait à la maison et qu’il m’annonçait qu’il avait le cancer du poumon. Au lieu d’avoir vraiment de la peine, parce que c’est pas le fun comme rêve, ben je me suis dit que j’allais faire une tune. C’est sorti d’un jet. Je pense que j’ai juste retravaillé un couplet. Sinon, ç’a vraiment été de l’écriture automatique. »

Pudibonde, elle a longtemps caché le fruit de ses séances d’écriture, trop gênée de lever le voile sur une part de son intimité de jeune femme à ce mentor qui lui sert aussi de géniteur. Cette fois, par contre, la glace est cassée et la récolte sera bonne. 2017 n’a qu’à bien se tenir.