Hallo Menoncle Jason

Dans les dernières années en Acadie, deux des exportations musicales les plus intéressantes sont des personnages créés de toutes pièces qui s'inspirent des légendes de leurs régions respectives. Si en Nouvelle-Écosse, Marc à Paul à Jos relate les héros modernes de la Baie Sainte-Marie, à Memramcook au Nouveau-Brunswick Jason LeBlanc livre une mise en musique du quotidien de Menoncle Jason.

Photo de couverture : peinture de Menoncle Jason par Noémie DesRoches.

« C'est un peu le boogeyman du village, explique Jason. Quand t'es jeune, y'a tout le temps tchek'un dans le village pis quand tu le vois te regarder par la fenêtre de sa maison tu te dis "T'chek c'te guy-là, y'est right creepy!" J'voulais créer ce personnage-là, mais aussi me mettre dans ses souliers. »

À la hauteur de sa forme et de sa mélancolie

Dans son prime, le premier disque de Menoncle Jason sert une série de douze histoires, où le principal intéressé s'avoue vaincu devant son Bill de Hydro ou met tout en place afin de devenir un paria en vendant chacun de ses objets, sous un fond country inspiré par la tradition mélancolique américaine des années 1950.

« Y'a beaucoup de personnes du monde du country qui ont créé des images de party pis de bière. Moi j'ai amené ces thèmes-là plus loin pour parler du hangover, » souligne Jason.

Malgré le fond festif et humoristique de cette offrande, la vie de Menoncle Jason demeure à la fois nébuleuse et solitaire.

« La première fois que t'écoutes l'album tu trouves ça drôle, mais dès que tu regardes plus loin, c'est dark dans le background. Menoncle Jason c'est juste un creepy weird guy pis si tu questionnes ses actions, t'es vraiment comme what the hell qu'il fait. »

En effet, car l'oeuvre de Jason LeBlanc s'écoute comme le croisement entre le Scotstown / Cranbourne de Fabien Cloutier et La Sagouine d'Antonine Maillet.

« En entrevue, je ne deviens pas Menoncle Jason. Sur scène, je porte un gros cowboy hat parce que je veux me différencier du personnage. »

Le monde qu'on connaît a bien changé

Jason avoue n'avoir pas écouté de musique francophone au secondaire. Pour lui, le déclic s'est plutôt fait une fois à l'université.

« Quand tu grandis et que tu parles chiac, tu ne t'associes pas au français standard. À l'université, j'ai réalisé que le chiac faisait partie de la francophonie. Quand j'ai découvert 1755, ça m'a donné le goût de faire de la musique en français. »

Le parallèle entre Menoncle Jason et 1755 va au-delà de la langue; les deux chantent l'identité acadienne sans avoir à passer par les plates-bandes plus traditionnelles.

« Je réalise pas à quel point c'est universel. Même si j'mentionne pas du tout l'Acadie dans mon album, tu le sais que c'est un disque d'ici. »

Artiste prolifique, Jason fait également partie du groupe Les Jeunes d'Asteure qui lancent ce mois-ci un nouvel album. Ses deux projets font partie de la nouvelle vague d'artistes acadiens qui réinventent l'Acadie urbaine.

« Non seulement y'a de plus en plus de musique, mais y'a surtout un choix. Je rêve qu'un jour tu puisses écouter pas mal n'importe quel genre de musique qui vienne de l'Acadie, pis moi, je veux faire partie de ça. »

Un éléphant demeure dans la pièce au bout de l'entrevue; Jason, quelle est la différence entre un Oncle, un Mononcle pis un Menoncle ?

« C'est la façon que c'est prononcé. Par icitte, c'est Menoncle d'un mot. Pas Mon Oncle, mais bel et bien Mon Menoncle. »