HAMMEROID : au-delà des mots

Tôt en soirée, un vendredi de printemps, j’enfourche mon vélo pour me rendre au studio où HAMMEROID, un trio post-rock nouvellement formé à Winnipeg, est en train d’enregistrer une couple de chansons. J’ai hâte de finalement découvrir ce que Stéphane Oystryk (guitare électrique), Alexis Flower (basse), et André Péloquin-Hopfner (batterie) manigancent les lundis soirs depuis quelques mois.

Photo : HAMMEROID prend une pause de leur séance d’enregistrement sur le toit de Collector Studio, où ils travaillent avec l’ingénieur J Riley Hill. Crédit : Dominique Lemoine.

The Strength of Roid

Lorsque j’entre dans le studio, les gars me font entendre The Strength of Roid, la toune qu’ils viennent d’enregistrer. Ayant manqué le seul show qu’ils ont joué à date, je n’avais pas grande idée à quoi m’attendre. La chanson, une cascade d’idées instrumentales comptant huit minutes, est plus subtile et douce que l’on s’attendrait d’un groupe appelé HAMMEROID.  (Le nom, en passant, est tiré d’une scène du dessin animé The Good Dinosaur, et a été choisi vers la fin d’une très longue liste d’idées pour un nom...)

L’enregistrement live a été effectué sur un magnétophone 4 pistes, donnant au son un ton chaleureux. La musique est assez complexe mais totalement tight; le trio joue ensemble de façon habile et fluide, impressionnant pour un groupe qui existe depuis seulement quelques mois.

Voici The Strength of Roid, en exclusivité sur BRBR :

Débuts

Stéphane, Alexis et André ont plusieurs années d’expérience commune comme musiciens en band, mais ça faisait quelques années depuis la dernière fois que Stéphane ou André ont joué régulièrement dans un band. C’est pourquoi Stéphane a ressenti l’envie de commencer un nouveau projet musical.

Stéphane Oystryk : Ça faisait un certain moment que je voulais commencer un band, et j’ai demandé à Alexis et à André de faire partie du band. J’avais joué souvent avec Alexis dans d’autres projets, so on savait déjà qu’on travaille bien ensemble.

Alexis Flower : Yeah.

SO : Et puis j’avais jamais joué avec André, alors ça c’est super fun.

André Péloquin-Hopfner : Yeah, super cool.

Composition organique

Pour l’entrevue, nous sommes assis au soleil sur le toit du studio où HAMMEROID enregistre, dans le West End de Winnipeg. En parlant avec les trois gars, je remarque vite qu’ils partagent une camaraderie  ainsi qu’un respect réciproque. Ils se complètent les idées et se font rire, et, lorsqu’ils décrivent leur processus de composition, je me rends compte que leur entraide facile y est clairement reflétée.

AF : Steph amène un riff, et on réagit au riff, et là Steph apporte un autre riff… C’est tellement banal la façon qu’on construit les chansons, but it’s so easy!

APH : On réagit aux riffs, puis là Steph réagit à nos réactions.

AF : Les versions finales des chansons, c’est presque toujours ce qu’on joue à la première réaction… Les choses que moi je fais quand je réagis quand toi [dirigé vers Stéphane] tu joues ton riff, c’est ce qui end up in the final version most of the time. Toi aussi [envers André], je pense.

APH: Yeah, moi aussi, totally.

SO : C’est peut-être moi qui overthink dans le band parce que moi j’apporte le riff chez moi et je construis des nouvelles subtilités et des choses de même.

AF : Well… ça prend quelqu’un! [Tous rient.] The songs aren’t gonna write themselves.

Stéphane explique que lorsqu’il apporte un brin d’idée au band, c’est d’habitude sans avoir une idée concrète de la structure ou le contexte où celui-ci habitera.

SO : Ça marche vraiment bien à cause que les réactions des autres musiciens, ça rajoute à l’écriture de la chanson et ça amène ça à des places que j’aurais pas imaginé moi-même. Je pense qu’on se laisse ouverts à ça. On se tient pas trop à un style ou un son spécifiques. La seule consigne est que it should just sound un peu plus weird que d’habitude.

Metreon Cascade

Metreon Cascade, à l’opposé de The Strength of Roid, démontre un autre côté du band. C’est plutôt influencé par le métal, avec des passages plus techniques – un rollercoaster sonore avec beaucoup de drive.

La musique instrumentale : sans signification précise

Dans l’histoire de la musique occidentale, il existe depuis toujours une dichotomie entre la musique vocale et la musique instrumentale, la musique vocale ayant longtemps été considérée supérieure. C’est au début du 19e siècle que la musique instrumentale a été accordée une attention sérieuse, commençant avec les symphonies de Beethoven. L’Analyse du jugement esthétique d’Immanuel Kant a solidifié le statut romantique de la musique instrumentale comme étant la plus haute expression artistique, et ceci pour la raison même qu’elle avait auparavant été méprisée – parce qu’elle n’est pas limitée à une signification spécifique.

Je demande à HAMMEROID ce que signifie pour eux leur musique, puisqu’elle est sans paroles.

SO : Je sais pas, pour moi, c’est comme un release, j’aime les tounes parce qu’il y a définitivement une énergie là-dedans qui ressort… c’est pas comme, des concepts concrets…

AF : Il y a une certaine exubérance dans ce qu’on joue … c’est juste comme, du fun music, et j’pense pas qu’il y a beaucoup de mots ou de définitions qu’on peut accrocher là-dessus. C’est vraiment juste à propos de la musique.

SO : Puis je pense pas qu’on cherche vraiment faire ça non plus, comme… je sais pas, does it need to mean something?

APH : Je crois qu’on veut entrer dans la zone puis jouer, puis on veut que ça soit excitant pour nous. Ça nous donne plaisir.

SO : Je pense qu'on essaye d'atteindre un high. De jouer des chansons qui nous donnent une sensation d'euphorie, qui nous sortent de nous-même. Qu'est-ce que j'apprécie dans la musique c'est souvent ce côté extatique. Y a un côté émotionnel, mais sans spécificité. C'est plutôt l'ombre d'une émotion et nous on rajoute des couleurs, des twists, des étincelles. L’essentiel c'est que ça nous emporte par la fin. La musique, on l'a déjà dit, c'est probablement la meilleure drogue au monde.