Harfang, l'oiseau rare

« Être en harmonie » a une connotation musicale et humaine. On ressent tout de suite les deux facettes de l’expression quand on s’assoit un instant avec le quintette de Québec Harfang. Près du mur qui arbore une photo d’un jeune Robert Charlebois, je rencontre au Café Cherrier quatre des cinq têtes du groupes (David Boulet-Tremblay étant absent pour fêter son anniversaire ou se remettre d’une brosse; c’est pas clair), qui ont fait la route jusqu’à Montréal afin de prendre le pouls de la ville où ils feront le second lancement de leur album ce jeudi.

Photo de couverture : Harfang. Photo : Élise Jetté.

Laugh Away The Sun, le premier album complet de Harfang est disponible depuis le 20 janvier et a été lancé à la maison, à Québec, le 26. C’est une salle comble qui attendait le groupe exalté. L’aboutissement d’un premier grand projet de longue haleine était devant eux. « Il n’y a jamais eu autant de hype pour nous que quand on était backstage avant ce lancement », dit Mathieu Rompré (batterie) en notant que Thérèse, sa grand-mère (salut, Thérèse) a beaucoup aimé le spectacle.

« Le processus de création de l’album nous a fait passer à travers toutes sortes d’émotions, explique Antoine Angers (guitare, synthé, voix). La chanson Pleasure, par exemple, a été faite pendant des moments intenses dans le groupe et ça se ressent quand on joue sur scène. » Devant une certaine émotion palpable au sein de tout le groupe et des sourires en coin, je demande : « Y’a personne qui est mort, toujours ? » Rires. « Non, mais presque, ironise Alexis Taillon-Pellerin (basse, Rhodes). Y’a des objets qui ont revolé et c’est pas tant une joke quand on dit qu’on a failli splité. »

Quatre des membres du quintette Harfang sur un sofa se regardent.

Harfang - Photo : Élise Jetté.

La pression d’une production aussi importante se faisait sentir, selon Samuel Wagner (guitare, synthé, voix). «  On vivait ça à cinq, mais on le vivait tous de façons différentes », se souvient-il en précisant que l’harmonie que l’on perçoit entre eux est néanmoins bien réelle. Ils s’aiment tous en ce moment, ça va bien, assurent-ils.

Un album, une trinité

Même si on entend une unité concrète qui rallie tous les morceaux de l’album comme un seul et même gâteau, Laugh Away The Sun a pourtant été conçu en trois recettes, Samuel étant le Ricardo musical qui a fusionné les trois portions d’enregistrement en un seul mélange. « L’album s’est fait dans un sous-sol de parents, dans une grange de parents et au Pantoum. Ce sont trois phases, trois vibes et on était dans des états d’esprit différents quand on les a vécues », raconte Antoine.

Le Pantoum, point convergent de création pour les gens de Québec, s’inscrit directement dans le processus de réalisation de l’album. « On a utilisé physiquement les lieux, mais c’est aussi la stimulation qui provient de cette communauté-là qui a pu générer toutes nos idées, soutient Alexis. On est crinqués par ce qui se passe à Québec et ça transparaît dans notre travail. »

Difficile de passer sous silence l’effervescence musicale qui fait briller Québec actuellement. « Si ça se passe, c’est vraiment parce qu’on finit tous par se challenger, dit Antoine. On profite des vagues des autres, on surfe dessus, on se donne des trucs. »

Gestion maison

L’encadrement d’un label ne manque pas à Harfang qui se distribue toutes les tâches administratives et qui s’anime autour d’une structure solide. « On n’a jamais attendu après un label, dit Alexis. On assume pleinement notre indépendance, on sait mauditement où on s’en va et on a le contrôle sur tout, même si parfois on aimerait avoir le recul et les contacts qu’une maison de disque nous donnerait. »

Musicalement parlant, c’est Jean-Etienne Collin Marcoux, du Pantoum qui donne l’avis extérieur. « On a aussi accepté de l’aide pour peaufiner les textes et leur donner des images plus fortes parce qu’on se considère plus comme des musiciens que comme des auteurs », complète Samuel.

Harfang est une famille reconstituée de membres de Men I Trust, Ghostly Kisses, Floes et Fjord. Ensemble les comparses ont développé un son que plusieurs comparent à Half Moon Run et Patrick Watson. C’est toutefois leur manière de travailler à cinq à quasi parts égales qui fait en sorte que leur produit sort du lot : aucune pièce n’est l’œuvre que d’un seul homme.

Le momentum

Dans une culture du EP et du single, la création d’un premier album vient toujours avec une série de questionnements. « On dit que l’album est appelé à disparaître, mais dans certains contextes, pour certains acteurs de l’industrie, t’es moins considéré si t’as pas sorti d’album. Quand tu sors des EP, c’est toujours comme si t’avais un projet "en cours" qui allait devenir quelque chose un jour », croit Samuel.

Quatre des membres du quintette Harfang sur un sofa se regardent.

Harfang - Photo : Élise Jetté.

Après la sortie de deux EP, le temps était venu pour Harfang de sortir l’album. « Je pense qu’il fallait juste le sortir, dit Alexis. En tant que groupe indépendant, tu peux pas trop attendre sinon tu fais juste disparaître. » « C’est pas les paroles d’une toune de Claude Bégin, ça ? », rigole Mathieu. « Oui, c’est notre toune de tournée, dans la van, dit Antoine. On considère Claude comme un demi-dieu. » Plusieurs filles pourraient probablement en dire autant.

Les gars espèrent que la réponse montréalaise sera aussi vive que celle vécue à Québec la semaine dernière :

« Nous, on va être au rendez-vous. Les gens ont juste à être au rendez-vous ! » - Samuel

« T’as l’air d’un politicien quand tu dis ça ! » - Alexis

N.B. : À un moment durant la création de l’album, le band a eu envie de camoufler un bruit de « pet » (i.e. flatulence) quelque part sur le disque, mais ils ont oublié de le faire une fois en studio. On trouve ça bien dommage.

Le lancement montréalais de Laugh Away The Sun aura lieu le jeudi 2 février au Divan Orange. D’autres dates sont prévues durant les prochaines semaines et sont disponibles ici.