Her Harbour : aborder le deuil avec sérénité

L’artiste ottavienne Her Harbour profite de la troisième édition des vitrines MEGAPHONO, qui se déroulent cette semaine dans la capitale nationale, pour lancer son nouvel album. J’ai profité de l’occasion pour aller à sa rencontre.

Photo de couverture: Her Harbour. Crédit : Jamie Kronick.

Trois ans après la sortie de son album Winter’s Ghosts, l’artiste dream folk Gabrielle Giguère, alias Her Harbour, revient avec un tout nouvel opus, Go Gently Into the Night. Toujours très inspirée par la nature, les saisons et ses cycles, elle a choisi cette fois d’aborder la fin de la vie et le deuil, un sujet sombre duquel elle tente néanmoins de faire ressortir un côté lumineux.

Ainsi, bien qu’elle ait écrit et composé dans une période où elle se sentait hantée par la mort, elle a pris soin de faire une œuvre qui ne soit pas noire pour autant. Que ce soit de par la pochette du disque ou dans la façon d’aborder les textes, elle cherche au travers ces huit pièces à ouvrir le dialogue sur ce sujet qu’elle a longtemps eu de la difficulté à aborder.

Parler d’un sujet difficile

À travers les événements qu’elle a vécus, Gabrielle a remarqué que sa relation avec la mort était plutôt négative et tabou, au point d’avoir de la difficulté à en parler. À l’aide de ses compositions, elle a donc cherché à briser cette barrière et à apprivoiser le sujet. « Le deuil, la mort, c’est quelque chose que tout le monde vit, et plus on vieillit, plus on en vit. C’est cumulatif. Pour moi [ces compositions] étaient comme une façon d’être bien avec ça et de ne plus être prise avec cette lourdeur. »

Elle a donc cherché, de par ses pièces, à aborder cette inconfortable thématique. « Ce que je ne voulais surtout pas créer, c’est quelque chose qui serait aliénant et sombre. Je voulais plutôt offrir quelque chose qui se partage, parce que dans le côté sombre de tout ça, on peut partager. » D’où le titre, Go Gently Into the Night, empreint de « sérénité, de douceur et de paix. »

En se laissant influencer par la nature, Gabrielle a voulu transmettre cette sérénité découlant des cycles qui mènent « de la perte jusqu’à la vie », ce qui l’a menée vers une certaine paix à travers ce sujet pourtant affligeant. « J’espère avoir communiqué quand même un certain espoir avec cet album-là, parce que moi, c’est comme ça que je me suis senti à la fin de sa création. »

Grand cadre blanc avec une petite photo artistique au centre. Photo artistique ou l’on peut apercevoir un bébé couché dans des couvertures beiges, entourée de tissus verts et blancs.

Pochette de l'album Go Gently Into the Night de Her Harbour.

Une pochette à l’image du message

Ayant choisi de présenter ses pièces sur un support vinyle, elle a apporté une attention particulière à la conception de la pochette. Ses collaborateurs, Pascal Huot et Isaac Vallentin, ont d’ailleurs très bien compris la direction dans laquelle Her Harbour voulait se diriger. Ainsi, en y incorporant beaucoup de blanc, ils ont réussi à communiquer l’émotion qu’elle cherchait à partager.

La balance qu’elle crée dans ses pièces, en jouant avec l’espace et les silences, se reflète parfaitement sur la pochette de par son contour blanc surdimensionné, flanqué d’une photo qui semble presque perdue au centre de l’album.

Elle fait ainsi appel aux différents sens de l’auditeur, qu’elle force à se concentrer sur l’œuvre, autant visuellement qu’additivement. « L’espace entre les notes et entre les mélodies est aussi important pour communiquer l’émotion de la chanson. Donc l’absence d’information, représentée par la pochette blanche avec un petit frame au centre, ça t’oblige à te pencher et à écouter. »

Le côté sombre du sujet, éclipsé par le blanc d’une pochette sans la moindre inscription, à l’image d’un disque pensé comme une œuvre ininterrompue, sauf au moment de passer à la face B.

Her Harbour, dehors en hiver, ses longs cheveux sont détachés et lui couvrent en partie le visage. Elle porte un manteau de fourrure et un grand chapeau noir.

Her Harbour. Crédit photo: Jamie Kronick.

Se laisser inspirer par ses acolytes

Après avoir dû passer quelques mois enfermée à la maison, seule avec ses pièces à les travailler et retravailler, Her Harbour a senti l’empressement de se rendre en studio pour enregistrer le tout.

Il n’en demeure pas moins que depuis qu’elle s’est jointe à l’équipe de E-Tron records, elle a pris plaisir à l’idée de jouer en groupe et à se laisser influencer par les musiciens qui l’accompagnent. C’est donc avec empressement qu’elle remontera sur scène cette fin de semaine, avec ses acolytes Pierre-Luc Clément et Olivier Fairfield.

Trois concerts de lancement sont d’abord prévus, soit à Ottawa (le 3 février au Gallery Recording Studio), Montréal (le 4 février au Ritz PDB) et Toronto (le 6 février au Burdock). D’autres spectacles suivront ensuite, un peu plus tard ce printemps.