Hip-hop francophone : bilan mi-2017

Profitons de ce début de saison estivale pour faire le point sur les clips, chansons et albums/EPs/mixtapes francophones qui ont marqué cette première moitié d’année 2017.

Photo de couverture : Loud. Crédit : William Fradette.

TOP CLIPS

5 : Alaclair Ensemble – Les infameux

Classique précoce de l’histoire récente du hip-hop québécois, Les Infameux profite d’une mise en images percutante et chaleureuse développée par Les Gamins, qui signent ici un karaoclip d’envergure. L’esprit suintant et tumultueux des spectacles d’Alaclair y est fidèlement transposé.

4 : Yes Mccan (avec CDX) – F.P.T.N.

Incursion lo-fi à Granby, ville d’origine de Yes Mccan, F.P.T.N. mise sur une esthétique VHS bien maitrisée. Réalisé par Étienne Lacelle, le clip étonne par son montage exploratoire et dynamique.

3 : Brown – Combien real

Après avoir rehaussé les standards du clip rap québécois avec le court métrage L’an 16 de KNLO l’an dernier, Philippe Chagnon s’allie avec Vincent Gonneville pour l’obscur et remarquable Combien real du groupe père-fils Brown. Le patriarche Robin Kerr crève l’écran dans son rôle de gourou de l’authenticité.

2 : Loud – 56K

William Fradette signe ici un plan séquence de haut vol, ayant dépassé depuis un moment le seuil des 400 000 visionnements sur Youtube. Mettant un scène un Loud décoincé, déambulant avec charisme et exécutant des mouvements de danse pour le moins inspirés, 56K frappe par sa direction photo impeccable et sa mise en scène épurée, juste assez tape-à-l’œil.

1 : Lary Kidd – Contrôle

On a rarement été aussi happé par un clip rap québécois que par cette réalisation haletante et violente de Martin Pariseau. Irréprochable dans son rôle de fou furieux au marteau, Lary Kidd montre qu’il a un certain talent devant la caméra.

TOP CHANSONS

5 : Jay Scott X Smitty Bacalley – Northland Park

Loin des canevas classiques et redondants du hip-hop, Scott et Bacalley déjouent les attentes de nombreuses fois sur cette divertissante chanson. Aboutie, la proposition  musicale de Northland Park est riche en rebondissements.

4 : Dead Obies – Never Sober

Pièce maîtresse du mini-album Air Max, Never Sober nous dévoile des rappeurs au sommet de leur forme, redoublant d’originalité pour élaborer des flows harmonieux qui donnent du relief et du caractère à la production trap chaleureuse de Vnce.

3 : Toast Dawg (avec KNLO et Snail Kid) - California

Clin d’œil à la pièce du même nom de Robert Charlebois et, par conséquent, à la tournée panquébécoise L'Osstidtour à laquelle ils ont participé cet hiver, California est menée par une ligne de basse contagieuse et surpuissante, orchestrée avec finesse par le transcendant Toast Dawg. Au micro, Snail Kid et KNLO offrent des performances à tout casser.

2 : FouKi, Kevin Na$h et QuietMike - Actifs

Bien qu'encore embryonnaire, la rencontre entre le producteur QuietMike et les rappeurs Kevin Nash et FouKi a quelque chose de rafraîchissant. Exemple type de leur chimie contagieuse, Actifs dévoile de jeunes artistes en pleine expansion carburant au flow décomplexé, aux textes fluides et aux tendances hip-hop américaines du moment.

1 : Loud – 56K

La brillante et accrocheuse 56K mise sur une esthétique épurée concoctée par le Montréalais RealMind, notamment reconnu pour ses productions merengue et reggaeton. Sur une rythmique aux consonances dancehall, Loud livre un flow coloré et un texte brag rap classique, dans lequel il multiplie les rimes bien construites, réglées au quart de tour.

TOP ALBUMS/EPs/MIXTAPES

5 : Dead Obies – Air Max

En constante ascension, le sextuor Dead Obies vogue vers de nouveaux horizons sur Air Max, un EP léger et dense résolument plus pop que le reste de son répertoire. À défaut de mettre en lumière des textes significatifs ou évocateurs, le mini-album s’avère pertinent en raison de sa cohésion générale et de son évolution musicale marquée.

4 : La Carabine – Chasser ses démons

En marge d’une scène hip-hop montréalaise particulièrement friande des mouvances trap américaines, La Carabine se démarque avec une esthétique crue et sans compromis sur ce premier album. Nostalgiques du hip-hop new-yorkais des années 1990, les rappeurs Polski et Filion livrent des textes acerbes et saisissants, parfois allégés par des pointes d’humour et des références culturelles. La complicité entre les deux artistes s’avère significative tout au long de cette oeuvre concise, homogène et fignolée à point.

3 : Lost – Bonhomme pendu (chapitre 2)

Les phénomènes hip-hop comme Lost se font rares au Québec. Issu de cette scène divisée et insaisissable qu'on appelle le « street rap montréalais », le emcee fait preuve d'une impressionnante maturité poétique sur sa deuxième mixtape solo, parue à la toute fin de 2016. En décrivant avec autant de justesse et d'émotion son tumultueux quotidien, il donne à son oeuvre des airs de documentaire, là où la réalité frappe autant qu'elle choque et porte à la réflexion. Accumulant les métaphores riches et révélatrices, le rappeur montréalais compense la trame musicale un peu banale avec une présence vigoureuse et soutenue au micro.

2 : Brown – POPLUV

Brown se renouvelle avec une admirable synergie sur POPLUV, un EP à l'enrobage plus lumineux et aux surprenantes teintes pop orchestral. Voulant à tout prix éviter le piège du confort et de la redondance, le groupe rap familial fait preuve d’une nette évolution, troquant les questionnements identitaires inhérents à la création de son premier effort contre les récits plus intimes faisant l’éloge de l’amour et des relations charnelles. De pair avec les producteurs Vnce et Toast Dawg ainsi que l’arrangeur Philippe Brault et le chanteur/guitariste Robin Kerr, Jam propose une direction musicale actualisée qui s’inspire des croisements contemporains du hip-hop et du R&B sans s’y restreindre.

1 : Loud – New Phone

Tout juste signé sous la nouvelle étiquette Joy Ride Records, le rappeur montréalais Loud propose un premier projet solo de grande envergure avec New Phone, un mini-album marqué par les productions implacables de Ruffsound, Kable Beats, Ajust et RealMind. Mettant de l’avant son flow incarné et ses textes intimes, souvent lourds de sens, Loud prouve qu’il est fin prêt pour la prochaine étape, celle de l’album complet. On attend d’ailleurs le résultat d’ici la fin de l’année.