Kill Chicago : jour férié au Nouveau-Brunswick

BRBR est parti à la rencontre de Greg Webber, chanteur et guitariste du groupe néo-brunswickois Kill Chicago. Si vingt minutes étaient prévues à l'horaire pour l'entrevue, l'auteur de ces lignes est ressorti avec deux heures d'enregistrements, des anecdotes plein la tête et des tas de référents au punk, au Nouveau-Brunswick et aux mouvements sociaux. Voici le récit d'une rencontre avec un vrai.

Kill Chicago - Photo : courtoisie.

Dégriser en gris

En musique, à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, tous font partie de la même famille élargie. C'est le cas du bar où Greg Webber de Kill Chicago nous donne rendez-vous; deux des membres du groupe, le batteur Zach Atkinson et le multi-instrumentiste Dillon Anthony, travaillent ici. Le frère du bassiste Matt Bowie sirote un verre sur le patio. Y'a pas à dire, ici les degrés de séparation se comptent à l'unité.

« J'était le garçon d'honneur de Zach et il fut le mien », explique Webber. 

« Bowie et moi jouons de la musique et partageons de l'équipement depuis que nous avons 15 ans. »

Le projet Kill Chicago a connu plusieurs versions, entre autres lors du passage de Webber à Montréal. Ces jours-ci, le groupe lance The Grey, son premier album, une célébration du groupe à quatre têtes et d'un retour bien attendu au Nouveau-Brunswick.

« Je suis parti de la province pendant neuf ans. Je ne m'attendais jamais à être parti aussi longtemps. »

Sur son site internet, Kill Chicago adresse sa musique aux Néo-Brunswickois, qui méritent une journée de répit.

« Les habitants de la province ont besoin d'un jour de congé parce que nous n'en avons jamais eu. Je peux compter sur les doigts d'une main les gens qui sont partis et qui ne veulent pas revenir ici. »

Musicalement, The Grey oscille entre l'intensité du punk et l'inspiration du blues. Le résultat évoque immédiatement la région de Fredericton.

« Nous avons des idées issues du blues, mais nous les livrons à la manière d'un groupe punk. Je n'ai pas besoin de m'éterniser avec un sujet ou d'être très poétique dans ma livraison. »

Selon Webber, cela s'explique par l'époque où il a appris à jouer de la musique et où l'éthique punk régnait à l'état brute.

« Tu sais quelle position prennent les Dead Kennedys car ils te le disent directement. Oui, ça divise une foule, mais si tu es ami avec tout le monde, en réalité tu es ami avec personne. »

Un legs en vinyle

Si Webber est un vétéran aguerri de la scène locale néo-brunswickoise, ce premier album de Kill Chicago revêt un cachet particulier : c'est la première fois qu'il endisque ses chansons.

Pochette de l'album de Kill Chicago - The Grey

Kill Chicago - The Grey

« C'est cool d'être plus enthousiaste avec la musique à 33 ans qu'à 23 ans. »

Webber ne s'en cache pas ; un des plaisirs de The Grey est d'avoir fait imprimer le disque sur vinyle.

« Je peux faire tous les CDs au monde, mais cela ne signifie rien jusqu'à ce que je glisse mon disque parmi les autres vinyles que j'écoute. »

À l'âge de 15 ans, Webber a hérité de la collection de disques de ses parents. Pour lui, ce médium n'a rien d'une mode temporaire, mais d'un moyen de laisser une trace de son passage derrière lui.

« Je me suis demandé ce que j'allais laisser à mes enfants. Un disque dur ? Ça ne veut rien dire. Il y a des tâches de café et de bière sur les disques de ma mère. Ces disques possèdent la signature de mes parents. C'est un artefact. »

Cet automne, Kill Chicago a participé au festival Harvest Jazz and Blues de Fredericton. Pour le groupe, ce fut l'occasion de partager The Grey avec un public fidèle et curieux.

« C'est la première fois que des gens que je ne connais pas viennent me voir après un concert pour me féliciter et acheter un disque. Ça me dépasse que des inconnus aiment ça et achètent le disque. »

Kill Chicago fait preuve de sérieux sur scène et dans sa démarche, cela se traduit également par le respect que Webber voue aux trois autres musiciens du groupe.

« Dillon n'est jamais arrivé en retard à une seule pratique. Pendant ce temps, Zach laisse son enfant à la maison pour venir jouer de la batterie pour moi, tandis que Bowie a deux heures de temps libre par semaine. Si ces gars me donnent leur temps, c'est très important. »

Webber et Kill Chicago ne prennent rien pour acquis. Avec un premier album et de nombreux concerts dans les maritimes, le groupe célèbre la sortie de The Grey avec humilité.

« J'adore tenir le disque entre mes mains, avec mes chansons et mes amis. On a enregistré le disque dans un sous-sol de Penniac, avec de vieux matelas autour des amplis de guitares. Ça rend humble. »