La crise du spectacle ? Plutôt des artistes qui boudent leur plaisir

À force de lire sur les déboires qui affligent l'industrie du spectacle de la côte Est canadienne, le correspondant de BRBR dans les Maritimes finit par avoir des choses à dire à ce sujet. Et si la solution était carrément dans nos visages plutôt que dans d'interminables explications ?

Photo de couverture : le Capital Complex de Fredericton Photo : Jean-Étienne Sheehy.

La crise que traverse l'industrie du spectacle fait jaser sur la côte Est Canadienne. Le Carleton à Halifax ferme ses portes, tandis que les artistes jettent le blâme sur la difficulté de faire la promotion de concerts sur les campus ou sur la fausse nécessité de faire appel à des stratégies municipales de développement de la musique. On a affaire à de beaux écrans de fumée, sans pour autant jaser du véritable éléphant dans la pièce.

Les problèmes que traverse le Divan Orange à Montréal rappellent le capital de sympathie dont bénéficient les salles de spectacle locales, de la part des artistes, mais aussi du public. Une fois les problèmes adressés, autant le public que les artistes tiennent ces endroits pour acquis.

Par contre, si de moins en moins de gens sortent voir des groupes, pourquoi faire le deuil de ces salles en public ? On adore jaser de fond en comble des différentes raisons pour lesquelles les gens ne sortent plus, sans pour autant rappeler une solution simpliste, mais efficace pour remédier à la situation; sortir voir des concerts.

Il s'agit ici d'un choix éthique. À titre de communauté musicale, c'est notre rôle de donner vie à ses salles, qui ne sont que des tas de briques et de ciment, en l'absence d'une foule à l'intérieur.

Avec l'imposante offre musicale régionale en français et en anglais, il est facile de tenir cet accès à la musique en direct pour acquis, mais il n'en est rien. Cet élan quantitatif n'est pas une habitude, mais une exception, étant donné la chute d'intérêt du public et les difficultés que traverse l'industrie du disque.

Pis encore, la côte de popularité des festivals de la côte Est témoigne de l'intérêt du public pour la musique d'ici. Seul hic; en ignorant la musique locale pendant le reste de l'année, ces artistes n'ont pas la chance de développer et peaufiner leur art en vue des Halifax Pop Explosion, Shivering Songs et autres Evolve de ce monde.

L'artiste : plus qu'un entrepreneur, mais le public numéro 1 de ces salles

La responsabilité ne repose pas que sur les épaules du public. Les artistes eux-mêmes ont un rôle à jouer. Plutôt que de déserter les salles de spectacles lorsque le nom de leur groupe ne se retrouve pas sur un flyer, ceux-ci devraient habiter ces salles et aller voir leurs contemporains. Certaines scènes du Nouveau-Brunswick souffrent particulièrement de ce manque de curiosité, mais aussi d'unité.

Les artistes sont ceux qui bénéficient le plus de l'accès à des bars et des scènes, donc le fait que ceux-ci désertent le Capital Complex de Fredericton, le Plan B de Moncton ou le Seahorse d'Halifax demeure une énigme.

Au final, pourquoi les gens ne sortent pas voir des concerts ? Évidemment qu'une tonne de facteurs doivent s'inscrire dans cette réflexion. En ignorant la programmation des bars locaux, les artistes se privent toutefois de l'exposition à de bons et mauvais trucs, essentiels pour développer son art, tout en n'encourageant pas les employés responsables du bar, du son ou de la sécurité.

Si les artistes indépendants pouvaient se remettre à habiter les salles de spectacle de la région, cela offrirait un public stable et régulier à ces endroits. En plus, cela a le potentiel d'encourager des néophytes à tenter l'expérience. Il est plus facile de jaser de facteurs externes pour expliquer les difficultés des bars, mais la solution est carrément dans nos faces, une fois les artistes débarqués de la scène.