La radio communautaire et les milieux minoritaires

Lorsque j’ouvre la radio, je suis toujours estomaqué de constater à quel point certaines radios commerciales jouent en boucle les mêmes pièces à longueur de journée. Les mêmes styles musicaux, les mêmes artistes, les mêmes albums et les mêmes chansons. Ce qui compte avant tout, c’est de vendre de la publicité, et non pas de nous faire découvrir de nouveaux talents.

Pourtant, le pays regorge d’artistes talentueux, qui n’ont pas peur de repousser les limites de leur art, et qui ne cessent de se réinventer. En tant que mélomane, je me désole de constater que le public n’a pas facilement accès à cette diversité musicale, et que la plupart des radios préfèrent ressasser la même chose plutôt que de nous faire découvrir de nouvelles formations.

Heureusement, il existe des alternatives. Je pense entre autres aux radios communautaires et universitaires, dont le principal mandat est justement de faire une place à ceux qui ne joueraient pas sur les ondes d’autres stations.

Dans les milieux minoritaires, le rôle de ces radios est encore plus essentiel et dépasse largement le simple mandat de nous faire découvrir de nouveaux talents. Elles servent à tisser des liens entre les membres de la communauté, à créer un sentiment d’appartenance à cette communauté et à donner aux artistes locaux la possibilité de se faire entendre et connaître.

Comme me l’expliquait Florence Ngué-No de l’Alliance des radios communautaires du Canada, les nombreuses stations francophones éparpillées d’un bout à l’autre du pays démontrent la vitalité de la francophonie hors Québec. En plaçant sur une carte géographique un point pour chacune des stations, on est à même de se rendre compte de l’ampleur de ce dynamiste.

Sam Perreault de La Chasse à la mic.

Crédit photo : Kim Ing Photography

Ces radios font toutefois face à de nombreux défi, dont l’un des principaux est le financement. Les annonceurs privés préférant les radios commerciales, les stations communautaires dépendent en partie des annonceurs publics. Or, ces dernières années, les gouvernements tentent de renouer avec l’équilibre budgétaire et ont ainsi réduit le nombre de leurs messages. Il est donc encore plus difficile qu’auparavant pour ces radios de couvrir leurs frais et elles doivent donc redoubler d’efforts et d’originalités pour y arriver. Heureusement, la plupart d’entre elles y parviennent plutôt bien.

C’est le cas entre autres CJFO, la seule station entièrement francophone à Ottawa. Après des débuts plutôt difficiles, la situation semble s’améliorer pour eux. Gilles Poulain, le directeur général, m’expliquait que bien que la station ait commise certaines erreurs à ses débuts, elle est maintenant sur la bonne voie et ils sont très confiants envers l’avenir. D’ici quelques années, la phase normale de construction devrait être terminée et la station sera alors rentable.

Pour CHUO, la radio de l’Université d’Ottawa, les choses sont un peu différentes. La station, dont près de la moitié de la programmation est en français, joue le double rôle de radio universitaire et communautaire. Bien qu’eux aussi aient d’importants défis financiers à relever, le fait qu’une partie de leur fonds proviennent de cotisations étudiantes leur offre une certaine stabilité. Leur principal défi est donc ailleurs et repose sur la difficulté à trouver des bénévoles francophones. Selon Emmanuel Sayer, le directeur de la programmation, au cours de ses 20 ans d’existences la station est passée par différents cycles. Alors qu’à certains moments, la majorité des bénévoles étaient francophones, aujourd’hui il est plus difficile de les convaincre de s’impliquer à la station.

Pourtant la plus grande force de ces stations réside dans le dévouement de leurs bénévoles. N’étant pas régies par les cotes d’écoute, elles n’hésitent pas à donner carte blanche à leurs animateurs qui se font un devoir de présenter des styles et courants musicaux variés.

Étant moi-même coanimateur d’une émission sur les ondes de CHUO (http://www.LaChasse.org), je suis un passionné de musique et plus particulièrement d’indie francophone et comme tous les animateurs de la station, je cherche à transmettre cette passion en partageant mes découvertes. Alors si vous êtes friand de musique indépendante, d’artistes qui sortent de l’ordinaire et de courants musicaux émergents, prenez le temps d’écouter les radios communautaires et de les supporter, car votre appui est un gage de succès, et sans ces stations, c’est toute la scène indie et les artistes émergents qui vont en souffrir, particulièrement la scène indie francophone!