LaF : sortir du flou

À peine cinq mois après la sortie de leur premier album, les camarades du collectif LaF sont déjà passés à autre chose. Satisfaits mais sans plus du chemin parcouru depuis novembre dernier, ils regardent vers l’avant, un nouvel EP presque finalisé en poche.

Photo de couverture : LaF (Oclaz, Bkay, Mantisse et Jah Mazz). Crédit : Riff Tabaracci.

Bien assis, les quatre acolytes viennent de terminer une pratique de spectacle lorsqu’on les rejoint en plein cœur de la Plaza Saint-Hubert à Montréal, un jeudi soir de pluie. Alors qu’Oclaz, l’un des trois producteurs, entame l’activité classique de roulement substantiel, Mantisse, Jah Maaz et Bkay décompressent et s’hydratent.

Somme toute, la pratique s’est bien déroulée, mais un élément important manque à l’appel : le producteur BNJMN.LLOYD (alias Lloyd$), exilé en Inde depuis plusieurs mois. « Il revient à la mi-mai », nous apprend Bkay, l’un des trois rappeurs de la formation. « On a commencé à rec des shits en studio sans lui, mais on s’est un peu rendu compte qu’il était vraiment nécessaire dans notre démarche. Tout ce qu’on fait est généralement filtré par lui qui gosse sur son plug-in. »

« En fait, ce qui nous manque, c’est même pas ses beats, mais plutôt l’interaction directe qu’il a avec nous », poursuit le rappeur et chanteur Mantisse.

Pour l’instant, le sextuor réussit tout de même à tenir bon. Le 14 avril prochain, il donnera son tout premier spectacle de 2017, et l’enthousiasme semble débordant. « C’t’un show important pour nous, admet Mantisse. Par-dessus tout, on veut être tight sur les transitions. Même si on fait des shows depuis assez longtemps, on continue d’apprendre. D’ailleurs, y'en a une couple qu’on a faits où on a eu l’air crissement caves ! »

Complété par le producteur BLVDR, qui a joint les rangs l’été dernier, le groupe s’est officiellement formé en 2014 au Cégep Saint-Laurent, sous la bannière LaFamille MTL. « À ce moment-là, on faisait plus de shows que de tracks, rappelle Bkay. Quand on est rentrés au cégep, tout le monde trouvait que c’était pas mal cool de faire du rap, donc on se faisait constamment demander pour faire des spectacles. »

« Il y a un engouement assez particulier pour le hip-hop dans les cégeps, confirme Mantisse, qui y termine actuellement sa quatrième année. Et je parle pas juste du néo-rap queb, mais bien du hip-hop francophone at large. Cette tendance-là est toujours aussi forte. »

Constituée d’une dizaine de membres à la base, la formation s’est recentrée autour d’un noyau dur à la fin de l’année 2015, histoire d’accélérer et de resserrer la création. « On était tannés de faire du rap dans le flou… Y'a rien qui aboutissait, explique Bkay. J’ai pris l’initiative d’envoyer un message aux boys pour leur dire que, s’ils n’écrivaient pas de verses, on allait sortir un album quand même. »

Les membres du collectif LaF sur le toit d'un immeuble, dont le sol est composé de graviers.

LaF. Crédit : Felipe Arriagada.

Routine et réflexions

Et cet album, c’est Monsieur-Madame. Porté par une trame hip-hop chaleureuse aux tons neo-soul, l’opus s’ancre dans un concept de routine hebdomadaire, dans lequel les rappeurs témoignent de leur épuisement journalier, de leur manque d’argent et de leurs envies de se changer les idées. « En fait, on fait juste se plaindre ! » blague Mantisse.

Loin du fatalisme, le sextuor privilégie un certain discours marginal tout au long de l’opus, abordant son aversion pour la « pensée de masse » et rappelant sa volonté de « savourer l’instant présent » au-delà des formats convenus. « On voulait pas arriver avec du rap conscient, car concrètement, dans la vie de tous les jours, c’est pas ça qu’on feel. Par contre, on voulait être en phase avec ce qu’on est, soit des gens qui réfléchissent, explique Bkay. On voulait aussi montrer que, dans le fond, y'a rien de vraiment sérieux dans la vie. Il faut en jouir no matter what, et c’est avec ce message que l’album se termine. »

À travers cette réflexion, le rap s’impose comme un vecteur de positivité. « Peu importe l’émotion que je ressens, le rap me libère d’un poids, donc juste le fait d’avoir écrit un texte, ça change la façon dont je me sens. C’est Oxmo Puccino qui disait quelque chose comme ça dans une entrevue.  Moi, après une grosse journée, c’est le rap qui me permet de me défouler », explique le Français Jah Maaz, établi à Montréal depuis près de 10 ans.

Retomber sur ses pattes

Malgré cette richesse conceptuelle, Monsieur-Madame a obtenu un succès modeste sur la scène hip-hop québécoise à sa sortie. « Ça aurait pu être plus propagé », reconnait Maaz.

« On a dropé ça juste avant le temps des fêtes, et je crois que ça nous a nui côté visibilité, analyse Mantisse. On s’est retrouvés dans les palmarès de CHOQ et CISM, mais rapidement, les stations ont commencé leur bilan annuel, et on en a un peu écopé. »

« Faut dire aussi qu’on n’a pas sorti de clips, qu’on n’a pas booké de shows… énumère Bkay. On a work tout l’été sur l’album, pis après, on a préparé un lancement vraiment tight, sans penser à la suite. On a comme assumé qu’on allait se faire plugger pour des shows comme back in the day, mais non. »

Au lieu de regretter le cours des choses, le sextuor a plutôt décidé d’amorcer un nouveau projet. Investi par « une énergie nouvelle », il termine actuellement l’enregistrement d’un mini-album. Alors que BNJMN.LLOYD continue d’envoyer des beats à partir de l’Inde, BLVDR et Oclaz prennent un rôle un peu plus important. « On fait tous des beats chacun notre bord, indique ce dernier. On s’assure par la suite de garder une certaine unité dans les choix qu’on fait. Cette fois, on n’a pas abordé l’ensemble du projet comme un truc conceptuel. »

« C’est plus bonbon », résume Bkay.

LaF avec Clay and Friends et Les 13 Salopards – Groove Nation (Montréal) – 14 avril (21h).