Le chant magnétique de Klô Pelgag

Avant même que le spectacle débute, on se trouve en mode de déréalisation. Assis dans la grande salle du Collège Boréal avec un punch ferrofluide en main, des objets commencent à revoler sur scène; un Rubik’s Cube, un fusil semi-automatique, un œil tout-voyant – des bébelles en peluche qui retrouveront plus tard les costumes à velcro des musiciens.

Crédit photo de couverture : Sophia Bagaoui.

LE FEU

Sous un faisceau de lumière bleu-rêve, accompagné du bourdonnement d’un synthétiseur et un rythme engageant à la batterie, Klô Post-Pelpompon apparaît avec un hamburger bien symétrisé sur son dos.

Photo en noir et blanc de Klô Pelgag au micro et à la guitare, de profil sur la scène du Collège Boréal. Elle porte un énormae hamburger sur son dos.

Klô Pelgag avec son hamburger - Photo : Sophia Bagaoui.

« Prenez le feu, mettez-le dans ma tête ». Elle performe cette première pièce avec une conviction qui, malheureusement, ne rejoint pas immédiatement le fond de la salle. Dans nos gradins, à une dizaine de pieds de la scène, l’expérience est un peu impersonnelle. L’univers de Klô Pelgag doit aussi être assez surprenant pour certains membres du public sudburois qui, par exemple, auraient trouvé le spectacle de Alain Morisod & Sweet People il y a quelques semaines  « très plaisant » ou même « magique ».

C'est quand elle interprète la chanson Tunnel de son premier disque que cette distance semble se dissiper. Comme dans le texte de Au Musée Grévin, une froideur s’échappe des statuettes immobiles qui l’entourent : « J’ai fais un feu de joie/et elles ont fondu ». Dans un moment ressenti, chaque musicien sur scène participe à un labyrinthe envoûtant d’harmonies vocales. Ça me donne un flash de son vidéoclip, quand les anges-hambourgeois flottent entre le ciel consommateur et la terre provisoire.

LES INSTANTS D'ÉQUILIBRES

Klô rPelgag au micro sur la scène du College Boréal à Sudbury. Photo en couleur.

Klô raconte l'histoire du guru au Cheetos - Photo : Sophia Bagaoui.

« Je souhaite que vous allez terriblement bien…horriblement bien ». Klô s'adresse à nous avec des interventions divagantes qui mènent toujours à des endroits intéressants. On s’oriente en tâtonnant dans le noir, pour finalement déboucher dans un petit boisé idyllique rempli de fans de Metallica assis autour d’un feu, qui se recouvrent la peau avec du beurre de peanut, le treizième jour d’un jeûne de trois semaines.

Les membres de son groupe partagent aussi cette esthétique improvisatrice, comme le guitariste qui décide d’accompagner une fréquence de feedback avant de se lancer dans une version excellente de Les instants d’équilibres.

FERROMAGNÉTISME

Quelques autres moments fort de la soirée :

- le jam à la Floyd sur la progression d’accords classiques i - IV
- les harmonies vocales de Les Animaux
- un remix club de Taxidermie avec un groove boots-and-cats et du gros funk à la basse

L'orchestre de Klô Pelgag vu de côté.

L'orchestre de Klô Pelgag - Photo : Sophia Bagaoui.

Par la fin du spectacle, son orchestre (violon, alto, violoncelle, guitariste de tout, batterie) occupe tellement bien l’espace sonore de la salle qu’on oublie presque l’ampleur orchestrale des versions originales de ces pièces. Certaines modifications à l’instrumentation sont très efficaces aussi, comme le violoncelle qui joue la ligne de basse sur Les ferrofluides-fleurs en finale.

Photo de Klô Pelgag  au piano. Une boite jaune se trouve à côté d'elle.

Klô au piano - Photo : Sophia Bagaoui.

Je n'aurais pas été le seul à le ressentir; le chant magnétique de cette musicienne douée a bien aimanté le ferromagnétisme du cœur en nickel des Sudburois.