Le parcours atypique de Sébon

Sans tambour ni trompette, le trio d’Ottawa Sébon a fait paraître, il y a quelques mois, You said that you would change it all, un court album pop de cinq pièces qui a su attirer notre attention. Malgré leur quasi-inexistence sur les Internet, nous avons néanmoins réussi à les contacter et à organiser une rencontre avec Sarah et Erin, deux des membres de la formation au parcours quelque peu atypique !

Photo de couverture : Sarah et Erin de la formation Sébon.

Dans le coin inférieur gauche, un hibou dessiné au stylo sur une feuille lignée. Dans le coin inférieur droit, le mot Sébon écrit au stylo. Rien dans le haut de la feuille lignée.

Pochette de l'album You said that you would change it all de la formation Sébon.

C’est un peu par hasard si j’ai découvert le groupe ottavien Sébon. En fait, c’est mon collègue à La Chasse qui est tombé sur eux en faisant de la recherche pour l’émission, et qui m’a passé le tuyau.

You said that you would change it all, leur EP de cinq pièces pop, est principalement en anglais. Il contient néanmoins la pièce contre-cœur, seule en français, mais qui est à mon avis la meilleure de l’album.

Après avoir fait un peu de recherche, j’ai vite fait de constater que leur seule présence sur Internet consistait en une page Bandcamp. Pas de Facebook, pas d’iTunes, pas de site Internet… rien du tout. Il n’en fallait pas plus pour piquer encore davantage ma curiosité !

Un parcours atypique

Sarah Lussier-Hoskyn, la francophone du groupe, me donne alors rendez-vous dans un café d’Hintonburg où elle se présente en compagnie d’Erin Leigh, deuxième comparse du trio. Quant à Ben Hoskyn, conjoint de Sarah et troisième membre de la formation, il est resté à la maison pour s’occuper des enfants. J’ai alors compris que le parcours de la formation s’éloignerait sans doute du classique « on s’est rencontrés au cégep, pis on a formé un band » !

« C’est grâce à elle qu’on a commencé, m’explique Sarah en me pointant Erin. Elle habitait juste à côté de chez nous, puis elle voulait vraiment jouer de la musique avec nous. Elle a fait des recherches et a trouvé une place où l’on pouvait aller pratiquer une fois par semaine, à une heure où ça nous accommodait parce que les enfants étaient couchés, donc on pouvait s’absenter tous les deux. »

« J’ai tout mis en place pour qu’ils ne puissent pas refuser », de renchérir Erin en riant.

C’est en s’impliquant auprès du Ottawa Rock Camp For Girls qu’Erin a pris goût à la musique. « J’ai été tellement inspiré par ces filles qui, en une fin de semaine ont appris à jouer un instrument, puis, à la fin de la semaine faisait un concert ! » Elle s’est alors dit qu’elle aussi pourrait apprendre !

Après avoir commencé à jouer en groupe, l’idée de créer un EP a rapidement germé. En fait, avec les enfants, les différents projets, et les préoccupations de chacun, il était difficile pour eux de se rencontrer régulièrement dans la simple optique de jammer. Ils ont alors décidé de se donner comme objectif de créer l’album, ce qui leur permettait d’avoir un projet concret qui les forcerait à se rencontrer pour jouer.

Dans une pièce éclairée d’une lumière rouge, à gauche on voit un homme travailler sur un portable, alors qu’à droite une femme le regarde. De l'équipement d’enregistrements sont visibles à l’arrière.

Session de travail au studio Gallery Recording.

L’inspiration

L’album, enregistré par Dean Watson du studio Gallery Recording, est paru en août de cette année. Dédié à la mémoire de Steven, le frère d’Erin, tous les profits de la vente de You said that you would change it all seront remis à la Coalition d’Ottawa contre la violence faite aux femmes. Deux des cinq pièces, architect et fledgling chronicles, sont d’ailleurs composées expressément pour Steven.

Quant aux trois autres pièces, elles tiennent un peu plus du hasard aux dires de Sarah et Erin. « [Les premiers mots] viennent un peu dans le moment, et après on construit toutes les paroles autour de ça. De temps en temps c’était des histoires spécifiques, et à d’autres moments non » explique Sarah, en parlant plus particulièrement des pièces called you up et she said.

Pour contre-cœur, seule pièce en français, les paroles viennent de Sarah. « Un moment donné, je me suis dit que ce serait l’fun d’avoir une chanson en français. Je suis la francophone du groupe et j’aimais l’idée d’être représentée d’une certaine façon. »

En écoutant les paroles de la pièce, on est facilement convaincu qu’elle nous raconte la fin d’une relation amoureuse, mais il s’agit en fait d’un subterfuge, puisque le véritable sujet est le lien que Sarah entretient avec ses objets ! « Ça sonne comme si c’était une histoire d’amour, une relation intime, mais en fait, c’est moi pis mon sofa… on ne s’entend plus ! » rigole Sarah, en ajoutant qu’elle passait par une phrase réductionniste et minimaliste.

Des projets qui les éloignent de la musique

L’album étant maintenant sorti, les occasions de jammer se font plus rares. « [Le EP] nous a donné une vision, et puis, une fois qu’on a enregistré, toute la bulle s’est dégonflée, et on a déjà moins d’incitations pour continuer à jouer ensemble » explique Sarah, avant qu’Erin ne renchérisse en soulignant que « ce n’est pas nécessairement que le spirit has left, c’est plutôt que l’on a ciblé nos efforts pour plusieurs mois sur l’enregistrement, plus qu’on a vraiment le temps de le faire d’une façon durable. »

Depuis, les différents projets se sont multipliés, de sorte que le trio n’a plus souvent l’occasion de se retrouver pour jouer. Ben, qui est également cinéaste, est à mettre la touche finale à son premier long métrage, 8 Minutes Ahead, qui devrait voir le jour très bientôt. Alors qu’Erin met beaucoup d’énergie dans le projet les Tontine, un programme de microsubventions à la création artistique pour les femmes de la région d’Ottawa-Gatineau, dont elle est membre fondatrice.

Ben de la formation Sébon à la batterie dans un studio aménagé.

Ben de la formation Sébon.

Un concert en février

La suite des choses pour Sébon est plus qu’incertaine. Il n’en demeure pas moins que la formation souhaite ardemment se produire sur scène, vraisemblablement au café Pressed d’Ottawa, au moins une fois au début 2017.

Puis, comme Sarah le confirme, ce que le trio préfère par-dessus tout, « c’est créer de la musique, développer des chansons ». Tous les espoirs sont donc permis. On peut effectivement croire que la formation résistera bel et bien à l’épreuve du temps et que de futures pièces verront le jour.

D’ici là, gardez l’œil ouvert sur la programmation du café Pressed d’Ottawa, car, tel que Sarah m’a dit en parlant d’un possible concert en février à cet endroit : « Tu pourras écrire ça dans ton article, ça va nous mettre un peu de pression pour qu’on le fasse vraiment ! »