Les puzzles coups de poing d'Arseniq33

La « bande de caves » n'a vraiment pas eu à se faire prier pour danser, vendredi dernier. Le Petit Campus était plein à craquer pour célébrer les 25 ans d'Arseniq33, groupe pilier de la scène locale montréalaise. Et si le chanteur et fondateur Yannick Pilon jetait parfois des coups d’œil furtifs à son lutrin pour s'assurer de ses paroles, le public, lui, connaissait chaque mot du répertoire par cœur.

Crédit photo de couverture : Mihaela Petrescu.

Vue de l'arrière d'une salle pleine pour Arseniq33

Arseniq33 au Petit Campus, le 12 mai 2017.

Destructe-tion

« En fait, il y a certaines chansons qu'on a eu vraiment de la difficulté à réapprendre », rigole Ériq Poissant, bassiste, parolier et aussi fondateur du groupe, reprenant les paroles du saxophoniste Alexandre Fecteau : « y'a aucune criss de logique dans ce qu'on joue ! »

« Tranquillement les tranquillisants (2002), l'album qui selon moi représente le mieux l'essence d'Arseniq33, a été composé, créé et enregistré comme si on essayait de faire des puzzles à coups de poing, reprend Ériq Poissant. « Quand les morceaux ne marchaient pas ensemble, on les faisait fitter de force. »

Gros plan de Yannick Pilon, avec Eriq Poissant en arrière-plan, dans leur traditionnel costume anti-mode en lycra

Yannick Pilon et Ériq Poissant, dans leur traditionnel costume anti-mode en lycra.

Musicalement comme textuellement, Arseniq33 n'a jamais donné dans la demi-mesure. Depuis Allégorie du pain de viande (1994) jusqu'à la compilation Dansez, bande de caves ! (2008), le groupe s'est fait un plaisir de dénoncer tout ce qui pouvait représenter le capitalisme sauvage et l'ordre établi.

Avec Groovy Aardvark, Les ordures ioniques, WD-40 et leurs confrères, ils ont contribué à créer une scène underground forte et surtout francophone, dans laquelle a pris racine la musique émergente d'aujourd'hui. L'ultime Destructe Orchestre, comme il s'est lui-même surnommé, a développé un mélange totalement unique de punk, de ska, de métal et de jazz qui est bien vite devenu la trame sonore d'une génération épuisée de se faire « planter un gros couteau dans l'dos » .

« Mais je trouve que la scène locale a ben, ben gros changé », affirme aujourd'hui Ériq Poissant. « Elle se porte mieux sur internet, mais c'est comme si, puisque les gens ont moins à travailler pour trouver la culture underground, ils la considèrent comme moins précieuse. On dirait que depuis le gros succès international d'Arcade Fire, sans vouloir leur envoyer un quelconque blâme, les groupes chantent explicitement pour l'international, en anglais. »

J'use d'la langue

Plus qu'une simple langue d'usage, le français est pour Ériq Poissant un matériau inspirant et en constant mouvement « On est des mélangeux au Québec, et on parle avec une grande musicalité. C'est une grande richesse », s'enthousiasme le réviseur de profession qui n'a pas manqué d'en faire un texte :

« J'récite mes cantouques,
j'les récite en batêche
J'aurais signé mon nom au bas du manifeste
Le calvaire du colonisé...
On travaille avec c'qu'on est
Les mémoires d'l'alouette en colère
On les a tu oubliées ?
C'est tu ça une question claire ?
Laisse faire chu trop paqueté...

J'use d'la langue que j'm'expresse
le mieux avec TABARCRISSE ! »

(J'use d'la langue, 2001)

« J'ai toujours aimé écouter les gens parler. Il y a plusieurs pièces qui sont nées d'une expression que j'ai entendue et que j'ai trouvée colorée », affirme celui qui a créé de véritables devises arsenicistes avec des phrases comme « On en a rien à foutre » et « Soyez fâchés, restez
baveux ! »

Et maintenant

Arseniq33 a officiellement mis la clé dans la porte en 2010, mais, comme beaucoup de ses confrères de l'époque, il a fini par refaire un, deux, puis trois spectacles, que ce soit pour supporter la grève étudiante en 2012, ou simplement pour le plaisir. Cette fois, le prétexte du 25e anniversaire promet davantage : fort probablement un nouvel EP, sur lequel apparaîtront les deux chansons lancées à l'occasion du spectacle, et au moins une tournée de dix dates.

À l'image de l'inimitable duo Crabe, qui a servi à un public et un groupe éberlué une incroyable reprise de Buy Nothing Song vendredi, les premières parties de la tournée devraient être assurées par des groupes locaux qui sortent des sentiers battus, « parce que c'est souvent eux qui ont les choses les plus intéressantes à dire. »

Bien qu'Arseniq3 prévoie tirer la plug après l'automne, on ose espérer que l'envie de remonter sur scène se fasse sentir à nouveau en 2018.

Prochains concerts :

26/08 @ Minautore //Gatineau
08/09 @ La Sainte-Paix //Drummondville
16/09 @ Bar le Magog//Sherbrooke
29/09 @ Franky’s //Sorel-Tracy
30/09 @ Transit//Terrebonne
13/10 @ La Fractrie //Valleyfield
14/10 @ La Fractrie //Valleyfield
27/10 @ Café du Clocher//Alma
28/10 @ Coop Paradis//Rimouski
08/12 @ Zénob //Trois-Rivières