L'Octopus : fleur de macadam

« Quand je me promène dans les rues [de St-Roch et St-Jean-Baptiste], je me sens vraiment dans mon salon. » Avec son premier LP, Claudia Gagné alias L'Octopus écrit une lettre d'amour à sa Basse-Ville, des textes qui se lisent comme une carte postale.

Photo de couverture : L'Octopus. Crédit : Jay Kearney.

Si son maxi sorti il y a deux ans et des poussières référait à ses périples en contrées lointaines, de l'Ouest canadien à l'Amérique du Sud, la poésie de son effort homonyme a été puisée au creux de son cœur. Une démarche basée sur l'introspection, certes, mais aussi sur le regard que Claudia Gagné pose sur ces gens qu'elle croise au quotidien. « C'est un voyage intérieur, mais c'est aussi mes observations sur le monde qui m'entoure, sur la société. L'humain qui cherche sa place dans la société, et qui a de la misère, ça m'inspire beaucoup. C'est rempli de belles choses et de choses vraiment tristes... »

Composé au-dessus du Lave-Auto Chénier, pittoresque local de pratique qui abrite aussi sa grande chum Jane Ehrhardt, ce disque est teinté par l'apport de ses musiciens Hugo LeMalt (son complice depuis les débuts) et Daniel Hains-Côté. Un percussionniste au talent sous-exploité, un type discret qui travaille comme comptable le jour. « C'est quelqu'un à connaître, c'est comme un trésor pour vrai ! Moi j'ai refait sa connaissance l'année dernière au Tam Tam Café lors de la présentation des Projets émergents. [...] Il était venu donner de son temps, jouer de la batterie. Moi, j'ai étudié avec lui au Cégep, mais on ne s'était jamais parlé. Il était classique, moi en jazz... ça n'a juste jamais adonné ! »

Désormais, et chaque fois que le cachet le permet, L'Octopus se fait trio. « Depuis que Daniel est là, ça me libère beaucoup [les mains], mais je garde mon concept de femme-orchestre. Pour moi, c'est vraiment important. Je garde mes percussions et Dan vient vraiment trouver sa place dans la chanson, il n'étouffe pas ce que je fais. Je peux garder mes arrangements solo, ils sont fonctionnels, mais quand Hugo et Dan sont là, ça rajoute une densité. »

Beauté démaquillée

Co-réalisé par Claudia et Hugo, dans un mode de production exemplairement DIY, le disque se veut organique et épuré. Une direction artistique qui s'égare volontairement des modes, marquée de petites imperfections et bourrée d'âme. « Vu que c'est mon premier, je ne voulais prétendre être quelqu'un d'autre. Je voulais quelque chose de simple et authentique. [...] On a tout enregistré ça live comme dans le bon vieux temps et j'ai fait les voix après. Sinon, tout l'instrumental a été fait en même temps. »

La parolière a aussi ôté son masque, chassé la timidité et la pudeur qui l'affligeait pour harmoniser ses mots (plus sensuels que jamais) avec les rythmes déjà lancinant de sa basse. « Au début j'étais très timide, mais je m'affirme de plus en plus. C'est comme une mise à nu, de chanter ses textes. Avant, j'étais très très discrète et je camouflais vraiment tout derrière un gros mur de brique. Maintenant, je suis plus game ! »

L'Octopus donnera un show jeudi le 9 juin au Cercle

(En première partie de Julie Blanche)