Mehdi Cayenne dévoile un nouveau vidéoclip pour Rivière

Sous la direction de la réalisatrice franco-rwandaise d'adoption californienne Anisia Uzeyman (Dreamstates, Aujourd'hui, Nid de guêpes) l'auteur-compositeur-interprète franco-algéro-canadien Mehdi Cayenne a publié il y a quelques jours le vidéoclip de Rivière, 3e extrait de son dernier album Aube, paru fin 2015. Entrevue à la croisée des mondes de deux artistes à l'abondance créative aussi riche que complémentaire.

Dévoilé en pleine semaine des Prix Trille Or - pour lesquels Mehdi Cayenne a obtenu pas moins de 12 nominations, le clip met en scène une histoire d'amour entre deux réfugiés dans le métro de Brooklyn.

« [Ce sont] deux personnes qui vivent en mouvement, le métro est l'abri de leurs vies, précise Anisia. On a tourné dans l'urgence et la foule du métro new-yorkais, dans un esprit très guerilla films. »

Direction artistique exploratoire

Ce n'est pas tant un hasard si Mehdi et Anisia ont fini par collaborer. Rencontrés à un concert de Saul Williams - le partenaire d'Anisia à l'écran et dans la vie - peu de temps après la sortie du film Dreamstates, ils ont compris que l'alchimie allait opérer.

« Je pense que l'esthétique punk & DIY du film lui a plu, confie Anisia. Il m'a demandé si j'avais envie de faire un vidéoclip avec lui pour une chanson de son dernier album. »

On comprend qu'une relation de confiance, basée sur une admiration et un respect mutuels, s'est rapidement établie entre ces deux créatifs.

« J’avais eu la chance de découvrir le travail d’Anisia via Dreamstates et les clips The noise came from here et Opposite of love, se rappelle Mehdi. Ses images m’avaient frappées parce qu’elles me semblaient très proches du réel et du rêve en même temps - une émotion palpable, mêlée à une narration impressionniste, une certaine rythmique, quelque chose de vraiment raw, vraiment punk.  Je m’imagine avoir une approche similaire dans mon écriture. »

Continuité conceptuelle

Sur l'album Aube, troisième opus du Franco-Ontarien, Mehdi avoue avoir voulu raconter une histoire de bout en bout. Si pour Rivière il a laissé carte blanche à Anisia en terme de concept, le produit final fait émaner en lui une fierté non dissimulée, tellement humble qu'elle en devient candide.

« Ça complète parfaitement Aube, plus que je n’aurais pu l’anticiper. Je dirais que les deux premiers clips (Je te vois et La pluie) relèvent plus, dans les thèmes, de soi par rapport à soi-même, de l’absence de l’autre - et celui-ci, justement, met en scène des dynamiques relationnelles qui sont intrinsèques à l’album. »

Il ajoutera que « c’est une magie particulière de sentir que nos sensibilités sont rejointes, et transcendées, par le regard d’autrui. »

Pochette de l'album Aube.

Pochette de l'album Aube - Crédit : Geneviève L Richard.

Retour aux sources

Il n'aura pas fallu longtemps à la réalisatrice pour cerner le musicien. La mise en scène théâtrale de l'histoire, le montage de plans saccadés et transitions rapides agit comme une extrapolation du personnage exubérant qu'est Mehdi Cayenne.

« Rivière avait ce rythme qui me faisait penser aux musiciens dans les métros des grandes métropoles, se remémore Anisia. Si je ne me trompe pas c'est comme ça que Mehdi a commencé aussi. Puis il y a cette politique actuelle de la fermeture, de l'entre soi que je trouve inhumaine et donc j'a eu l'envie de raconter un peu, l'espace d'une chanson, ces visages que je trouve magnifiques et que l'on croise furtivement dans l'underground, au détour des couloirs de métro. »

« À l’époque où j’ai brièvement vécu à New York, poursuit Mehdi, je buskais beaucoup, pas dans le métro mais dans la rue, où on croise également des rivières de visages… Un truc qui m’a marqué de nos discussions avec Anisia, c’était la valeur d’œuvrer pour ce qui est beau, ce qui est vrai - de simplement susciter de la beauté dans notre monde tel qu’il est - de ne pas se laisser prendre par l’engrenage de la peur, du cynisme prévalents à notre époque. »

Mehdi Cayenne jouant dans la rue à New-York - Crédit : Christopher MacAlpine-Belton

Mehdi Cayenne buskant à New-York - Crédit : Christopher MacAlpine-Belton.

Influences afropunk

Si le principal intéressé ne conçoit pas être « le posterboy de l’afropunk », il avouera s'y intéresser de près, depuis longtemps. Gardez l’œil ouvert et l'oreille tendue, un virage artistique semble s'amorcer.

« Cette conscience diasporique et alternative fait partie de ma culture et de mon vécu, et de mon art, depuis toujours. Et puis je trippe à fond sur plein d'artistes avec une esthétique apparentée à ce mouvement, [notamment] B L A C K I E all caps with spaces, Saul Williams, Mykki Blanco. »

En s'offrant les talents d'Anisia Uzeyman, Mehdi Cayenne affirme une volonté d'ouvrir sa musique à l'international, parallèlement à un grandissant succès hors des frontières de la francophonie canadienne.

Capture d'écran extraite de Rivière. Directrice de la photographie : Clémence Thérin.

Capture d'écran extraite de Rivière. Directrice de la photographie - Clémence Thérin.