Moonfruits : Ste-Quequepart, une œuvre à la fois fantaisiste et engagée

Le duo folk Moonfruits lance leur premier album en français, samedi à Ottawa. Une œuvre concept, qui raconte l’histoire des habitants d’un village imaginaire, telle la trame narrative d’un court métrage. Rencontre avec Kaitlin Milroy et Alex Millaire.

Crédit photo de couverture : Alexis Zeville.

Deux ans après avoir participé à Rond Point, voilà que le duo folk Moonfruits est fin prêt à nous présenter Ste-Quequepart, son tout nouvel album. Bien que Kaitlin Milroy et Alex Millaire performent aussi bien en français qu’en anglais, pour ce deuxième opus, ils ont choisi de ne présenter que des pièces dans la langue de Molière.

« Le concept et l’univers de l’album nous a poussés à composer en français, explique Kaitlin. On se considère comme bilingues, mais ça nous paraissait normal de vouloir écrire tout l’album en français, ça nous mettait dans l’esprit d’un endroit où tout le monde parle la même langue. »

Puis, Alex renchérit en soulignant que c’était un défi que d’écrire et chanter uniquement en français, ce qui au départ leur semblait un peu moins naturel, entre autres du côté des harmonies vocales.

Kaitlin et Alex, sur une passerelle de bois qui surplombe un marécage aux paysages d’hiver. Alex a son banjo à la main et regarde Kaitlin. Ils sont face à face, accoté sur la rampe en bois. Elle a un xylophone à la main et on voit une lampe de salon bien posé au milieu de la passerelle.

Moonfruits - Crédit : Alexis Zeville

Un village imaginaire comme trame de fond

Dès mon arrivée à notre rendez-vous, Alex et Kaitlin s’empressent de me montrer les maquettes de leur album fraichement arrivées, et de me présenter le village qui servira de trame de fond à l’entièreté de l’œuvre.

Moonfruits a effectivement choisi de faire un album concept, chose de plus en plus rare en cette ère de plateformes de musique en continu, où les artistes ont plutôt tendance à présenter chacune de leur pièce de façon séparée et indépendante.

« On voulait que chacune des chansons soit une pièce à part entière, nous rassure Alex, mais que le fil conducteur au travers du tout, ce soit le village »

Ce village, c’est Ste-Quequepart, un endroit à la fois réel et fictif, qui repose sur les souvenirs et les expériences de Kaitlin et Alex.

« C’est un village qui n’existe pas, un village imaginaire, mais en même temps un village qui existe partout. C’est un peu un endroit qu’on a su imaginer après avoir voyagé un peu. Qui ressemble à chez nous, mais aussi aux endroits que l’on a visités pendant notre lune de miel, pendant qu’on est partis en Europe faire du busking », lance Kaitlin en décrivant les lieux.

Un album engagé présenté empreint de fantaisie

D’entrée de jeu, le duo m’explique avec passion l’idée derrière les compositions. Je sens rapidement qu’il s’agit d’artistes engagés, qui désirent passer un message au travers de leur œuvre.

« On s’était rendu compte que les gens de notre âge, et même tout le monde, sont en train de vivre un moment où les inégalités sociales et économiques sont extrêmes et sont en train de croître, et tout cela a grand impact sur nos vies, explique Kaitlin. C’est un peu ça qu’on ressent, et on voulait trouver une façon d’en parler qui n’était pas trop lourde. »

« Pas trop lourde », voilà tout le défi que Moonfruits a choisi de relever. Comment parler de sujets si graves sans perdre son public en cours de route ? Ils auraient pu choisir de faire un album de revendications, en criant haut et fort leur désarroi, mais au final, le message n’aurait peut-être pas trouvé oreille attentive. À l’aide de leur musique folk, ils ont plutôt choisi d’ouvrir le dialogue avec leur public et les ont conviés à une conversation ouverte et empreinte d’espoir.

« On incite les gens à s’asseoir avec nous à la table de la cuisine, à la place de juste manifester dans la rue avec nos chansons, lance Kaitlin. Peut-être qu’on aura la chance d’inviter beaucoup plus de monde à notre conversation que juste les gens qui sont déjà convaincus. »

Ainsi, plutôt que de crier leur rage, ils ont plutôt choisi la voie de la discussion, en espérant rejoindre plus de gens que les quelques personnes déjà convaincues qui pensent de la même façon qu’eux.

« On a essayé d’épurer le message, dit Alex. Plutôt que d’avoir beaucoup beaucoup de paroles qui montrent une panoplie de différents problèmes ou de situations, on a choisi de réduire ça à quelque chose de simple et saisissable. »

D’où l’idée de créer ce village imaginaire auquel les gens peuvent s’identifier et se rattacher. Du même coup, le côté fantaisiste permet de rendre le message plus léger, rendant le tout beaucoup plus facile d’approche.

Kaitlin et Alex, face à face dans un champ enneigé. Une lampe de salon placée sur un bloc de bois se trouve entre les deux. Alex semble avoir une guitare dans le dos, alors que Kaitlin tient un xylophone. On voit la forêt au loin.

Moonfruits - Crédit : Alexis Zeville.

Un lancement à grand déploiement

C’est le samedi 13 mai que le lancement officiel aura lieu à l’église St Albans d’Ottawa. Pour l’occasion, Moonfruits a décidé de faire les choses en grand, en invitant tous les musiciens qui ont joué sur l’album à se joindre à eux.

« On se permet de faire ça, car Alex en rêve depuis longtemps, et on voulait présenter quelque chose de spécial et d’incroyable », explique Kaitlin, qui veut vraiment que leur public ait beaucoup de plaisir ce soir-là.

Ainsi sur scène, on retrouvera pas moins de 8 musiciens, allant du trio à cordes au contrebassiste, en passant par l’organiste et le batteur.

L’ouverture de la soirée sera assurée par le duo Georgian Bay, avec qui Moonfruits partira ensuite pour une tournée qui les mènera dans pas moins de seize villes, réparties dans trois provinces.

En guise de conclusion, j’en profite pour citer Kaitlin qui lance un appel aux gens qui n’ont jamais vu ou entendu Moonfuits : « si j’ai un truc à partager avec les gens qui ne nous connaissent pas, c’est venez quand même, parce que ça va être un spectacle spécial, quelque chose hors du commun, et que ça vaut la peine de se perdre un peu dans l’imaginaire ! »

Concerts à venir : 

19 mai // North Hatley // La Caravane
20 mai // Petit-Rocher // Bistro Cœur d’Artishow
21 mai // Moncton // Plan b Lounge
22 mai // Caraquet // House Concert
24 mai // Sackville // Thunder & Lightning Ltd.
25 mai // Québec // Librairie St-Jean-Baptiste
28 mai // Montréal // Le Cagibi
30 mai // Peterborough // The Garnet
31 mai // Guelph // Silence
01 juin // Scarborough // Aioli Bistro Toronto
02 juin // Belleville // The Belleville Club
03 juin // Penetanguishene // La Clé
04 juin // Toronto // Burdock
06 juin // Sudbury // Fromagerie Elgin
08 juin // North Bay // White Water Gallery
09 juin // Wakefield // blacksheep