Ouri : viser plus haut

Avec Superficial, l’une des parutions électro montréalaises les plus abouties des derniers mois, la productrice Ouri joue sur un terrain plus accessible.

Photo de couverture : Ouri. Crédit : Oumayma B. Tanfous.

«Cet album-là est plus cohérent, plus homogène», analyse Ouri lorsqu’on lui demande de comparer son nouveau-né à son excellent prédécesseur Maze, paru en 2015. «Au début, y'a beaucoup de gens qui ne comprenaient rien à mon nouveau matériel. On me disait que j’avais des bonnes idées, mais que c’était pas assez accessible. C’est mon mixeur qui m’a un peu ouvert les yeux à ce sujet. Il m’a fait retravailler plusieurs chansons, car ça sonnait un peu trop indigeste. Pourtant, dans ma tête, c’était super clair, mais quand ça sort, c’est une autre histoire.»

Pour Ouri, la musique est vouée à évoluer. Les huit chansons qui composent Superficial ont beau être répertoriées sur un album officiel, elles sont encore sujettes à changement dans leur formule live. Entre UK Garage, house et expérimentations électroniques, la proposition de la Parisienne d’origine prend un peu plus de galon dans son rendu scénique.

«J’essaie de faire que ce soit entraînant, que les gens dansent, même dans les moments d’introspection, plus mélancoliques, explique-t-elle. Je retravaille les structures en ce sens, notamment en repensant chaque chanson pour rendre le tout plus dynamique. Je ralentis les changements pour qu’on puisse bien les saisir en tant que spectateur.»

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Ouri. Crédit : Oumayma B. Tanfous.

Cette façon de faire est somme toute nouvelle dans le cheminement de la productrice. Fan invétérée de Flying Lotus et autres producteurs à la proposition audacieuse comme le Britannique James Holden, Ouri est arrivée sur notre continent en 2009 avec cette idée bien vague de «devenir DJ».

Exit le violoncelle, la harpe et le piano, qu’elle pratiquait depuis l’enfance,  la néo-Montréalaise voulait «explorer autre chose». «J’avais la passion profonde de devenir DJ, comme un espèce de rêve subconscient. Je n’avais même pas acheté de platine ni d’équipement, mais intérieurement, j’avais le goût de le faire», se souvient-elle. «J’ai commencé à m’entourer de gens qui faisaient ça et, en 2012, je me suis acheté un clavier Arturia qui venait avec une banque de samples incroyables. J’ai fait de gros essais, sans prendre ça trop au sérieux. Deux ans après, en plein hiver, je n’avais vraiment rien à faire, alors je me suis lancé officiellement dans un projet. Ça a donné Maze

Ce premier EP laissait entrevoir la signature de la jeune productrice, un mélange fin de rythmiques saisissantes, de basses prenantes et de synthés planants. Malgré sa qualité et son potentiel, Maze a connu un rayonnement limité, notamment en raison de sa sortie un peu bancale. D’abord prévu pour avril 2015 sous l’étiquette Huile Records (qui semble être morte dans l’œuf depuis), le projet est finalement paru un mois plus tard de manière indépendante. «Je vivais à ce moment une grosse période de perte de confiance. C’était assez extrême, et malheureusement, ça concordait avec la sortie. J’étais prête à sortir la musique, mais zéro prête à me produire sur scène», confie-t-elle, ajoutant que l’étiquette tentait tant bien que mal de la pousser à faire des spectacles.

Imaginaire précis

La Montréalaise a mis quelques semaines de plus pour casser la glace et comprendre l’importance des DJ sets dans sa création. C’est d’ailleurs durant cette période mouvementée qu'elle a commencé a créer les maquettes de Superficial. «Je les ai toutes terminées en six mois», relate-t-elle. «J’étais très inspirée, habitée par un imaginaire précis. J’avais toujours plein d’idées sonores dans ma tête, genre des sons hyper denses avec beaucoup de distorsion et de réverbération. J’étais dehors, dans le métro, dans un bar, n’importe où, et ce genre d’ambiances s’installait dans ma tête.»

Prêt dans son intégralité depuis près d’un an, ce premier album a passé à travers différentes étapes avant sa parution sous Make It Rain Records, le 26 mai dernier. «Ce qui a été le plus complexe, c’est d’avoir un vidéoclip. Pendant deux ans, j’essayais de construire quelque chose avec des gens, mais ça marchait jamais! Finalement, j’en ai fait un dernière minute parce que je n’en pouvais plus et que je voulais absolument que l’album sorte», dit-elle, à propos de Left Me.

Déjà sur d’autres projets, notamment un EP avec le chanteur R&B Mind Bath et un autre plus expérimental en solo, Ouri se dit consciente du manque de visibilité dont souffre son style d’électro chez elle. Amené à se produire partout dans le monde, un mentor comme Jacques Greene doit se contenter de petites salles comme le Newspeak lorsqu’il revient dans sa ville d’origine. «Le système n’est pas bien établi, remarque-t-elle. J’ai l’impression que, pour le public montréalais, il faut être aller faire ses preuves ailleurs et revenir en héros pour avoir de la crédibilité. C’est plus convaincant comme ça.»

En couple avec le producteur Cri, avec lequel elle collabore régulièrement, elle a ce désir encore un peu flou de s’exporter à l’international : «J’aimerais continuer à vivre à Montréal, mais m’installer dans une autre ville pour un ou deux mois, par exemple. En fait, c’est Cri qui veut ça, mais vu qu’on est très soudés, j’ai envie de le suivre. Pour être franche, je ne crois pas avoir une ambition aussi forte que lui et je pense que c’est une mauvaise chose, car c’est important de développer le côté business. C’est débile de s’entêter à juste faire ça pour l’amour de la musique quand on peut viser plus haut.»

En spectacle – le 16 juin au Mural Art Pub