Planète BRBR - Recommandations aux artistes émergents, par Arthur Comeau et Menoncle Jason

Sur les dix villes visitées durant les auditions de Planète BRBR, une centaine d'artistes francophones et francophiles émergents ont répondu à notre appel et manifesté leur intérêt pour le concours; ce sont donc autant d'auteurs-compositeurs-interprètes qui pourraient bénéficier des conseils - avisés - de nos jurés. Cette semaine, Menoncle Jason (Moncton) et Arthur Comeau (Halifax) se prêtent au jeu de la sagesse.

Photo de couverture : Menoncle Jason en promo à Radio-Canada avec Stef Paquette et notre Réalisatrice en chef Gaëlle.

BRBR : Quel est le principal défi lorsque l’on fait de la musique en français dans un milieu minoritaire ?

Menoncle Jason : Le plus grand défi est probablement de prendre la décision de faire de la musique en français. Prendre cette décision ferme la porte à plusieurs milliers de personnes qui ne comprendront pas les textes des chansons, et qui n'écouteront probablement pas ta musique. Il faut alors travailler deux fois plus dur pour faire parler la musique comme tel et pousser plus sur l'instrumentation si on veut se faire entendre dans la scène anglophone. Il faut dire que chanter en chiac a ses avantages, vu qu'un bon 25% des paroles sont anglophones alors ça ouvre un peu la porte aux anglophones !

Arthur Comeau : Penser à autre chose [rires].

« Create back at them »

BRBR : Quels sont tes conseils pour te vendre/vendre ton travail auprès d’agents, de labels, tourneurs, festivals, journalistes, faire du réseautage ?

MJ : Ce n'est pas facile de parler de son art de façon objective. Je dois dire que je ne serais pas où je suis sans l'agence Le Grenier Musique. Avoir un(e) gérant(e) vaut définitivement la peine. Ce n'est probablement pas facile pour tout le monde de trouver une agence, mais il faut pousser pour ça si on veut être capable de consacrer le plus de temps possible à la création.

AC : La qualité de l'oeuvre fait un long chemin en termes de vendre la patente. Autrement, répondre à des e-mails à temps et être généralement proactif et agréable peut aider j'imagine. Mettre le temps sur son produit pour qu'une fois arrivé à la vente t'aies quelque chose de vrai à offrir.

BRBR : Comment encaisse-t-on les refus (ex: mauvaise critique dans la presse, mauvais commentaires sur Facebook, refus de labels, etc.) ?

MJ : Si un charpentier se décourageait toutes les fois qu'il plie un clou, il n'y aurait pas de maisons construites. Il ne faut pas s'arrêter aux refus. Une philosophie qui m'a été donnée sur ce sujet est « create back at them », qui veut dire qu'on doit prendre l'émotion qui vient du refus [...] et la transformer en oeuvre. Ceci te permet de retourner à la racine et de te rappeler pourquoi tu fais de la musique/de l'art; est-ce que c'est pour toi ou pour les autres ?

AC : Faut savoir critiquer la critique.

BRBR : Comment gères-tu le stress et les angoisses (ex : salle peu remplie, tu considères que le groupe qui joue avant toi est meilleur, trac, etc.) avant de monter sur scène ?

MJ : Un truc qui m'aide est de ne pas rester trop longtemps en stand-by si c'est possible. Comme ça, je n'ai pas le temps d'analyser l'environnement ou la scène avant d'y monter. J'imagine qu'il y a plein de gens qui disent le contraire, mais tout le monde a ses trucs.

Arthur Comeau assis à la table des jurés de Planète BRBR, a retiré ses souliers.

Arthur Comeau comme à la maison.

« Ne mélange pas gérance et label »

BRBR : Que faire si, une fois sur scène, le public n’est pas réceptif ?

MJ : Si le public est super réceptif, vis sur son énergie. Si seulement une personne dans la foule est réceptive, vis de son énergie et donne-lui le meilleur show de sa vie. Si personne dans la salle n'est réceptif, vis sur l'énergie des gens avec toi sur la scène pis hypez-vous un à l'autre. Dans tous les cas, même si tu es tout seul sur la scène et personne n'est réceptif, tu peux toujours t'imaginer que quelqu'un prend un vidéo de ta performance, donc baille-y l'air pareil !

AC : Juste enjoy ta propre musique.

BRBR : Ton truc pour protéger ta voix ?

MJ : Je n'ai pas vraiment de truc pour ma voix autre que de respecter ses contraintes. J'essaye d'écrire de la musique dans un range confortable pour la mienne pour ne pas la briser. Je n'essaye pas de fesser des notes que je ne peux pas.

AC : Citron, thé, miel, réchauffements.

BRBR : Quel est le conseil que tu aurais aimé recevoir lorsque tu as commencé ta carrière, et pourquoi ?

MJ : Il n'y a pas de shortcut à la musique. Tu ne peux pas devenir ingénieur ou médecin sans y mettre des heures et des heures de travail, juste comme tu ne peux pas devenir un musicien professionnel sans mettre le temps dedans. Par exemple, il faut aimer son métier si on veut vivre heureux, donc amusez-vous !

AC : Ne mélange pas gérance et label.