Planète BRBR - Recommandations aux artistes émergents, par Céleste Lévis et Kelly Bado

Sur les dix villes visitées durant les auditions de Planète BRBR, une centaine d'artistes francophones et francophiles émergents ont répondu à notre appel et manifesté leur intérêt pour le concours; ce sont donc autant d'auteurs-compositeurs-interprètes qui pourraient bénéficier des conseils - avisés - de nos jurés. Cette semaine, Céleste Lévis (Sudbury) et Kelly Bado (Winnipeg) se prêtent au jeu de la sagesse.

Photo de couverture : le jury de Planète BRBR à Winnipeg, de gauche à droite : Kelly Bado, Stef Paquette et Julien Desaulniers - producteur artistique du festival Le Voyageur.

Quel est le principal défi lorsque l’on fait de la musique en français dans un milieu minoritaire ?

Céleste Lévis : Je crois que le plus grand défi est de trouver une façon de dire « Aye je suis là ! Je fais un spectacle, viens me voir ! » La plupart du temps, ce sont les artistes québécois qui sont reconnus à un niveau plus élevé, car le Québec a plusieurs plateformes pour faire découvrir leurs artistes; La Voix, Star Académie dans le temps, les radios de Montréal, les magazines, etc. Donc, déjà, les gens sont plus aptes à acheter des billets pour aller voir un artiste qu’ils savent qu’ils l'ont adoré à La Voix, qu’un nouvel artiste. Cependant, nous sommes très chanceux d’avoir des organisations que d’autres milieux francophones n’ont peut-être pas, comme l’APCM ou Réseau Ontario, qui travaillent fort pour nous donner le plus d’opportunités possible en Ontario.  

Kelly Bado : C'est d'avoir des fans et de se faire booker à des spectacles.

Communication artistique : quels sont tes conseils pour se vendre/vendre ton travail auprès d’agents, de labels, tourneurs, festivals, journalistes, faire du réseautage ?

Céleste Lévis : Si je parle de mon expérience personnelle, je suis une artiste qui a participé au plus de concours possible. Je crois que c’est important de s’impliquer dans absolument tout, car c’est lors de ces expériences que tu vas rencontrer d’autres gens qui vont t’inspirer à grandir, comme artiste et comme personne. Quand je dois me vendre, c’est certain que je parle de mes expériences dans les concours de l’Ontario, de Granby, de Ma Première Place des Arts et, évidemment, La Voix. Je suis fière du succès qui est venu de ces concours et de la personne que je suis devenue. Je crois aussi qu’être auteure-compositrice-interprète peut t’aider. Il faut trouver la chose qui te démarque des autres et l’utiliser à ton avantage, car il y a tellement d’artistes qui sortent de partout !

Kelly Bado : Participer à des vitrines et préparer son spectacle pour qu'il soit impeccable et marque dès le premier coup. C'est le spectacle qui doit convaincre !

Financement : As-tu un side job qui n’a rien à voir avec la musique ? Si oui, comment équilibres-tu ton temps entre la job et la musique ? Si non, quel a été ton déclic pour te consacrer entièrement à la musique ?

Céleste Lévis : Je suis très chanceuse de dire que je vis que de la musique. Cependant, j’ai 22 ans… je n’ai pas de maison, de char ou de bébés à supporter. Quand c’est choses vont arriver dans ma vie, on ne sait jamais ! Le déclic s'est définitivement fait après La Voix. L’expérience a changé ma vie très rapidement et j’ai été une des rares qui peuvent dire que ça continue à aller bien après l’aventure.

Kelly Bado : Oui, je suis adjointe administrative. Je fais avec le temps que j'ai, il faut être super bien organisée.

Quels sont tes conseils pour encaisser les refus (ex: mauvaise critique dans la presse, mauvais commentaires sur Facebook, refus de labels, etc.) ?

Céleste Lévis : Je pense que ça va toujours me faire du mal. Je n’ai aucun problème si les gens n’aiment pas le style de musique que je fais. Cependant, il y a une façon respectueuse de le dire et c’est là où est le problème. Quand ça vient à Facebook, on dirait que les gens n’ont pas de filtre. Ces gens-là, il faut les ignorer même si ça peut être difficile.

Quand ça vient à des refus, on ne peut pas toujours se faire dire « oui ». On apprend ça très rapidement dans le monde de la musique. Mais même quand ils disent « non », il faut se remonter et essayer encore la prochaine fois. Il faut foncer et croire en soi et éventuellement, les choses vont se débloquer.

Kelly Bado : Ne pas baisser les bras. Tous les grands ont commencé petit et se sont fait dire non aussi. Certains ont même eu plusieurs rejets avant que tout ne décolle. Ils ont pas lâché, ils ont persévéré et se sont entourés des compétences, amis et organismes nécessaires pour avoir un plan d'attaque, des idées. Il ne faut pas juste y aller tête baissée ! Il faut se nourrir des critiques pour améliorer ses tactiques.

Céleste Lévis entourée de Stef Paquette (animateur de Planète BRBR), Christian Pelletier (directeur du festival Up Here) et de notre assistant à la réalisation Stéphane, qui s'apprête à faire clapper le clap.

Céleste Lévis et le jury sur le set des auditions de Planète BRBR à Sudbury.

Comment gères-tu le stress et les angoisses (ex : salle peu remplie, tu considères que le groupe qui joue avant toi est meilleur, trac, etc.) avant de monter sur scène ?

Céleste Lévis : Je crois qu’il va toujours exister un p’tit stress. Donc, il faut s’assurer d’être bien préparé. Que ça soit de se réchauffer la voix, pratiquer à fond tes accords, ton rythme, apprendre le tout par cœur… Si tu es bien préparé, il y a ce petit stress de moins, car tu peux juste avoir confiance en ton talent. 

Kelly Bado : On ne peut rien y faire, le stress est toujours là ! Alors je me dis que je suis là et je dois faire ce pour quoi je suis là.

Que faire si, une fois sur scène, le public est froid ou n’est pas réceptif ?                                                                                                             

Céleste Lévis : Oh que ça arrive souvent ! Cependant, souvent ce sont ces publics qui apprécient le plus ! Ce n’est pas tout le monde qui s’exprime en tapant des mains et en criant. Il faut juste s’assurer que tes musiciens et toi trippiez sur scène, c’est le plus important.

Kelly Bado : Juste donner le meilleur de soi.

Ton truc pour protéger ta voix (en tournée, quand tu pratiques beaucoup) ?

Céleste Lévis : Il faut absolument dormir ! Je crois que c’est le plus important. J’ai tendance à être toute excitée après un spectacle et à parler fort en racontant ma journée ou mes expériences à ma famille/mes amis, mais en tournée tu chantes tellement souvent qu’il faut savoir quand reposer tes cordes vocales. Petits extras : du thé au citron/gingembre, des pastilles au miel, pas d’alcool, et bien se réchauffer avant chaque spectacle.

Kelly Bado :  Des étirements et des échauffements vocaux chaque jour, plusieurs fois par jour. Ne pas boire de soda, que de l'eau - 1 litre par jour ou plus.

Quel est le conseil que tu aurais aimé recevoir lorsque tu as commencé ta carrière, et pourquoi ?

Céleste Lévis : Que tout arrive pour une raison ! Car c'est tellement vrai. On ne le comprend peut-être pas dans le moment, mais éventuellement le tout s'aligne. 

Kelly Bado : Je ne suis pas certaine. Tout le monde a une perspective différente, il n'y a pas de meilleur conseil que j'aurais souhaité avoir. On en apprend à chaque étape, il faut du courage car on peut abandonner facilement. Et si cela arrive ce n'est pas grave, il n'y a pas d'âge pour faire ce qu'on aime !