Punk Rock Buccal

J’ai déjà été blasé par la scène indépendante du Nouveau-Brunswick. Les spectacles étaient trop prévisibles, puis ça faisait un bout de temps qu’un bon vieux band m’avait laissé béat sur scène.

Le bassin d’artistes est imposant, tout comme leur potentiel, mais les groupes n’arrivent pas à rivaliser avec ce qui se fait à l’extérieur des frontières de la province, sans dénaturer leur démarche. La complaisance guette continuellement les lancements d’albums et les tournées provinciales.

Yellowteeth et The Mouthbreathers semblent débarquer de nul part. Ce ne sont pas des vétérans issus de vingt formations différentes, ni du circuit traditionnel.

Il s’agit plutôt d’un groupe d’amis de la région de Sackville qui font de la musique ensemble dans une shed. Sur papier, c’est la recette parfaite pour démarrer un groupe folk aux tendances country.

Une telle affirmation est grossière; la bande préfère les guitares saturées aux mandolines et la pop à la mélancolie. Le résultat est étonnant, imprévisible et donne un électrochoc nécessaire à la scène locale.

Dans cette optique, le Tundra Punx Party du 21 février au Capital de Fredericton était incontournable. Avec les Mouthbreathers, Yellowteeth et Pastel Skeleton en tête d’affiche, on aurait pu parler de Buccal Punx Party.

The Mouthbreathers
En première partie, The Mouthbreathers a donné le ton à la soirée dès les premiers accords de Bender, hymne pop-punk par excellence. La chanteuse et guitariste Lucy Niles connaît la recette d’une bonne chanson, mais sa présence capte notre attention. Si elle n’offre pas de compromis, elle profite de l’occasion pour démontrer son aisance en matière de storytelling. Niles est une des meilleures parolières de la côte Est, point.

Yellowteeth
En plus de partager trois membres avec les Mouthbreathers, Yellowteeth est mon band préféré du coin. Leur présence sur scène est chaotique, une rareté qui permet au quatuor de souligner avec auto-dérision qu’ils sont “le groupe qui prend les plus longues pauses entre chaque chanson”. Quand ce n’est pas à coup de feedback dans le vide, c’est le moment présent qui rattrape continuellement Yellowteeth, où la section rythmique est solide et en équilibre avec les guitares lourdes et décontractées.

En concert, le groupe donne l’impression de construire quelque chose d’immense, avant d’atteindre un point culminant où tous nos sens sont captés par leurs intentions punk aux tendances college rock. Pourtant, il y a une sensibilité pop indéniable dans l’oeuvre de Yellowteeth, entre la joyeuse anarchie de Body In The Ocean et la dissonance de Repo. En plus d’offrir une solide reprise de Deerhoof, le groupe a cassé quelques nouveaux titres et livré ses classiques. Au sommet de sa forme, Yellowteeth a joué son matériel deux fois plus rapidement qu’à l’habitude, un cadeau pour la foule.

En attendant de nouvelles parutions des deux groupes, il n’est pas trop tard pour télécharger l’imposante offrande de maxi, compilations et autres titres sur Bandcamp. Malgré le caractère instantané des concerts, il se passe quelque chose d’unique à l’écoute des enregistrements de Yellowteeth et des Mouthbreathers.

D’ici-là, j’ai les oreilles qui sillent et je ne m’en plain pas.