Rose Vagabond

Rose Vagabond pochette d'album

Rose Vagabond est un projet de la musicienne Catherine Planet.  Aperçue au violon avec Lisa Leblanc et/ou Dany Placard, l’Acadienne de naissance décide au début des années 2010 d’approfondir son répertoire de musique traditionnelle francophone. Plutôt que de faire simple, Catherine Planet a choisi de rouler presque 3000 km pour se poser en Louisiane. Résultat : le périple durera près de 4 ans, et l’album Rose Vagabond, lancé le mois dernier, n’a pas juste « d’influences cajuns »,  il a les deux pieds dedans! Récit de la genèse d’un projet qui pourrait aussi être une infopub pour l’état du bayou.

Au départ, c’était juste un voyage. Intéressée par la Louisiane et sa culture francophone, par les descendants acadiens et la musique, Catherine Planet s’enfile les kilomètres jusqu’au Big Easy : « Arrivée à New Orleans, je me suis rendue compte que, si t’es musicien, tu es traité comme un dieu (ou une déesse). Je ne payais pas d’auberge de jeunesse parce que je faisais des shows; quand les gens voyaient que j’avais un instrument sur le dos, ils me faisaient des rabais sur la bouffe (NDLR : un bon truc à noter pour les voyageurs paumés). Dans les bars, les gens m’invitaient à jouer, sans savoir comment je jouais! J’ai même joué sur la rue, et c’était super payant. » Il faut mentionner ici que NOLA est une ville de constantes festivités, donc c’était payant parce que des gens un peu sur la brosse lui donnaient des 20 $!

Si la Nouvelle-Orléans était le premier arrêt, le but avoué du voyage était Lafayette où la solidarité franco-louisianaise est encore plus palpable. « À Lafayette, je m’étais louée une chambre en face du bar Le Blue Moon, qui est une institution à Lafayette. C’est là que se ramasse toute la population franco-louisianaise. Je ne connaissais personne, je me suis assise au bar, et je me suis mise à jaser avec du monde. Le lendemain, ils m’invitaient à habiter chez eux…  Pendant trois mois, j’ai resté chez des gens, ils ne voulaient pas que je les paie. C’est comme ça à Lafayette, les gens sont super invitants. »

J’ai l’air de faire un très très long détour en jasant de l’amicalité louisianaise, mais, « tout étant dans tout », on arrivera à comprendre pourquoi Rose Vagabond allait exister.

C’est en se trempant dedans que Catherine remarque qu’en Louisiane, la musique est partout, et le répertoire est commun à tout le monde.  La musique trad n’est pas ghettoïsée dans des émissions spéciales, elle trouve sa place dans les programmations radio.

Photo du groupe ROSE VAGABOND

« (Au Québec) on a des référents de musique traditionnelle qui sont un peu négatifs. C’est la Soirée canadienne, avec plein de vieux qui parlent avec des voix nasillardes parce que la prise de son n’était pas bonne! C’est pas toujours vendeur. Mais la musique traditionnelle, c’est super beau, y’a des bonnes tounes. Il faut vraiment essayer de faire connaître cette musique-là et de lui donner un autre référent. »

Faire connaître la musique traditionnelle et lui donner une autre considération. Faire en sorte que la musique traditionnelle ne soit pas seulement celle de la cabane à sucre. C’est avec cette idée en tête que Catherine Planet revient à Montréal et commence à s’entourer de musiciens. Premièrement, du multiinstrumentiste Jean-Philippe Kiernan, qu’elle croise à l’occasion sur scène avec Placard :  « Jean-Philippe, c’est vraiment l’autre moitié de Rose Vagabond. J’arrivais avec mes influences acadiennes et cajuns, et JP, c’est un gars de Joliette, il est vraiment plus dans le cœur de la musique traditionnelle québécoise. »

À deux, entre le Québec et la Louisiane, ils décident de plancher sur un EP. Se joindra à eux le réalisateur du EP et guitariste Francis Marion et, plus tard, le contrebassiste Hugo Blouin.

C’est au printemps 2014 qu’ils commencent à travailler sur la vraie patente. Pigeant dans le répertoire traditionnel du Québec et de la Louisiane, en traduisant, adaptant, ajoutant un coup de old-time, le groupe forge sa couleur et son son, et le travail de chansons du répertoire populaire alimente ce processus, même si Catherine affirme que la suite comprendra plus de compositions originales. Reste que le but premier du processus créatif était de rapprocher les cultures francophones du Nord et du Sud : « Je voulais faire quelque chose pour créer plus de liens entre le Québec et la Louisiane. En faisant un groupe, je le vis à travers ça. C’est un territoire avec une culture francophone qui est vivante, c’est comme nos cousins! »

En discutant avec Catherine, je pense qu’on pourrait apprendre des Louisianais, sur plusieurs points : « Quand y’a des ouragans là-bas, on en entend beaucoup parler ici, de façon dramatique, mais moi,  je parle à des amis là-bas et ils sont comme : Ouin, on a fait un gombo et on fait un party dans la rue! » Si on fêtait plus, ça réglerait beaucoup de problèmes! »

Je ne peux qu’être d’accord : si on fêtait plus, ça réglerait beaucoup de problèmes. En attendant, on peut écouter Rose Vagabond.