Safia Nolin au Moose Lodge de Sudbury

Le 22 juin, La Slague a organisé le dernier spectacle de leur saison 2016-2017 au Moose Lodge, une salle qui, comme le mentionne le directeur général Stéphane Gauthier dans son introduction, a beaucoup de panache.

Loyal Order of Moose

À l’intérieur du Moose Lodge, les murs en panneau de bois sont ornés de divers hommages à l’orignal sacré et aux membres du Loyal Order of Moose, l’organisme quasi cultuel qui gère les lieux. Le portrait d’un petit gars qui prie au bord de son lit est suspendu dans une étoile au milieu du plafond, sous quatre guirlandes de soie et de lumières qui découlent en demi-lune vers chaque coin de la salle. On peut aller danser le tango le vendredi soir à 19h00, jaser les matantes au souper spagate une fois par mois ou, dans ce cas ici, assister à un spectacle de Safia Nolin.

Loyal Order of Moose - Photo : Ali Rodriguez-Beaudoin.

Duct Tape

Le temps de prendre une bière et le concert commence. Safia monte sur scène, ramasse une de ses guitares acoustiques — celle avec du duct tape qui recouvre la rosace — et se met a jouer. Seule, elle remplit déjà l’espace sonore en faisant travailler les lampes de son ampli Vox. Sa voix résonne avec un timbre plein d’émotion qui camoufle souvent ses paroles, comme si elles contenaient des vérités trop directes, impossibles à communiquer. Il y aura tout au long de la soirée un vacillement entre l’intensité émotionnelle de ses chansons et l’allégresse qui accompagne son entretien avec la foule. Elle résume un voyage récent en remarquant « j’ai écrit plein de chansons déprimantes donc je suis quand même pas mal contente ».

Safia Nolin sur scène avec sa guitare.

Safia Nolin au Moose Lodge - Photo : Ali Rodriguez-Beaudoin.

Soundcheck

À deux reprises, elle est accompagnée par le guitariste Marc-André Labelle du groupe Pandaléon. C’est son sixième spectacle avec elle et il m’explique brièvement son approche à la scène : « Pour Safia, le moins de temps au soundcheck, le plus croche que ça sonne, le mieux que le show va être ».

Safia Nolin sur scène avec Marc-André Labelle.

Safia Nolin et Marc-André Labelle - Photo : Ali Rodriguez-Beaudoin.

En écoutant son disque après le concert, je remarque rétrospectivement que quelques-unes des nouvelles interprétations se distinguent particulièrement, comme Valser à l’envers avec son Autoharp électronique, « un instrument qui vient du passé qui se pensait dans le futur ». À la guitare, Marc-André ajoute une longue progression qui lui permet de répéter une mélodie tout en modifiant ses accords qui résonnent dans une tessiture plus grave.

Fingerstyle

La reprise de la chanson Between the Bars de Elliot Smith est un autre moment fort. C’est un artiste qui a évidemment eu une grande influence sur le parcours musical de Safia. On l’entend premièrement dans le style confessionnel de ses paroles. On l’entend aussi dans sa musique;  parfois dans l’ambiguïté harmonique de ses accords remplis de cordes ouvertes et parfois aussi dans son approche fingerstyle.

Photo des tatouages sur la main gauche de Safia Nolin : un "X" sur son index et un "O" sur son annulaire.

XO - Photo : Ali Rodriguez-Beaudoin.

Le début et la fin

Ce que je retiens avant tout de la soirée c’est cette idée du vacillement, du jeu d’équilibre qui existe dans les craques d’une expérience contradictoire et spontanée – Safia semble traiter du sujet aussi en chantant « je ne parle pas avec les yeux ouverts » : entre le rassemblement et la solitude, entre l’hilarité et la tristesse, entre le début et la fin.