The Johans : au nom de la mère

On pourrait croire qu’elles ont grandi en bordure d’un champs d’avoine de la Saskatchewan ou d’un truck stop d’Arizona. Or, c’est à Québec que The Johans sévit avec son folk aux forts accents country. Une musique qui appelle à l’aventure, qui donne envie de prendre le volant et se perdre sur les routes d’Amérique du Nord.

Photo de couverture : The Johans. Crédit : Julie Gauthier.

N’en déplaise à Lady Gaga : c’est en hommage à leurs génitrices que Cynthia Larouche (voix/guitare) et Émilie Rochette (banjo/guitare) ont choisi ce nom pour leur band. Des dames, toutes deux prénommées Johanne, vous l’aurez deviné, nées en 1956 et 1962.

Des millésimes qui donnent un titre au premier EP du duo même si, finalement, les deux mamans n’inspirent que vaguement les créations sonores de leurs filles bien-aimées. « C’est plus dans les valeurs qu’on transmet dans nos chansons », avoue Cynthia. Émilie, à côté d’elle, du tac au tac, y va de son grain de sel : « moi, ma mère, elle écoute pas mal juste Céline [Dion]. »

Mais ça, c’était avant que sa progéniture ne monte sur scène avec sa complice et s’émancipe pleinement comme musicienne, après des années dans un groupe de reprises de Muse et Manahil, une formation de métal ambiant arabe. « On fait ça pour elles, elles viennent à tous nos shows, elles sont tellement fières ! » Émues, aussi, sans doute.

Les deux chanteuses devant une camionnette blanche. Émilie Rochette a son bandjo en bandoulière.

De gauche à droite : Émilie Rochette et Cynthia Larouche - Crédit : Julie Gauthier.

Quand Cynthia et Émilie se sont connues, c’était à l’école, c’était il y a presque dix ans déjà. Toutes deux étudiantes du programme d’Audiovisuel au Cégep Limoilou, puis séparées par la réorientation de la joueuse de banjo qui a jeté son dévolu sur la technique en photo de Matane, les mélomanes s’étaient promis de composer des chansons ensemble lorsqu’elles seraient de nouveau réunies dans la Vieille Capitale. « Au début on se cherchait beaucoup, on a essayé plusieurs styles, on a d’abord fait du rock style Black Keys, se rappelle Émilie. Puis Cynthia enchaîne : « Tout a un lien avec la musique qu’on joue en ce moment. On a des chansons qui sonnent, justement, plus rock, un peu vieux blues. On garde la simplicité dans nos riffs aussi. »

Quoi qu’il en soit, elles incarnent cette mixture folk/country/bluegrass à merveille, sans fausse note ni accent. « Ma voix est totalement différente en français et j’aime pas ça !, rigole la chanteuse. L’anglais, c’est un chemin qu’on a pris tout de suite. C’est sûr que côté composition, c’est moins compliqué parce qu’on peut dire ce qu’on veut en anglais et ça sonne presque toujours bien. Si on le traduisait en français, ce serait trop cu-cul ! Pis moi, je suis pas une grande poète comme Louis-Jean [Cormier]. »

Conteuse dans l’âme, néanmoins, interprète sensible, la modeste Cynthia incarne ses histoires à merveille comme sur la 4e plage : Blackout. « I just can’t remember my way home », qu’elle clame, mélodieusement, de concert avec sa comparse. Une ligne qui, à elle seule, décrit très bien l’ambiance de cette carte de visite fort convaincante et bien produite (par Hugo Clermont des Handclaps) qui les fera assurément voir du pays. Une musique ancrée dans le terroir qui fera assurément frissonner les Européens qui rêvent de grands espaces...

En spectacle

Vendredi le 9 juin au Pub de la Contrée

(St-Damien-de-Buckland, Bellechasse)