Tracteur Jack

Ça y est, c’est ma première chronique pour BRBR. Je devrais en être heureux et fébrile à la fois, mais pourtant, j’écris avec un pincement au cœur. C’est que pour ce premier billet, je vous parle de mort. De la mort de Tracteur Jack, excellent groupe jazz-manouche de l’Outaouais, qui s’est éteint il y a quelques semaines, lors du Festival de l’Outaouais émergent (FOÉ), le même festival qui les avait fait connaître au grand public quelques années plus tôt.

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Les bons Jack, lors de leur dernier concert sur la scène du FOÉ

Pour plusieurs, ce fut une surprise. Les gars de Tracteur Jack s’étaient rendus là où la plupart des musiciens espèrent se rendre un jour. Un premier album, Western Camembert, très bien reçu par la critique, qui les a fait monter sur les scènes d’un peu partout au Québec et même en Europe. Un maxi (EP), Paris-Roberval, tout aussi bien reçu par la critique. Et enfin, un nouvel album en préparation qui promettait le groupe à un avenir des plus intéressant, avec déjà des offres de contrats alléchantes. Et pourtant, ce dernier album ne verra finalement jamais le jour.

Alors, est-ce que tout ça ne pourrait pas être une mise en scène? Un coup de pub? Après tout, Dominic Faucher, le chanteur (et fils de pub!), poursuit en parallèle une carrière dans le monde du marketing et des communications. Je leur ai posé la question juste avant leur ultime concert. De toute évidence, j’avais devant moides personnes sereines, en paix avec leur décision. Ils m’ont bien avoué avoir été un peu nerveux et fébriles en début de journée, mais leur deuil était maintenant bel et bien fait. Alors oui, c’est vrai. Non, ils ne feront pas un retour dans quelques mois. Du moins, pas sous le «brandname » Tracteur Jack…

Une fois la mort confirmée, l’autre question qui brûle les lèvres: pourquoi? Pourquoi tout arrêter quand toutes les voies semblent s’ouvrir? Et bien justement, les gars de Tracteur Jack étaient à la croisée des chemins. Si le groupe poursuivait sur cette lancée, ça signifiait s’y engager à fond et mettre de côté les autres projets. Certains membres étaient prêts à le faire, d’autres moins. Ceci dit, la mort du groupe ne signifie pas qu’on ne reverra plus les gars de Tracteur Jack. Julien Morissette, le contrebassiste et membre fondateur du groupe, reste engagé dans son autre projet, Bourbon Bay. Olivier Houde, le guitariste, poursuit avec Lazy Lovers. Et on devrait continuer à voir Dominic Faucher s’impliquer dans plusieurs événements de la région d’Ottawa-Gatineau dans des rôles liés aux communications et au marketing.

Une chose est sûre, Tracteur Jack meurt en laissant derrière lui un important héritage. Julien Morissette a confié qu’il retenait surtout qu’il était possible de faire de la musique en français, enOutaouais, et de connaître du succès. Le public, et espérons plusieurs artistes de la région, actuels et futurs, retiennent la même chose.

Et les funérailles, c’était comment? La journée était grise et pluvieuse. Tellement que le concert a même failli être déplacé ou annulé. C’était de circonstance pour une mort. Heureusement, la pluie a cessé juste à temps pour faire place à une prestation énergique du groupe, qui s’est clairement donné à fond pour cette ultime prestation devant une foule judicieusement réchauffée par nul autre qu’un Bernard Adamus en pleine forme. On a eu droit à tous leurs succès, en plus de plusieurs pièces qui devaient paraître sur le futur album. Bref, une finale endiablée, à l’image de la musique jazz-manouche aux accents folk-country à laquelle le groupe nous a habitué. D’ailleurs, si vous ne l’avez pas encore, le premier album du groupe, Western Camembert, était, aux dernières nouvelles, encore disponible gratuitement en téléchargement au .