Un Taverne Tour au Matahari

Pour sa deuxième édition, le Taverne Tour est passé de 11 à 25 groupes et a mis les pieds dans quelques lieux déjà habitués à recevoir de la musique en plus des tavernes traditionnelles. N'ayant pas pris nos billets à temps pour les incontournables – Fred Fortin au Saint-Sacrement, entre autres – on a succombé à toutes les soirées programmées au Matahari Loft, passant du même coup à côté de l'essence du festival, soit l'investissement d'un troquet par la musique. N'empêche que les shows étaient bons !

Jeudi

À 20h, celui qui mettait les pieds dans la taverne Les Torchés y trouvait l'ambiance habituelle d'un débit de boisson pendant la saison du hockey : télévisions crachant le match, et amateurs crachant leurs commentaires sur le spectacle télévisé. Peu de clients avaient remarqué le set up du one man band Bottleneck Jay qui attendait secrètement son heure derrière la foule compacte, et on gage que plusieurs ont fait le saut quand les premières notes ont résonné comme des poignards à la fin de la deuxième demie. Le Montréalais ne semble pas avoir fait fuir la clientèle habituelle, et ses enthousiastes amis ont rapidement transformé la taverne en bar de village.

Bottleneck Jay lors de sa performance aux Torchés. Il joue de la batterie à pieds et de la guitare. Photo en noir et blanc.

Bottleneck Jay aux Torchés.

Accroché à sa batterie à pied et à ses trois guitares, dont la fameuse guitare à résonateur (type dobro) qui lui permet de se présenter comme faisant du delta blues (en réalité il n'a de blues que la sonorité et la simplicité harmonique), Bottleneck s'évertuait, principalement en français mais aussi un peu dans un anglais cassé, à faire entendre son premier album complet. En solo, le chanteur des Bagnards s'amuse ferme avec les dynamiques et les tempos, mais, disons-le, il a quand même l'air trop gentil pour le style annoncé et son logo de squelette de main avec le majeur relevé.

Au Matahari aussi c'était plutôt gentil; les Muscadettes embrassaient leur orientation shoegaze-sans-fuzz, avec leur nouveau nom, Penny Diving. Le tout s'emboîte parfaitement, les voix sont claires et justes, les mélodies jolies et le groupe solide, mais la proposition renferme peu de surprises. Leur premier extrait, Divine a été publié en septembre.

Le temps d'aller voir les givrés new-yorkais de Sunwatchers, présentés par le festival Distorsion au Cactus, on a manqué Barry Paquin Roberge qui, on le sait, donne toujours un sacré show (on s'en est quand même finalement un peu tapé les doigts, parce que Sunwatchers est revenu et en bien meilleure forme le lendemain en show surprise au Matahari).

Le groupe montréalais USA Out of Vietnam a achevé de nous transporter dans un monde parallèle avec des longues pièces se succédant sans interruption, portées par des rythmiques lourdes et des voix cadencées. Le martèlement des idées mis en contraste avec la délicatesse des guitares ainsi que les fréquentes harmonisations à quatre voix, parfois un peu fragiles, donnent un résultat qui a beaucoup de cœur.

Les Breastfeeders ont terminé la soirée au Matahari avec une de leurs bonnes prestations des dernières années, surement un peu grâce à la présence de leur guitariste original, Sunny Duval, qui se faisait absent depuis six ans. Les Breastfeeders comptent toujours sur des mélodies imbattables, la voix éraillée et les grandes déclarations de Luc Brien, la folie de Johnny Maldoror et la douceur de Suzie McLelove.

Bannière de la tournée Taverne Tour

Vendredi et samedi

De la rue, on a eu l'impression que les murs se sont mis à trembler quand Double Date With Death a accroché ses premières notes. C'était la soirée anniversaire pour la nouvelle compagnie de disques REC Records; on se doutait donc que la soirée allait être garage en masse et les trois groupes ont fait honneur à leur écurie. DDWD, qui a sorti une excellente cassette cette année, a immédiatement donné la bougeote au public avec des brûlots rock aux refrains accrocheurs; le power trio se renvoie la balle sans arrêt et ça donne un show super contagieux. Le chanteur Vincent Khouni a pris un bain de foule vers la fin du set, question de donner le relais à Paul Jacobs qui lui a passé le show entier sur le parterre en bedaine, tambourine et cheveux longs.

Paul Jacobs avait sorti le gros jeu pour le lancement de son album en cassette : non pas un mais 5 musiciens l'entouraient et ce deuxième set entamé par quelques longues secondes de feedbacks a collé la mâchoire au sol de tout le public; des pièces limite slacker pop façon punk garage du début des années 2000.

IDALG est une machine bien huilée qui prend les courbes, les freinages et les accélérations comme un seul homme, sans perdre de son caractère garage. On l'a dit souvent, mais ce groupe a une sacré personnalité avec ses textes mystérieux, ses deux voix déterminées qui se répondent avant de s'unir sur une note martelée, sa batterie déchaînée, ses synthés insistants et ses solos foufous à la guitare. Trois nouvelles chansons étaient dissimulées dans le set de vendredi; ça augure bien pour un disque à venir.

Atsuko Chiba au O Patro Vys jouant devant public. Photo sombre.

Atsuko Chiba au O Patro Vys.

Samedi, la grande surprise est venue du Patro Vys où Atsuko Chiba a offert un spectacle vraiment professionnel en deuxième partie des Ontariens de Indian Handcrafts. Si en disque on peut avoir l'impression que le rock progressif de Atsuko Chiba se garoche un peu partout, en spectacle l'énergie du groupe était admirablement canalisée, parfaitement travaillée pour nous emmener sournoisement là où on ne s'y attend pas, enchaînant moments presque métal avec de magnifiques interludes atmosphériques, au grand plaisir de la foule compacte.

Ceci dit, puisque l'horaire du festival ne permet pas de se promener vraiment ! On a manqué plusieurs valeurs sures dans des vraies Tavernes : Louis-Philippe Gingras, Fred Fortin, Laura Sauvage, Les Dales Hawerchuk, Jesse Mac Cormack, ainsi que quelques shows jazz au Dièse Onze. On promet de se reprendre l'an prochain !