VioleTT Pi

VioleTT Pi - photo presse

Difficile de définir Violett Pi. Peut-être parce qu’être défini, c’est la dernière chose que veut Karl Gagnon, le cerveau derrière Violett Pi. Selon lui, on devrait d’ailleurs apprécier davantage le « non fini » et les débuts. Une réalité comprise et dominée, c’est une réalité échue.

 

La version pas vraiment officielle affirme que la musique de Violett Pi, c’est de l’électroclash. Mais Karl m’a aussi confié que sa musique s’agissait en fait de néobaroque mineur, avec une touche de romantisme dans les paroles, tout en ajoutant plus loin que sa musique est sans frontières ni style. Est-ce que j’ai dit qu’il est difficile de définir Violett Pi?

 

Une chose est certaine, c’est que Violett Pi aime jouer avec les sons, explorer, sortir des sentiers battus et, surtout, faire éclater les conventions. D’ailleurs, sur eV, le bidouillage électronique, dont les limites n’ont que l’imagination de celui qui les façonne, s’impose face aux guitares acoustiques. eV fait aussi place à un son plus grunge, ce à quoi il faut ajouter un peu de harpe et de violon. Le tout, bien sûr, joliment décousu.

 

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Déjanté est d’ailleurs le qualificatif qui revient le plus souvent pour décrire Violett Pi, et plus particulièrement eV. Un délire présenté sans compromis. Certains trouvent même que c’est peut-être un peu trop. Force est d’admettre que la première écoute pourrait s’avérer pesante par moments. Mais à mesure qu’on se laisse entraîner dans la folie de Violett Pi, qu’on laisse de côté ses préjugés, on est envoûté.

 

Certes, Violett Pi a beau être un artiste coloré, son œuvre n’est pas toujours rose. On s’en doute d’ailleurs à la simple vue de la pochette de l’album qui reprend une œuvre d’Axel Pahalavi, un peintre tout aussi déjanté chez qui Violett Pi trouve une inspiration certaine, tout comme chez les Claude Gauvreau, Jean Leloup, Matthew Barney, Kurt Cobain, Björk et autres artistes qui l’ont marqué. On y retrouve une clown, seins nus, assise à pleurer.

 

Ainsi, on retrouve sur eV une pièce intitulée Jeffrey Dahmer — oui, le cannibale tueur en série — au musée d’art contemporain, dans laquelle on peut entendre des paroles comme «Tu croques ma langue, je verse ton sang sur ton ventre et tes cuisses, ton regard est délectable, notre amour est cannibale ».

 

Création-folle, mais contrôlée
N’allez toutefois pas croire que Violett Pi cherche à choquer pour choquer. Pour Violett Pi, la violence fait partie de l’homme et de sa folie… et c’est aussi une façon de remettre en question toutes ces choses enrobées qu’on nous fait avaler. Et de toute façon, si on cherche à prendre la poésie de Violett Pi au premier degré, on devient rapidement déconcerté. Ses paroles, ce sont des images, des tableaux auxquels chacun donne son sens tout comme on le ferait pour une toile surréaliste.

 

Par contre, toutes les pièces ont une énergie sexuelle ou amoureuse débordante. La grande majorité des vous donneront aussi envie de danser, ou au moins taper du pied. Alors on ne peut certainement pas parler d’un album sombre. Mais oui, c’est un album qui déstabilise et qui vous demande d’entrer dans le délire de son auteur. La question est de savoir à quel point vous êtes prêts à vous laisser emporter par la folie de Violett Pi… et de la vôtre!

 

Enfin, une petite mention spéciale pour les excellentes collaborations qu’on retrouve sur l’album. Il y a, sans surprise, Klô Pelgag, une artiste tout aussi déjantée que Violett Pi avec qui il avait déjà collaboré en concert. Mais on trouve aussi un certain Ngâbo, une collaboration qui peut surprendre un peu plus, d’autant qu’il embarque à fond dans le délire de Violett Pi (on l’entend sur Jeffrey Dahmer au musée d’art contemporain). Ces collaborations ont d’ailleurs agréablement impressionné Violett Pi, qui est aussi très fier qu’il ne s’agisse pas que de simples « coucou » au milieu de l’album, pour reprendre ses termes.

 

Sur ce, bonne écoute!