Yao : porter sa vulnérabilité à bout de bras

Trois ans après la sortie de Perles et paraboles, Yao récidive avec Lapsus, un nouvel album tout aussi personnel et introspectif que le précédent. Une œuvre pop aux influences rap, soul et zouk, présentée par l’artiste comme étant un retour aux sources. Je suis allé à sa rencontre, quelques jours avant le lancement.

Photo de couverture : Yao. Crédit : Ishmil Waterman.

Portrait de Yao, chemise ouverte très colorée.

Yao. Crédit : Ishmil Waterman.

Il m’a donné rendez-vous dans un café près de l’Université d’Ottawa. Un soir froid et pluvieux, le genre de soirée où l’on aurait préféré rester à la maison. Mais très rapidement, l’enthousiasme contagieux de Yao m’a vite fait oublier la grisaille de l’automne.

« Je viens souvent ici pour composer », me lance-t-il à mon arrivée, avant d’ajouter qu’il adore écrire dans les cafés, enveloppé par le bourdonnement des gens.

Devant moi se trouve un véritable artiste, à la fois passionné et vulnérable, prêt à se dévoiler. Il n’hésite pas à s’ouvrir et à me raconter ses peurs, ses craintes, son œuvre. Il m’expose d’entrée de jeu les liens entre ses créations et son propre vécu.

Yao tout souriant, accoté sur un pilier métallique.

Yao. Crédit : Ishmil Waterman.

Le produit d’un métissage culturel

Lapsus est sorti le 4 novembre dernier. Tout comme pour Perles et paraboles, Yao a choisi d’en faire un album très introspectif. Une œuvre pop, aux influences rap, soul, slam et zouk.

Un peu déroutant à la première écoute, on a d’abord l’impression qu’il tire dans tous les sens. Mais en s’y attardant davantage, on finit par en saisir l’essence et l’on y reconnaît l’artiste, dont les multiples facettes rendent son œuvre unique et insaisissable.

« Je ne rentre pas dans une boite, je ne sais pas pourquoi ma musique devrait rentrer dans une boite, insiste-t-il. Je suis le produit d’un métissage culturel ».

Sur l’album, on reconnaît bien le passé rap de Yao, mais également son amour pour le slam, qu’il transpose allègrement dans Étrange absurdité, qui semble tout droit sorti de son projet théâtral Négritude et métissage présenté au début 2015.

Il n’hésite pas non plus à puiser dans ses racines, en ajoutant une touche de zouk sur certaines pièces, fort conscient qu’il pourrait égarer quelques personnes au passage. Mais pour Yao, le zouk fait partie de son enfance, et c’est carrément un morceau de lui. C’est à ce moment-là que j’ai saisi à quel point son œuvre reflète véritablement la personne qu’il est.

« Le but de faire un album comme Lapsus, qui est très personnel, c’est de retourner aux sources, c’est d’entrer dans tous ces univers dans lesquels je baigne », me confit-il en guise d’explication.

Yao en tain de danser. Il porte des vêtements très colorés, dont une veste de style africain.

Yao. Crédit : Ishmil Waterman.

Offrir un morceau de soi

En présentant Lapsus à ses fans, Yao se dévoile à eux, et offre la clé pour le déchiffrer et saisir son œuvre.

« Lapsus, c’est moi, c’est un morceau de moi que j’offre aux gens, lance-t-il pour m’expliquer à quel point il se met à nu sur son œuvre. Je porte ma vulnérabilité à bout de bras », ajoute-t-il.

En travaillant sur Lapsus, Yao s’est remis en question à plusieurs reprises. Perles et paraboles avait très bien fonctionné, sa carrière était sur une lancée et il avait même des débouchés en France. Mais avec le succès est venu la pression, puis le questionnement.

C’est alors qu’il s’est rendu compte qu’en se questionnant trop, ça ne pouvait pas fonctionner. Il a donc décidé de faire fi de ce qui est censé marcher et de faire une œuvre qui lui ressemble véritablement, formule qu’il avait utilisée pour son précédent album et qui a très bien fonctionné.

« Au travers de Perles et paroles j’ai fait quelque chose pour moi, et les gens ont accroché, parce que c’était du vrai, c’était moi. » De la sorte, en ne jouant pas un personnage, il a su s’éloigner de cette pression qu’il s’auto-imposait, pour en arriver à une œuvre qui lui ressemble véritablement.

Avec Lapsus, il a voulu retourner à l’essence même de l’artiste qu’il est. « Ça donne une autre extension de moi. C’est un album qui est représentatif de ce que j’ai vécu dans la vie, qui est représentatif de ce que j’ai vécu dans les quatre dernières années », avant de n’ajouter que « les gens qui écoutent mes albums apprennent à me connaitre. »

Pochette de l'album Lapsus de Yao. La texture rappelle celle du cuir. Le visage de Yao sépare limage en deux, comme une ligne d'horizon placée en diagonale.

Couverture de l'album Lapsus de Yao.

Une pochette longuement réfléchie

Avec la pochette de Lapsus, Yao a voulu d’entrée de jeu offrir un morceau de lui à ses fans. C’est ainsi qu’il a choisi de faire un CD dont le boitier rappellerait la couverture de cuir de son journal personnel.

À l’intérieur, il présente le titre des pièces sous forme de poème et nous offre un livret de plus 30 pages, remplis de photos. Plutôt audacieux en cette ère du numérique !

Le lancement étant désormais derrière lui, il se prépare maintenant à présenter l’album sur scène. Il sera entre autres possible de le voir à deux reprises à Ottawa au cours des prochains mois, soit le 25 février au Centre National des Arts, puis le 27 mai à la Nouvelle Scène.