Alejandra Ribera - This Island

La Torontoise Alejandra Ribera enveloppe l’hiver de sa voix suave et chaude avec son second album This Island, suivant La boca, paru il y a trois ans. Un folk jazzé qui ne se laisse imposer aucune barrière de langue ou de variation mélodique.

Photo de couverture : pochette de This Island.

Portrait de 3/4 d'Alejandra Ribera en noir et blanc, regardant vers le haut.

Alejandra Ribera - Photo : Bruno Rizzato.

La lumière de maintenant

Mixé par Trina Shoemaker (Sheryl Crow) et réalisé par L. Stu Young (Prince), This Island illustre l’instant présent, le moment où l’on choisit que la lumière se retrouve ici et maintenant. Alejandra Ribera raconte la confiance qu’elle cultive envers aujourd’hui. Ses musiciens et collaborateurs montréalais de longue date, Jean-Sébastien Williams et Cédric Dind-Lavoie complètent l’expérience sonore que la musicienne crée intuitivement.

Née d'un père argentin et d'une mère écossaise, l’artiste a vécu presque toute sa vie à Toronto, excepté un passage à Buenos Aires, quelques années à Montréal et un détour récent en France. Elle se présente ainsi comme une éternelle voyageuse qui cherche sa maison avec intuition.

Russian Plates On Michigan Avenue s’impose d’abord tel un hymne lent et profond où le piano épouse la voix tel un gant de parfaite grandeur. « So I wait for you », souffle la chanteuse, envoûtante.

Inspirée par un discours de l’actrice Tilda Swinton à la chapelle Rothko ou par un documentaire sur l’artiste Marina Abramovi, Alejandra Ribera souhaitait principalement faire vivre l’état de libération du musicien lorsqu’il se trouve au cœur de sa création.

Enregistré dans les campagnes ontariennes, This Island se présente comme une œuvre complètement apaisante qui convoite également des rythmes soutenus, agissants comme la trame sonore d’un retour chez soi, chaleureux, attendu, par exemple sur Carry Me où l’on traite des embuches qui s’écartent de la route menant à la maison. C’est aérien, rassurant. Une musique comme un baume.

La pari de la cohérence

Bryden Baird (Feist) signe des arrangements de cuivres qui habillent d’une dimension plus festive certains morceaux, par exemple Will Not Drown où l’on oscille de l’anglais à l’espagnol sans laisser l’auditeur percevoir le changement. C’est un tout tellement cohérent que l’on peut simplement se laisser aller au jeu des ambiances feutrées qui nous gardent captifs.

La chanson Undeclared War tergiverse, nous plonge dans l’inconnu, la fragilité de l’artiste qui adopte ici sporadiquement le français : « Je pensais que c’était la guerre, mais t’étais déjà disparu […] je ne pouvais pas savoir que je ne serais pas assez, que je passerais ma vie à essayer. »

L’album se termine comme il a commencé, avec une pièce plus épurée, I Am Orlando, écrite à la suite de la tuerie d’Orlando, évoquant, tout comme au tout début, un aspect eucharistique : « Heavy with light, salt and sweat, Awaking from another death, Though I may cry, Though I may toil ».

This Island est au bout du compte un album sans âge, rappelant l’émotivité livrée sans filet d’Afterglow de Sarah McLachlan. La douceur des propos et l’esprit général qui émane des compositions en font un item réparateur et calmant.

Or, aucune extravagance ou aucun point culminant ne nous amène à nous détacher du fil conducteur que l’on suit du début à la fin de l’album. Il est comme une messe ou une suite de chapitres qui nous mènent paisiblement vers la même histoire.

Des spectacles sont prévus au Québec et en Ontario entre février et mars. Les dates sont ici.

Date de sortie : 27 janvier 2016.