B.A. Johnston - Gremlins 3

B.A. Johnston est un des artisans les plus travaillants, mais aussi les plus polarisants de la scène canadienne. Avec un onzième album studio en poche, il est toutefois temps de cesser de s'aveugler volontairement sur les nombreuses qualités de ce dernier.

Photo de couverture : pochette de Gremlins 3 de BA Johnston.

La vraie patente

En bon français, B.A. Johnston est ce qu'on appelle la vraie patente. La fierté d'Hamilton en Ontario passe ses années en tournées d'un bout à l'autre du valeureux Canada, avec un Casio, une guitare acoustique et un bon vieux lecteur de CD portatif. La proposition scénique de l'auteur-compositeur-interprète se fait à la fois fédératrice et inquiétante; si on chante la discographie de sieur Johnston en chœur, le principal intéressé se promène d'un bout à l'autre des salles canadiennes à répandre sa sueur tout en levant les verres des spectateurs. Toutefois, cela ne lève pas de manière égale sur disque.

Gremlins 3 remédie à cela. D'abord, Johnston s'adjoint les services d'un groupe punk avec les intrépides Reagan's Rayguns de Saint John au Nouveau-Brunswick. Ceux-ci donnent une nouvelle urgence à l'offre de l'Ontarien lorsqu'il chante l'éloge des délices culinaires d'Halifax (I Need Donair Sauce) ou lorsqu'il évoque toutes les raisons pour lesquelles il vaut mieux rester chez soi (I'm Stayin' In). Dans ses heures de gloire, Johnston se fait redoutablement efficace, sans détours, appuyé par de mémorables refrains.

Comme dans ses offrandes précédentes, Johnston s'adjoint les services du patenteur haligonien Windom Earle qui livre une autre collection de mélodies électro pop où sont évoquées des thématiques fertiles en images, malheureusement trop oubliées, que reconnaissent les musiciens en tournée, comme les bières bues dans une ruelle (Alley Beers) ou le récit d'une escape dans une chaîne de malbouffe américaine (Drivethru Beef), en guise de suite logique à l'immense Best Day paru quelques disques plus tôt.

Congé à Hamilton

La grande majorité du disque offre une série de brûlots d'inspiration punk à guitare sèche, où Johnston rentre dans les détails d'une journée de travail, sous l'influence de substances vertes, dans un supermarché — avec une petite critique sociale sur les conditions des employés dudit endroit en prime. Le service à la clientèle passe également sous la loupe de Dayoff is a Dayoff où celui-ci se fait appeler pour rentrer travailler pendant un jour de congé. Ces frustrations résonneront chez tous ceux qui ont un jour ou l'autre fait face à ces situations, banales, mais hautement universelles. Il est facile d'écouter les chansons de Johnston simplement pour leur caractère humoristique, mais il y a un fond de vérité ici.

C'est là qu'il faut rendre à ce cher B.A. ce qui lui revient. En écoutant Gremlins 3, celui-ci ne change pas la recette, mais il lui donne un solide de coup de barre pour lui permettre de fonctionner pleinement. Il est trop facile de s'arrêter sur certains détails de son offre, comme son caractère populaire et franc. Onze disques studios plus tard, cette ligne directrice ne s'essouffle pas d'elle-même. Certaines failles des œuvres précédentes se font calfeutrer d'album en album, grâce à son sens du spectacle.

Bien évidemment, ce marathon de 20 tounes en 40 minutes n'est pas pour tout le monde, pis c'est correct comme ça. B.A. Johnston réussit toutefois à rassembler assez de punks, d'universitaires curieux et de parias à ses spectacles pour avoir un bassin de fans fidèles. Tant que ceux-ci, incluant l'auteur de ces lignes, chanteront I Need Donair Sauce, un sourire étampé sur la face, B.A. Johnston aura une raison d'être. En attendant, ceux qui doutent des qualités de Gremlins 3 méritent de prendre un brin de recul pour voir la vie au deuxième degré, le temps du disque.

Date de sortie : 3 mars 2017.