Baggies – Su’a front

Membre vedette des 13 Salopards, le rappeur Baggies témoigne d’une évolution certaine sur Su’a front, un deuxième album solo qui, malgré une direction musicale confuse, comporte plusieurs chansons dignes d’intérêt.

Photo de couverture : pochette de Su'a front. Crédit : Mephisto.

Varennois d’origine, Baggies a eu la piqure pour le rap à l’adolescence. Inspiré par les figures de proue de la ligue de battle rap québécoise Word Up!, il a pratiqué et perfectionné ses techniques dans la cour de son école secondaire, puis a formé le groupe Angle-V avec Napping et Le Dud3. De plus en plus confiant, il a suivi les conseils de ses amis et s’est inscrit aux auditions de l’édition hors concours des Word Up! à l’âge de 16 ans.

Après avoir accumulé les battles pendant plusieurs années, le jeune artiste a décidé de tourner la page afin de se concentrer exclusivement sur sa musique. De pair avec 12 autres de ses acolytes (notamment ses complices d’Angle-V), il a créé le collectif Les 13 Salopards, qui n’a pas mis de temps avant de récolter un succès estimable sur Youtube. Motivé, il a mis les bouchées doubles pour l’enregistrement de Ça sachet d’pot, un premier album solo qui a bénéficié d’un engouement décent sur la scène rap québécoise à sa sortie en 2014.

Le rappeur Baggies se tient sur fond noir, probablement dans un bar à en juger par le pichet de bière posé devant lui. De ses mains, le rappeur le chiffre 1 et le 3, en hommage à son collectif Les 13 Salopards.

Baggies - Crédit : Élizabeth Daneau.

Thérapie fructueuse

Plutôt productif, Baggies a participé de près à la création de l’album Own The Spot des 13 Salopards, finalement paru à l’hiver 2016. Multipliant les spectacles avec sa formation, il a ensuite pris un peu plus de temps pour lui afin de venir à bout de son deuxième effort solo. Traversant une « mauvaise passe », le rappeur de 22 ans a choisi de ne pas crouler sous la pression, les dettes et les engagements en transposant ses épisodes troubles sur papier.

Loin de verser dans la mélancolie, le résultat de ce processus thérapeutique ouvre la porte à des confidences empreintes de lucidité et de résilience. Sur 13.25%, une brillante ouverture aux accents cloud rap produite par JVibz, Baggies évoque à la fois ses échecs et ses ambitions, rappelant au passage l’importance de l’autodétermination. Hésitant à faire le saut de l’adolescence à l’âge adulte, il se fait particulièrement intègre sur Peau d’ours et WTL, chanson trap planante élaborée avec tact par Carlito.

Direction musicale instable

À d’autres moments, les textes bien ficelés du rappeur ne réussissent pas à combler le manque d’originalité des compositions. On pense notamment à Gimongus part. 2, une production sans éclat et datée de 4e Régiment. D’ailleurs, ce collectif de beatmakers basé à Sorel offre une trame musicale inconstante. Alors qu’il vise en plein dans le mille avec l’incursion jazzy rap Basilic sacré, il rate complètement son coup sur Miroir opaque, une composition discordante qui ne s’inscrit dans aucune tendance musicale valable.

Même problème de constance avec Maestro Omayela. Excellent sur le premier extrait accrocheur Poulet, le beatmaker montréalais manque d’ardeur (et probablement d’inspiration) sur N.A.S.A. 80. Constat similaire du côté de Baggies qui, décidément, ne maîtrise pas autant les rouages de la production hip-hop que du rap. Bien que sympathiques, ses essais musicaux sur Su’a front et BYOB ne sont pas à la hauteur de la qualité de la plupart des autres compositions.

Autrement, le rappeur impressionne à bien des égards. Son flow polyvalent, capable de s’adapter à toutes les vitesses et ambiances possibles, le place au-dessus de bien des rappeurs québécois établis. Particulièrement à son aise sur les productions soul enveloppantes de KVNB (Journée mobile et Odieux), Baggies gagnera éventuellement à filtrer ses influences et à raffermir sa proposition musicale.

Date de sortie : 13 janvier 2017.