Betty Bonifassi - Betty Bonifassi

Betty Bonifassi signe l’album le plus renversant de l’automne. On a vu la chanteuse baigner dans plusieurs projets comme avec Les Triplettes de Belleville. Elle a aussi prêté sa voix à DJ Champion et a œuvré au sein du duo Beast qu’elle formait avec Jean-Philippe Goncalves. Cette fois, c’est sous son propre nom qu’elle signe ce nouveau projet et ce, en grosses lettres.

Le projet a été travaillé sur Chants d’esclaves, chants d’espoirs, en labo au Centre Phi, puis sur scène au dernier Festival International de Jazz de Montréal, pour, enfin, aboutir à ce chef-d'œuvre. Une œuvre universelle et puissante qui s’inscrit un peu hors du temps. L’inspiration qui lui a donné ce souffle créatif vient de la découverte des chants d’esclaves de l’Amérique qu’enregistra Alan Lomax au début du XXe siècle. Pourtant, sur cet album, vous n’entendrez pas ces enregistrements, ni de chœurs, ni de « chants », mais seulement la voix poignante et exaltante de Betty Bonifassi.

Ça commence avec Prettiest Train qu’on croirait enregistrée avec les moyens du bord, sur une terrasse de Nouvelle-Orléans. C’est d’un réalisme saisissant. Ça tape du pied sur le sol et sur un étui de guitare. C’est du bruitage minimaliste, bien raw et bien folk. Puis, ça vibre comme un pétard. Tout explose, portée par cette voix grave et puissante de Betty. Avec More My Lawrd, la machine est lancée. Un immense mélange de rock et d’électro-folk se met à groover.

Le travail a été fait avec l’aide de Jean-François Lemieux qui a coréalisé l’album. Les chansons ont été transformées pour prendre vie, pour obtenir une couche de modernité, d’électro et de trip hop. Les chants d’esclaves sont d’une nature entrainante et répétitive comme dans l’hypnotisante et exaltante Grizzly Bear.   L’émotion est là, livrée avec l’énergie et la fougue toute personnelle de Betty Bonifassi. Passions et douleurs l’habitent et elle les transpose dans un magnifique album. Elle use d’une multitude de sonorités toutes plus contemporaines les unes que les autres. On n’a pas du tout l’impression d’être dans un champ de coton, mais l’idée est là. Avec le blues, le soul, le funk, l’étecto-trad et le bon vieux rock, ça continue de rouler sur la superbe et groovy Whoa Buck.

Intense et ambitieuse, l’inépuisable Betty nous fait redécouvrir certaines chansons à sa sauce : No Coffee, Hammer Ring, et la funky et obsédante Black Betty. Certaines pistes se font plus langoureuses, légères et tout aussi terribles telle que Working Down ou la saisissante Berta Berta.   Hypnotisante et ambitieuse, on découvre enfin pour la première fois Betty Bonifassi avec tout son talent. Elle nous offre son cœur en 12 pistes, un peu meurtri, mais si magnifique.