Booji Boys - Booji Boys

À peu près sorti de nulle part, le combo haligonien Booji Boys émerge avec un premier album qui émerge à titre de meilleur disque rock anglophone sur la côte Est canadienne depuis la sortie du Television Zombie de Outtacontroller en 2015. Tasse-toi, indie rock flâneur, c'est le temps de s'amuser pour vrai.

Photo de couverture : pochette du premier album de Booji Boys.

Le pedigree de Booji Boys est imposant à Halifax, avec ses membres issus de Walrus, Bloodhouse, Alienation et autres Fragment. Voilà de quoi accrocher l'attention rapidement à l'écrit, mais le groupe n'a toutefois pas besoin d'étaler son curriculum vitae car il débarque avec un immense disque qui passe par-dessus la côte Est canadienne avec l'intensité d'un rouleau compresseur sur des édifices abandonnés.

Point d'ironie

Rares sont les artistes qui débarquent avec une proposition punk aussi convaincante, sans ironie ni excès de nervosité. Booji Boys fait plutôt appel au plaisir primaire du genre, en alliant des riffs sous des guitares saturées à des voix plongées dans la distorsion, à l'intérieur d'un produit lo-fi. Le tout en douze chansons, étalées en moins de 20 minutes.

Passe-moi la puck

Le groupe ne niaise pas avec la puck, mais la garroche dans le filet, chanson après chanson, tout en marquant l'équivalent musical d'un tour du chapeau à la Gordie Howe; le but c'est les hameçons, la passe c'est la chimie entre les membres et la bagarre, c'est l'absence de compromis.

Cela s'explique par l'identité musicale propre à Booji Boys. Les chansons restent en tête, longtemps après l'écoute, mais elles bénéficient des structures qui sortent de la gauche, sans avertissement, sans enlever à l'efficacité du groupe. En guise d'introduction au disque, Plaza Too Perfect prend une dizaine de secondes avant d'aboutir à sa suite logique de manière soudaine. Cette prise de risques accompagne l'écoute, tant dans les délires à toute vitesse que dans la solidité de cette livraison unique au groupe.

Avec cette approche, ce premier album est offert en guise de proposition complète de laquelle il est difficile de détacher la douzaine de morceaux. Ce qui ressort, c'est plutôt l'universalité mémorable de ses qualités power pop, avec son instinct punk. Il n'y a pas de temps morts sur cet album qui sert de trame sonore, du vendredi soir, à la sortie du travail jusqu'à l'aube dimanche matin. Après tout, le rock indépendant n'a pas qu'à être un exutoire pour âmes torturées, mais il peut aussi servir d'arrière-plan à une grande kermesse, à l'abri de questions philosophiques ou d'une quête du cool. En voici d'ailleurs le plus beau rappel.

Au niveau anglophone, la côte Est canadienne a offert des propositions plus denses aux guitares plongées dans la réverbération dans les dernières années. Avec ce disque, Booji Boys livre une descente du coude, ploguée dans le 220 volts pour ramener une dose d'insouciance dans la région. Ils sont rares les groupes qui arrivent à laisser une impression aussi forte sur un premier album, de manière aussi condensée. Je suis preneur. Merci, Booji Boys.

Date de sortie : 10 février 2017.