Brown - POPLUV

Un peu plus d'un an après un prodigieux premier album homonyme, le groupe rap familial Brown se renouvelle avec une admirable synergie sur POPLUV, un EP à l'enrobage plus lumineux et aux surprenantes teintes pop orchestral.

Actif sur la scène hip-hop montréalaise depuis le milieu de la décennie 2000, Jam a d'abord fait sa marque en duo aux côtés de P.Dox ainsi qu'au sein du collectif multidisciplinaire K6A. Au tournant de la décennie actuelle, il s'est imposé comme l'une des figures de proue de la ligue WordUp! Battles, puis a fait partie intégrante de l'effervescence du piu piu, mouvement hip-hop lo-fi instrumental québécois qui a mis en lumière plusieurs autres talentueux producteurs.

Plus jeune que lui, son frère Snail Kid a fait ses premières armes comme rappeur à la fin de la décennie 2000, avant de se joindre lui aussi au populaire mouvement de battle rap des WordUp!, ce qui aura provoqué l’avènement de son groupe Dead Obies en 2011. C'est d'ailleurs sur la première mixtape de cette formation, Collation vol. 1 (2012), qu'a germé une première ébauche du trio Brown : la chanson Gris ciel qui combinait les voix des deux frères et de leur père, le chanteur et guitariste reggae Robin Kerr.

Le trio Brown dans un "american diner".

Brown - Crédit : Marilyn Moreau.

Conscients de leur chimie musicale, les trois artistes ont planché pendant plus de trois ans sur la forme de leur projet avant de venir à bout d'un premier opus, finalement paru en janvier 2016. Coproduit par Toast Dawg et VNCE, Brown s’est imposé comme un album d’exception, « mélangeant les genres et les époques avec un épatant souci du détail. »

Nette évolution

Motivé par un succès critique unanime et une reconnaissance bien méritée du public, le trio n’a pas mis de temps à donner suite à son futur classique.

Voulant à tout prix éviter le piège du confort et de la redondance, Brown fait preuve d’une nette évolution sur ce deuxième projet. Troquant les questionnements identitaires contre les récits plus intimes faisant l’éloge de l’amour et des relations charnelles, il propose une direction musicale actualisée qui s’inspire des croisements contemporains du hip-hop et du R&B sans s’y restreindre.

En intro, le charismatique Robin Kerr se fait plaisir avec une pièce soul touchante, Should I've Been There. Avec l'aide de l'arrangeur émérite Philippe Brault à la composition et à la direction d'une sublime section de cordes, le chanteur livre un texte simple et très senti, que transcende son timbre naturel et incarné.

L'ensemble de cordes donne une puissance épique à la suivante, la très accrocheuse What About U, produite par Jam. Épousant sans gêne l'Auto-Tune, les deux rappeurs explorent divers tons et divers flows, et s’assurent de ne pas tomber dans la rengaine que présuppose une pièce pop de la sorte.

Intertitre

Le trio évite de justesse la formule convenue sur Enough, ballade mélancolique signée VNCE qui convainc grâce au contraste provoqué par son piano doucereux et son rythme saisissant. Ode au retour à la maison après un long séjour à l’étranger, Home apparaît elle aussi comme l'une des plus abouties du EP, notamment grâce à la production aux teintes gospel de Jam, qui s'inspire manifestement de Chance The Rapper et de sa mixtape marquante Coloring Book.

Rehaussée par le flow décontracté de Joe Rocca et la voix naïve du jeune prodige Yen Dough, Pull Up aborde le thème récemment défriché des appels nocturnes à connotation sexuelle. Sans se prendre trop au sérieux, les acolytes sillonnent avec originalité une rythmique trap que ponctuent de subtiles touches de cuivres.

Sous ses sonorités pop tropical, la pièce-titre est l’occasion parfaite pour le groupe de sonder sa relation avec la popularité, cette reconnaissance idéalisée qu’on craint autant qu’on désire.

Juste après, Gone scrute la vie de tournée et ce qu’elle implique, notamment les « Skype on the road » et les « huit fesses collées sur la Hyundai ». Produite par Toast Dawg, qui entremêle basse prenante et cordes soyeuses, la pièce conclut avec grâce le mini-album.