C-Drik - Liqueur forte

Figure emblématique du hip-hop québécois depuis deux décennies, C-Drik reste fidèle à lui-même sur Liqueur forte, un quatrième album imparfait mais divertissant et sincère dans son approche.

Natif de Montréal-Nord, C-Drik a eu la piqûre pour le rap en entendant le classique Walk This Way de Run-D.M.C. vers la fin des années 1980. Après avoir donné ses premiers spectacles à son école secondaire, il a rencontré plusieurs acteurs du milieu hip-hop québécois, ce qui lui a donné la chance d’assurer la première partie de K.C. LMNOP au lancement de son mythique album Ta yeul… en 1996. C’est un peu plus tard, dans sa jeune vingtaine, qu’il a fait l’importante rencontre du rappeur L’Queb, avec qui il a enregistré l’album phare Avertis tes chums sous la bannière Complys en 2001.

Fort d’une reconnaissance de plus en plus grande, il a poursuivi son chemin en solo, obtenant un succès honorable en 2004 avec son premier album officiel 6 tracks de trop… la suite, prolongement naturel d’un EP paru quatre ans plus tôt. Malgré un engouement moins marqué, son suivant Mon show réalité (paru en 2006) lui a permis d'enchaîner les spectacles un peu partout en province, à l’instar de son troisième, La vieille école, qui a bénéficié d’une diffusion plus majeure sur les ondes de CISM en 2011.

Portrait du rappeur C-Drik qui sourit et regarde de côté.

C-Drik. Crédit : Simon Gaudreau.

Très respecté par ses collègues de la scène rap locale, il a ensuite participé à la création de l’album Règne animal de 12 Singes, collectif à géométrie variable qui regroupe des vétérans aux styles très différents comme Cheak et Le Chum. Revigoré par cette expérience, il a amorcé l’écriture d’un quatrième album solo sans se mettre de pression ni d’échéancier.

Maîtrise de l’œuvre

Créé à temps partiel sur une période de deux ans, de pair avec le rappeur, mixeur et réalisateur K-Why, Liqueur forte nous ramène un C-Drik en pleine possession de ses moyens, en maitrise complète de sa proposition artistique. Alors que d’autres vétérans tentent désespérément de revenir sous les feux de la rampe avec un son moderne mais usé à la corde, le rappeur quarantenaire a compris qu’il valait mieux se concentrer sur ce qu’il savait faire de mieux, soit un rap old school, brut et sans trop d’artifices.

Hommage bien senti aux racines du hip-hop, le premier extrait Dernier étage met en valeur l’humour, l’irrévérence et l’autodérision de son auteur, qui fait preuve d’originalité avec une composition simple à la structure éclatée.

Toujours aussi ludique dans ses choix de rimes, tout particulièrement sur la tordante Papy Cool et l’absurde mais ingénieuse O, il cultive un rap authentique et décomplexé, dans lequel il se fait aussi honnête que vantard. Sur J’plus que toé, il pousse l’exercice de l’ego-trip à des sommets qui frisent le ridicule, prétexte évident pour exacerber sa folie et rappeler qu’il est aussi photogénique que « le beau James Dean ».

Sur le pilote automatique

À d’autres reprises, C-Drik semble être sur le pilote automatique en multipliant les rimes insipides et pauvres. Si aucune chanson ne s’avère totalement ratée, plusieurs passages de C-Drik, Shake, Yep!, La famille et Retrousse tes manches peuvent faire sourciller. Critique générique et convenue des écarts de richesse qui prévalent dans la société, Cassé comme un clou fait figure de maillon faible de l’album avec son enrobage kitsch.

Heureusement, le Montréalais maintenant installé à Saint-Constant sait se rattraper avec des productions plus inspirées. On pense notamment à Keep It Real, qui rappelle A Tribe Called Quest avec ses tons jazzy psychédéliques, et Warm It Up, une dose percutante de hip-hop old school comme il ne s’en fait plus.

Bref, avec Liqueur forte, C-Drik signe son meilleur projet en 10 ans et prouve qu'on peut vieillir dans le hip-hop québécois sans paraître totalement dépassé.

En vente sur iTunes.