Caltâr-Bateau - La bavure des possessions

Verbal Boisson #7, premier opus du septuor paru il y a un an et demi, avait mis Caltâr-Bateau sur la carte des amateurs du non-conformisme musical. Le groupe n'a pas attendu très longtemps avant de réaliser et produire son second album La bavure des possessions, lancé au Lion d’Or lors d’un 5 à 7 le 29 avril dernier.

Caltâr-Bateau est une de ces créatures rarissimes qui émerveillent, séduisent, déroutent et cachent une originalité hors du commun. Si tu veux une réalisation sonore qui ne ressemble à rien de connu, voilà ta chance d’avoir du plaisir.

Le rock-tourtière prend du gallon, tout en restant fidèle à ses racines. Le son est toujours aussi délicieusement folk-rock et chanté dans une belle langue québécoise riche et imagée qui m’avait séduit sur le premier album. Dans cet effort, on est un peu moins brouillon cette fois. La réalisation est plus solide et rien n’empêche la troupe de faire un peu de connerie, de tentatives sonores étranges, maladroites (mais réfléchies) qu’on sait exploratoire (Personne ne le sait pas).

Ils ont enregistré l’album dans la même petite église à Farnham, où Arcade Fire a enregistré Neon Bible et The Suburbs. C’est Jean-Bruno Pinard (Fire/Works) qui a une fois de plus réalisé l’album, en plus d’être à la prise de son et au mixage. Câltar-Bateau s’est également entouré d’une ribambelle de collaborateurs non-négligeable dans la confection de cet opus : Jesse Mac Cormack, Benoît Paradis, Antoine Gratton et David Lagacé (pour ne nommer que ceux-là).

L’album est définitivement plus peaufiné, plus travaillé et largement supérieur au premier. Les deux hommes à la tête de la formation Étienne Dupré et Alexandre Beauregard méritent quelques louanges. Beauregard a une nonchalance encore plus assurée et offre une interprétation juste et fidèle à son attitude, qui se révèle à la fois forte et sensible. J’aime aussi la voix d’Alex Guimond qui ajoute une touche et une couleur forte dans ce spectre éclectique et multicolore, qui tient étonnamment la route.

Ils livrent des moments rock, des moments jazz, des moments à la Jean Leloup (La bavure des possessions) un peu fous, denses et étoffés. On y retrouve aussi des avalanches de percussions jouissives pour les tympans (Rouge maladie). L’instrumentation est variée, intelligente, démente et tourbillonnante. J’aime le côté folk et léger sur Moins puissant que Brel et le clappement de mains qui embarque par la suite, comme le trombone et la trompette.   Personne ne le sait pas a un côté qui fait quasiment penser aux Colocs. Il s’agit d’une pièce très touchante et magnifique, et probablement l’une de mes préférés.   Par la suite, on a droit à un grand moment de jazz intense, d’amour spatial, de volupté phénoménale sur Pink Nose Bag. On perçoit toutes les possibilités qu’une troupe de sept truands peut accomplir. Tasse-toi de là Edward Sharpe and The Magnetic Zeros!

C’est éclectique, beau, presque parfait. On a même droit à une pièce instrumentale toute en cordes et en chant de baleine sur Für Elisabeth.

Le bémol vient du côté des paroles, un peu faibles par moment sur le plan de la poésie, trop premier degré. Ça mériterait d’être relevé d’un cran, d'être plus consistant.   Chapeau à la voix déchaînée sur la finale dans La série du siècle, un grand moment d’intensité. Pour clore admirablement l’album, on nous offre une petite guitare en début de Subo Subo. Un chant doux et poignant qui évoque le duo Fire/Works.

Voici un gros ajout au répertoire musical québécois, qui passera peut-être sous les radars toutefois, vu son caractère fort et un peu démesuré, qui clash avec la pop radiophonique.